L’Inquisition apparaît en Italie, sous Grégoire IX. Son extension à tout l’Occident exprime l’universalité du magistère pontifical (cf. l’origine de l’Inquisition (1/3)). Certes, il s’agit de contrer l’hérésie mais l’Inquisition est aussi un instrument dans la lutte de pouvoir opposant le Sacerdoce à l’Empire pour dominer la chrétienté(cf. l’origine de l’Inquisition (2/3)). Sa naissance doit sans doute plus à Frédéric II et aux communes urbaines qu’aux cathares du Languedoc.
L’Inquisition ne relève pas immédiatement du pape. L’Inquisition pontificale n’est donc pas encore en place et, finalement, on s’aperçoit qu’elle n’est pas directement liée aux événements du Languedoc elle naît ailleurs, en Italie, dans le cadre des conflits opposant Grégoire IX et Frédéric II.
Frédéric II, comme son grand-père Barberousse, cherche à instrumentaliser l’hérésie pour en faire un des moyens d’asseoir son pouvoir, son pouvoir politique d’abord, sur les villes italiennes. L’hérésie est, en quelque sorte, un des nœuds autour desquels cristallise le conflit de puissance entre le pape et l’empereur. En instituant pour l’hérésie, des juges délégués du Saint-Siège, Grégoire IX, qui, sans le mettre hors jeu, relègue malgré tout au second rang l’ordinaire (l’évêque) en ce domaine, supprime toute possibilité que l’Inquisition devienne un tribunal au service de l’empereur. Il écarte ce dernier de toute incursion dans le domaine religieux, tentation évidente de Frédéric II, au prétexte qu’il doit protéger l’Eglise, mission qu’il exploite comme un moyen de la dominer. Et Grégoire IX, naturellement, s’efforce de cantonner étroitement le pouvoir laïc : le pape et ses juges disent seuls l’hérésie à l’empereur et aux siens, il appartient seulement de décider ou d’organiser le supplice des hérétiques. Et, bien sûr, l’inquisition permet en outre au pape d’intervenir partout et de combattre ses ennemis, notamment les partisans de l’empereur, en invoquant la défense de la foi. Arme évidemment redoutable.
L’Inquisition pontificale, tant pour sa procédure que pour son organisation, fait l’objet d’une série de constitutions pontificales qui s’échelonnent de 1231 à 1233. La première est édictée pour Rome en 1231 puis c’est en Allemagne que les frères prêcheurs deviennent, toujours en 1231, les principaux agents de la papauté dans la lutte contre l’hérésie : le système est étendu au Brabant et à la Bohême en 1232 ; il est alors à peu près totalement codifié dans ses principes comme dans sa mise en œuvre et c’est à ce moment enfin, qu’il est étendu à la France par une bulle du 13 avril 1233. II est clair que cette extension de l’Inquisition participe de la volonté d’agir avec cohérence contre l’hérésie, mais son élargissement à toute la chrétienté, en passant par-dessus les autorités ecclésiastiques locales et les pouvoirs politiques, correspond aussi à l’affirmation du pouvoir universel du pape et lui donne une arme qui renforce ou qui représente partout son magistère et lui permet de lutter contre ses ennemis.
Ainsi le Languedoc a-t-il tenu sa place dans les origines de l’Inquisition, mais ce n’est pas la première et en tout cas ce n’est pas la place exclusive. Ceci amène à corriger beaucoup d’ouvrages qui déclarent tout de go « l’Inquisition a été créée par le pape pour anéantir l’hérésie en Languedoc ». Le Languedoc n’est pas le nombril du monde, quoi qu’on puisse souhaiter et quel que soit l’attachement, légitime, qu’on lui porte. Le processus qui aboutit à l’Inquisition, participe de l’histoire de la chrétienté dans son ensemble.
Source : © Histoire du christianisme magazine (revue disponible en kiosque)

