La série montre Catherine de Sienne à Avignon en 1378, or le pape Grégoire XI est revenu à Rome depuis 1375 (il n’y a alors ni schisme ni plusieurs papes). A la mort de ce dernier, un nouveau pape est élu : Urbain VI. Il est alors très vite contesté par des cardinaux dont une partie se réunie pour en élire un autre : Clément VII. Ceci donne naissance au Grand Schisme de l’Occident qui dure près de 40 ans. Clément VII arrive à Avignon en 1379, alors que Catherine arrive alors à Rome en 1378 (elle était auparavant à Sienne) afin de soutenir le pape Urbain VI.
« Inquisitio » utilise donc les personnages historiques pour son récit, mais fait fi de la réalité historique (Catherine de Sienne n’est pas la femme présentée dans le film, et les dérives des papes correspondent plus aux papes italiens de la renaissance que ceux du Moyen Age !). Pour mieux comprendre la réalité du schisme, voici l’histoire de la papauté du retour du pape Grégoire XI à Avignon au schisme de 1378.
Deux papes, deux Sacrés-Collèges, deux curies: l’Eglise s’installe dans le schisme pour quarante ans. L’un réside à Rome, l’autre s’est réfugié à Avignon. Un troisième est élu à Pise. L’affaire va laisser des traces: l’Eglise sort fragilisée face aux pouvoirs laïcs et les querelles théologiques sur le pouvoir du pape et la réforme de l’Eglise annoncent de futures ruptures.
Il valait mieux ne pas traîner dans les rues de Rome, le 7 avril 1378, si l’on était Français. Ce jour-là, les cardinaux entraient en conclave pour donner un successeur au malheureux Grégoire XI, le pape qui a «ramené Rome dans Rome», décédé le 26 mars. Rome n’a plus connu de conclave depuis près d’un siècle. Et depuis l’élection de Bertrand de Got en 1305, la papauté est aux mains des Français. Avignon a pris tous les avantages: les titres, les fonctions, l’influence, l’activité économique, le luxe, la richesse. Les Français ont tout. Et les Romains n’ont plus rien. Cette fois, ils ne laisseront pas passer l’occasion de reprendre leurs prérogatives d’autrefois. Le pape qui sortira du conclave sera italien, ou alors ce sera la guerre civile. Un cardinal français en fait les frais dans le quartier de Trastevere, non loin du Vatican, ce 7 avril 1378. Agressé par la populace, il est sommé de voter pour un Italien, sous peine d’être expédié en enfer à sa sortie du palais apostolique. La pression, la menace physique même, ne sont que trop explicites.
L’atmosphère est surchauffée: une papauté «italienne» va-t-elle enfin remplacer la papauté «française»? Le peuple romain sent bien que la situation est complexe, et que la partie n’est pas gagnée d’avance. En effet, le retour de Grégoire XI à Rome est trop récent encore pour que la cité des apôtres ait pu récupérer tout le fonctionnement de l’Eglise qui se trouve en Avignon: pour l’essentiel, la Curie y est encore, et de nombreux cardinaux aussi. Seize d’entre eux sont présents lors du conclave romain d’avril 1378 : quatre Italiens, un Espagnol et onze Français.
L’élection sera rapide, mais véritablement dramatique. Sous la pression de la foule qui conspue les Français et réclame un Romain ou au moins un Italien, les seize électeurs désignent, dès le 8 avril, Bartolomeo Prignano, qui prend le nom d’Urbain VI – nom romain par excellence. Ce Napolitain de soixante ans n’est pas un homme de second rang: il est le chancelier de la sainte Eglise, fonction qu’il exerçait à Avignon avant de rejoindre Rome avec Grégoire XI, l’année précédente. Mais il n’est pas cardinal. Ce point n’est pas un obstacle juridique: il existe de nombreux précédents et les cardinaux ne sont pas tenus d’élire l’un d’entre eux, surtout lorsqu’ils sont peu nombreux, qu’aucune personnalité ne paraît faire l’unanimité, ou qu’elles sont toutes compromises dans les querelles ou les intérêts de partis.
Climat de peur
Mais Prignano a été élu dans un climat de peur. Et surtout, dès les lendemains de son élection, il tient des propos violemment hostiles aux cardinaux qui viennent de l’élever à la tiare. A peine élu, Urbain VI couvre les cardinaux de reproches: il les accuse d’avoir un train de vie luxueux contraire à l’Evangile, de cumuler les fonctions et les bénéfices et même d’être coupables de détournements de fonds. Toutes ces accusations, fondées ou non – car les cardinaux étaient riches mais n’étaient pas tous des prévaricateurs sans scrupule – ont donné à Urbain VI une image positive chez beaucoup d’historiens. Mais sur le moment, le Sacré-Collège est plongé dans la consternation. Le pouvoir lui a-t-il tourné la tête? Les princes étrangers aussi s’étonnent de comportements déraisonnables à leur égard. On se demande si cette attitude incompréhensible, ne révèle pas un caractère instable, une pathologie même, en tout cas une inaptitude à gouverner.
Quelques semaines à peine après le conclave, le nouveau pape a perdu le soutien de tous les cardinaux, à l’exception de trois Italiens hésitants. Les cardinaux dissidents quittent Rome, tirent argument des conditions discutables du conclave qui rendraient, à leurs yeux, l’élection invalide et demandent à Urbain VI d’abdiquer. Devant son refus, ils décident de procéder à une nouvelle élection, avec cette fois les autres cardinaux qui n’avaient pu être présents à Rome. Un conclave s’ouvre dans la ville italienne de Fondi. Au premier tour, Robert de Genève obtient 11 voix, contre 1 et 3 abstentions – les trois Italiens. Il prend le nom de Clément VII. La Curie romaine rallie en bloc le nouveau pape, qui reste d’abord en Italie. En 1379, constatant le blocage de la situation et l’impossibilité d’entrer dans Rome, il se résout à retourner en Avignon. Clément VII ouvre le procès d’Urbain V, tandis qu’à Rome, Urbain V crée de nouveaux cardinaux, la plupart italiens. Le schisme est patent. Pendant les quatre décennies que durera le Grand Schisme d’Occident, la Chrétienté aura deux papes, deux Sacrés-Collèges, deux curies.
Aussitôt, par le jeu de reconnaissances officielles, le schisme s’impose comme un élément essentiel de la politique internationale. Chaque souverain catholique doit choisir son camp. Le parti romain ou «urbaniste» obtient l’appui de l’Europe orientale (une grande part du Saint-Empire; la Hongrie ; la Pologne) et septentrionale (la Scandinavie), de Venise et surtout de l’Angleterre, en guerre contre la France. A l’inverse, les royaumes espagnols, les principautés de l’empire les plus proches de la France, le roi de Naples, le roi d’Ecosse et surtout le roi de France reconnaissent la nouvelle papauté d’Avignon: on dit qu’ils sont «clémentistes» (partisans de Clément VII).
Au-delà des arguments sur la validité des deux élections pontificales de 1378 – bien difficiles à départager, il faut en convenir – la France fonde son soutien à Clément VII sur des arguments idéologico-spirituels qui ne manquent pas d’intérêt. En effet, cette même année 1378, commence à se diffuser un ouvrage anonyme intitulé Le Songe du vergier.
Source : © Histoire du christianisme magazine (revue disponible en kiosque)


Je profite de votre site Internet pour exprimer mon désarroi face à ceux qui manquent d’imagination.
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Question 1:
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