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Sommes-nous communautaristes ?

 Civitas

Le tombereau d’inepties déversées sur le petit écran par la série « Inquisitio » a amené des chrétiens à créer des plates-formes se fixant pour but de remettre les pendules de la vérité à l’heure, comme le site « L’inquisitionpourlesnuls.com ». Il y avait fort à parier que cette levée de boucliers susciterait en retour les sarcasmes des officines culturelles qui ne trouvent jamais l’Eglise aussi évangélique (et supportable) que lorsqu’elle se tait. Les plus avisées d’entre elles, connaissant un peu la blogosphère chrétienne, même si elles se gardaient bien d’en faire part, fourbissaient déjà leurs armes, se pourléchant les babines à l’avance à l’idée de pourfendre du « catho intégriste » pris en flagrant délit de suréaction.

Toutefois, ce n’est pas sur le fond de l’affaire que je me pencherai ici, mais sur la nature et la raison profonde de cette contre-offensive (métaphore militaire peut-être mal venue, mais le combat pour la vérité n’est pas toujours une sinécure). En prenant la défense de l’Eglise à l’occasion de la diffusion de la série télévisée « Inquisitio », succombons-nous, nous, catholiques, à un réflexe communautariste ? Nous crispons-nous sur la défense de nos intérêts confessionnels ? Repliés sur nos idiosyncrasies identitaires et pavloviennes, soutenons-nous un siège, reclus à l’intérieur de la forteresse « Eglise », contre des assaillants extérieurs ? Une lecture superficielle des articles suscités par cette fiction malhonnête pourrait le laisser croire. Il n’en est cependant rien. Pourquoi ?

Répondre à cette question revient en fait à définir la place de l’Eglise dans la religion chrétienne, et plus spécialement dans le catholicisme. Si beaucoup de croyants se sont sentis meurtris par « Inquisitio », ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas se pencher sur les heures sombres de l’histoire du christianisme, mais parce que leur rapport à l’Eglise n’est pas de la même nature que la relation qu’entretient un l’adhérent à l’association dont il est membre, adhérent qui est libre d’en sortir d’un moment à l’autre, et dont les liens qu’il noue avec elle sont souvent lâche, distendus, extérieurs. Pour un chrétien en revanche l’Eglise n’est pas simplement un regroupement affinitaire, une association de gens qui pensent et croient la même chose. Elle fait partie de son identité la plus profonde. C’est par tout son être qu’il est greffé à elle. D’où vient alors ce malentendu au sujet de la place de l’Eglise dans le coeur des chrétiens ?

La source de cette incompréhension tient à la conception que beaucoup se font de la nature du christianisme. Notre religion ne se réduit pas à un beau message moral, et encore moins à un code de lois. Elle n’est pas une idée que les hommes seraient libres d’appliquer ou non. Le christianisme s’incarne dans l’histoire, et l’Eglise est cette manifestation « charnelle ». Autrement dit, la campagne « anti-Inquisitio » ne consiste pas d’abord en la défense de notre communauté confessionnelle (même si l’Eglise est notre maison), mais en celle du Christ en personne. L’Eglise n’est pas notre créature, mais l’Epouse de Jésus-Christ. Lui-même l’avait fait comprendre à Saint François lorsque, à la fin de sa vie, le pauvre d’Assise se désespérait de voir sa communauté naissante si mal tourner. Celui dont il avait tenu à imiter la vie lui fit alors savoir que ce n’était pas là son affaire, mais celle du Maître de l’histoire. L’amant de Dame Pauvreté avait dû se désapproprier une dernière fois de ce qu’il pensait être son œuvre, et qui s’avérait en fait être celle du Seigneur.

« Mais, nous rétorquera t-on, si l’Eglise est l’affaire de Jésus-Christ, de quoi vous mêlez-vous? Quelle mouche vous a piqués de prétendre laver l’honneur de l’épouse d’un autre ? N’est-il pas assez puissant pour cela ? ». Précisément, l’Incarnation se prolongeant dans l’Eglise, manifestation charnelle du mystère du Fils de Dieu fait homme, il compte sur nous pour rétablir la vérité. De même que Jésus n’a que nos mains pour prodiguer sa charité, nos bouches pour proclamer l’Evangile, nos pieds pour le porter sur tous les continents, de même l’honneur de l’Eglise est commis à notre jugement, à notre courage aussi. Ce n’est pas usurpation de fonction de notre part, mais marque de confiance de la sienne.

Le Christ non seulement a voulu l’Eglise, mais surtout a promis qu’en elle il se communiquerait. On connaît les paroles fortes de Bossuet : « L’Eglise, c’est Jésus-Christ répandu et communiqué ». Il a lié son destin au sien. En tentant de rétablir la vérité au sujet de l’histoire de l’Eglise, nous protégeons la promesse du Nazaréen, et non un réduit identitaire replié sur lui-même.

Bien sûr, on nous objectera que cette « communication » laisse beaucoup à désirer. « L’Eglise sainte, mais non sans pécheurs ». Les chrétiens sont les premiers à en convenir. D’ailleurs, au début de chaque messe, toute l’assemblée reconnaît ses manquements. Les chrétiens ne revendiquent pas une sainteté acquise à la force du poignet et en vertu de laquelle toute critique les touchant serait calomnie et malveillance. Le monde, si aveugle sur lui-même, ne manque jamais de perspicacité pour nous rappeler cette discordance entre ce que nous professons et ce que nous faisons. Cependant ces inconséquences, ces contre-témoignages ne doivent pas devenir un prétexte pour fermer les yeux sur les innombrables exemples de vies authentiquement évangéliques qui émaillent la longue histoire de l’Eglise.

Non, en essayant de rétablir les faits dans leur vérité, nous n’obéissons pas à un réflexe d’auto-défense. Un Autre (Jésus-Christ) se charge de nous protéger, lui qui ne cesse pas de se faire notre avocat en intercédant pour nous auprès de son Père. Loin de nous barricader dans une forteresse identitaire, de tenter de sauvegarder nos intérêts, c’est plutôt l’œuvre de cet autre, l’Eglise de Jésus-Christ, que nous tâchons de protéger des coups injustes qui la défigurent et, pire, la font par voie de conséquence méconnaître des hommes d’aujourd’hui.

Car les « intérêts » de l’Eglise coïncident au final avec ceux de tout le monde. Quant à ceux qui s’obstinent à ne plus voir aucun rapport entre les deux, entre l’Eglise et Jésus-Christ, tant la première leur semble indigne du Maître des Béatitudes, et qui doutent de leur solidarité réciproque, nous laisserons pour finir le soin à Bossuet, toujours lui, de leur répondre : « Jésus-Christ est un avec l’Eglise portant ses péchés, l’Eglise est une avec Jésus-Christ portant sa croix »[1].

(*) Après des études universitaires et des études de théologie, Jean-Michel Castaing a intégré l’administration des Finances. Il est l’auteur de « Pour sortir du nihilisme » (Salvator, 2012). Version originale d’une tribune publiée sur Tak.fr.

 


[1] Lettre à une demoiselle de Metz, juin 1659.

Les grandes causes défendues par Catherine de Sienne

Sainte Catherine de Sienne

Loin des clichés d’Inquisitio, voici les grandes causes défendues par Catherine de Sienne.

 Par Fr. Eric de Clermont-Tonnerre, o.p., pour L’Inquisition pour les nuls.

La paix

Catherine a beaucoup travaillé pour la paix, d’une manière constante tout au long de sa vie. C’est pour la paix en Europe qu’elle souhaite que le pape et les états européens mobilisent une croisade. C’est pour la paix en Italie qu’elle se rend à Avignon et à Florence. C’est pour la paix dans l’Eglise qu’elle souhaite une véritable réforme dans l’Eglise et qu’elle travaille tant à ramener les princes sous le chef unique du pape Urbain VI. « La paix mon doux père, écrit-elle au pape Grégoire XI, la paix et non plus la guerre. Pour la paix, si je pouvais, je donnerais  mille fois ma vie. » Venez, ajoute-t-elle dans une autre lettre, venez (c’est-à-dire venez d’Avignon à Rome, revenez à Rome) non pas les armes à la main, mais la croix à la main, les mains désarmées, comme le doux agneau.

Dans ses actions pour la paix, Catherine ne prend jamais parti. Les efforts sont toujours à faire de part et d’autre, par exemple, de la part du pape et de la part des Florentins et de ceux qui les suivent. De même, il n’y a chez elle aucun patriotisme exacerbé. Le « nationalisme » est une passion à combattre. Et le trop grand patriotisme peut aussi devenir une « passion ». Au roi français Charles V, elle adresse cette formule qui est bien d’elle : « Placez devant l’œil de votre intelligence Dieu et la vérité, non pas la passion et l’amour de la patrie. Car, devant Dieu, nous ne pouvons pas faire de différence entre un homme et un autre. Tous nous sommes sortis de sa sainte pensée, nous avons tous été créés à son image et ressemblance et rachetés par son précieux sang. »(1). A l’inverse, jamais il n’y a chez elle de « francophobie » (Grégoire XI est Français, l’anti-pape Clément VII est Français). Catherine est européenne. Elle avait, dans sa famiglia, pourtant très italienne, des amis anglais et espagnols.

Sur le thème de la paix, on peut lire un extrait de sa lettre n° 53 à Nicolas Soderini :

« Je vous prie, Nicolas, par cet amour ineffable avec lequel Dieu vous a créé et racheté si doucement, de vous appliquer à être juste autant que vous le pourrez. Ce n’est pas sans un grand motif que Dieu vous a mis à même de faire la paix et de rétablir l’union avec la sainte Eglise : c’est pour vous sauver, vous et toute la Toscane. Il ne me semble pas que la guerre soit une si douce chose, que nous devions la rechercher lorsque nous pouvons l’éviter. Y-a-t-il, au contraire, rien de plus doux que la paix ? Je ne le crois pas ; c’est ce doux héritage que Jésus-Christ a laissé à ses disciples. Car il a dit : ce n’est pas en faisant des miracles ; en connaissant toutes les choses futures et en montrant votre sainteté par des actes extérieurs, qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples ; c’est en étant unis par la charité, la paix et l’amour. Je veux donc que vous fassiez l’office des anges, qui travaillent à nous mettre en paix avec Dieu. Faites ce que vous pourrez ; et que cela plaise ou déplaise, surmontez tous les obstacles ; ne pensez qu’à l’honneur de Dieu et à votre salut, et quand il devrait vous en coûter la vie, n’hésitez jamais à dire la vérité, sans craindre ce que les démons ou les créatures pourraient faire. Mais prenez pour bouclier et pour défense la crainte de Dieu, sachant que son regard est sur nous, et qu’il voit toujours l’intention, la volonté de l’homme telle qu’elle est dirigée vers lui. (2)

La paix et l’union sont les éléments essentiels du testament du Christ : « Il (le Christ)  leur laisse (aux apôtres) la paix et l’union, le précepte de s’aimer les uns les autres ; c’est là son testament, le signe qui fait reconnaître les enfants et les vrais disciples du Christ. » (3)

Et nous ? Notre désir de la paix dans le monde et notre travail en ce sens ? Ne laissons-nous pas les choses aller leur train au lieu de travailler vraiment à la justice et à la paix dans la société et au plan international ?

Du souci de la paix découle les points suivants :

La croisade

L’activité de Catherine de Sienne en faveur  du « saint passage », du « saint pèlerinage » – qui puisse protéger l’Europe de la menace musulmane, mais surtout qui puisse orienter les instincts de violence et de guerre en faveur d’une guerre considérée comme plus juste – n’a jamais vraiment cessée. Pour Catherine, la croisade est certes une opération militaire. Mais il s’agit aussi d’une véritable mission en faveur des fidèles et des infidèles qui sont, même comme infidèles, nos frères.

La réforme de l’Eglise

C’était une préoccupation très répandue dans l’Eglise de la fin du Moyen-Age que celle de la réforme de l’Eglise. Les spirituels, les théologiens, les autorités ecclésiales la souhaitaient.

La centralisation de l’institution ecclésiale avait accentué le caractère administratif de la hiérarchie et de sa politique. Les conflits, les dérives morales des clercs, les aspects financiers, les affaires temporelles… tout cela offrait un visage de l’Eglise peu stimulant pour les croyants. Il fallait envisager une réforme de l’Eglise. Celle-ci ne pouvait commencer que par la tête. Catherine, dans sa vision de l’Eglise, concentre tout le pouvoir sur le pape et la fonction papale. En un sens, elle est vraiment papiste. Pourtant, si la fonction du pape est primordiale, les hommes restent des hommes et ne sont pas le Christ. Par exemple, elle écrit ceci à Grégoire XI : « Je vous le dis à vous christ de la terre, de la part du Christ du ciel. »

De plus, Catherine a une très grande conscience de l’égalité des baptisés. Chaque chrétien est invité à devenir un « autre christ ». Chaque chrétien dispose un véritable « pouvoir sacerdotal » (elle n’utilise pas cette expression) pour l’honneur de Dieu et le salut des hommes. Elle invite chacun à assumer ses responsabilités.

De plus, elle a le désir d’une Eglise humble et pauvre, libre de tout pouvoir temporel, libre aussi de toute intervention des autorités civiles dans ce qui la concerne seule, une Eglise vraiment évangélique consacrée exclusivement à l’honneur de Dieu et au salut des hommes.

La promotion de la justice

Il y a chez Catherine une véritable doctrine sociale et politique dont je voudrais souligner certaines caractéristiques :

– L’extrême dignité de l’homme, de chaque être en particulier, qui doit être respecté dans sa liberté (rien ne peut et ne doit le contraindre).

– L’égalité foncière de tous les hommes : la solidarité n’est pas seulement une tâche, mais une situation de fait qui nous lie les uns aux autres, dans le bien et dans le mal. Que l’homme le veuille ou non, il est lié (de fait et par nécessité) aux autres. Ainsi le développement des personnes et l’enrichissement du corps social sont fortement liés. Par ailleurs, c’est un devoir pour chacun de s’intéresser aux problèmes qui touchent la société.

– L’importance du bien commun auquel le bien particulier est subordonné.

– La nécessité d’exercer la justice : il s’agit du premier devoir de ceux qui gouvernent.

– L’autorité est prêtée et ad tempus, c’est-à-dire pour un temps seulement.

(1) Lettres, n° 33, Editions P. Téqui, p. 306

(2) Lettres, Editions P. Téqui, p. 428

(3) Lettre n° 49 aux « huit de la guerre » à Florence, Lettres, Editions P. Téqui, p. 402. Cf. aussi le thème de la mort du Christ qui apporte la grande paix après la grande guerre du péché.

« Inquisitio » : la fiction populaire, condamnée aux clichés antichrétiens ?

Nicolas Cuche sur le tournage d'Inquisitio - Pierre de Luxembourg

Une tribune de Thibaut Dary, porte-parole du Collectif Culture et Foi – et si on se respectait ?

Qui l’ignore encore ? Inquisitio, la série d’été de France 2, a commencé avec fracas : pour la première soirée, le programme a attiré plus de 4,3 millions de téléspectateurs, laissant la concurrence loin derrière.

Un succès à la hauteur du teasing qui a précédé, et des 10 millions d’euros investis dans la production. Depuis plusieurs semaines, la première chaîne publique de France multipliait les bandes annonces choc, surfant sur le goût pour le thriller médiéval. Et plus l’attente montait, plus des images et dialogues du téléfilm se dévoilaient, plus l’inquiétude des chrétiens s’accentuait : selon toutes apparences, il y avait une nouvelle fois à craindre la représentation la plus caricaturale et outrancière de l’Eglise médiévale, armée des clichés les plus éculés.

Des craintes qui se sont hélas confirmées. Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des Evêques de France, a pris la parole pour déplorer une « manière tendancieuse d’honorer l’histoire humaine et religieuse ». Un pool facétieux de blogueurs catholiques a résumé l’opération Inquisitio par une fausse bande annonce qui en disait plus qu’un long article (lisez quand même le nôtre !), avant d’ouvrir un site web particulièrement opportun afin d’aider à démêler le faux du vrai, L’Inquisition pour les nuls.

Pouvait-on en rester là ? Afin de juger sur pièce, et dans sa volonté de promouvoir une relation constructive entre l’univers du sacré et le monde des artistes, le Collectif « Culture et Foi : et si on se respectait ? » a vuInquisitio, et l’a vu – précisons-le – dans son intégralité, pour prendre au sérieux le travail artistique qui y a présidé, et ne pas se contenter d’a priori. Le réalisateur Nicolas Cuche ne se défendait-il pas dès le départ, dans l’interview qui accompagnait le dossier de presse, d’avoir voulu faire un « brûlot anticlérical » ?

Mais après avoir vu Inquisitio, on se demande justement ce qui l’en distingue, et ce qui lui faudrait de plus pour l’être aux yeux du réalisateur. La réalité, c’est que ces huit épisodes d’environ 45 minutes représentent plus de six heures d’une charge lourde et insistante contre le christianisme, qui va donc être scandée un soir par semaine en prime time au public français cet été. Cela a commencé le 4 juillet, cela va continuer encore.

Tous pourris

Jugez plutôt : en 1378, dans le contexte du Grand Schisme d’Occident, Clément VII, antipape à Avignon, conteste la légitimité d’Urbain VI, pape à Rome, et chaque camp cherche à affaiblir l’autre de façon décisive. Tout près de là, à Carpentras, des prêtres fidèles à Clément VII sont mystérieusement assassinés : à la manœuvre dans l’ombre, une bande de tueurs guidée par la religieuse Catherine de Sienne, prête à diffuser la peste dans tout le Comtat Venaissin pour terroriser la population, et saper le pouvoir de l’antipape. Pressentant un complot, ce dernier envoie Guillermo Barnal, grand inquisiteur dominicain, enquêter sur place pour y rétablir son autorité : l’homme, intelligent et opiniâtre, mais aussi rongé par une ancienne culpabilité, va peu à peu démasquer la machination, non sans s’opposer violemment à la communauté juive locale, torturer à tout va, pourchasser une sorcière, et faire plier quiconque lui résiste en chemin.

Voilà pour les grandes lignes de ce récit hautement fantaisiste et sans nuances. Et tout, dans le détail, est à l’avenant. L’inquisiteur, autoritaire et cruel, imbu de son pouvoir, humilie en public, menace et tance, pénètre dans les maisons, ordonne des arrestations, promettant tous azimuts les flammes de l’enfer. De son vrai nom Guillaume de Tasteville – réminiscence transparente du Guillaume de Baskerville du Nom de la Rose – il se fait appeler d’un patronyme espagnol, comme si déjà Torquemada perçait sous Guillermo. Borgne à la suite d’une automutilation infligée à l’adolescence, accompagné d’un novice docile, fayot et pas très malin, Silas – seconde allusion, cette fois au Da Vinci Code –  il commande aux hommes d’armes, perd patience dès que les réponses qu’il attend n’arrivent pas, mène des interrogatoires à la planche à eau et au chevalet écarteleur, et inflige le baptême de force. Le traitement narratif est sans appel, et rend odieux ce personnage qui cumule avec fanatisme la terreur policière et l’intimidation sacrée.

Face à lui, en mission de déstabilisation clandestine, une Catherine de Sienne froidement illuminée cherche à frapper de plus en plus haut : elle fait mourir un prêtre, puis deux, puis un évêque, puis en vise un second. Elle fait répandre de nuit, dans les centres villes, des rats porteurs de la peste. Elle énonce des contresens théologiques avec le sérieux de révélations mystiques. Pour finir, elle déloge de son couvent une jeune et jolie novice à la gorge profonde, qu’elle envoie séduire un prélat, jusqu’à offrir son corps, avec un sourire aux lèvres qui en dit long sur ses scrupules, au gourmand Clément VII. Car ce dernier, l’antipape, est une armoire à glace pleine d’impatience, qui partage son temps entre sa baignoire, à moitié nu sous sa tonsure et parmi ses concubines, et un trône où il s’inquiète de son pouvoir, entouré de cardinaux calculateurs.

N’oublions pas l’évêque de Carpentras, veule, drogué aux antidouleurs, qui est un libidineux minable, aux mains baladeuses. Ce pauvre vieillard frustré s’appelle d’ailleurs Lapelote : ça ne s’invente pas, ou plutôt si. Langeais, son bras droit, obséquieux et fuyant, est lui plus traître que prêtre, et n’entre dans les confessionnaux que pour y tenir des conciliabules secrets d’agent double. Conseiller favori de Clément VII, le cardinal Mirail est obsédé par la reprise en main du peuple, avec pour solution favorite l’usage de boucs émissaires juifs.

On croise encore un curé de campagne qui avec sérieux, menace de l’Inquisition celle qui lui « vole son eau bénite », une foule d’évêques qui se signent comme des bigotes apeurées pour un oui ou pour un non, un prédicateur public animé d’un feu qui doit tout à l’argent qu’il reçoit en douce, tout comme un miraculé qui se lève et marche contre une rémunération perçue dans l’ombre. Dans ce champ de massacre du haut et du bas clergé, seule surnage en fin de récit la figure de Jean de Luxembourg, évêque jeune et saint, quoi que présenté aussi comme profondément naïf.

Une charge à sens unique

Mais pourquoi s’offusquer d’un tel traitement ? Les artistes ne sont-ils pas libres ? Ce n’est après tout « qu’une fiction », nous répète-t-on depuis une semaine. Nicolas Cuche, scénariste, co-dialoguiste et réalisateur, l’a déclaré dès le départ : « le Moyen Âge était pour moi un espace de liberté où inventer un univers qui soit vraisemblable et évocateur sans prétendre à une vérité de reconstitution, un espace plus vierge que ne l’aurait été la cour de Louis XIV par exemple. « Mon » Moyen Âge s’inspire parfois aussi bien des historiens que de la science-fiction et des jeux vidéo. Je l’assume. » Inquisitio, dans cette perspective, n’est donc pas « une leçon d’histoire homologuée par une batterie d’experts », mais une œuvre à n’apprécier que pour « le bonheur de la fiction, la jubilation, le jeu avec les personnages et les situations ».

Pour utiles qu’elles soient, ces déclarations d’intentions ne sauraient exonérer totalement l’artiste du contenu de son travail, ni de l’effet qu’il provoque. Car ce qui reste problématique, c’est justement la confusion entretenue entre l’invention – légitime par nature pour une fiction – et la restitution historique, que laissent imaginer dans Inquisitio une foule de détails authentiques, bien que très approximatifs, au premier rang desquels l’emploi de personnages réels. Outre la maturité qu’il faut espérer au public pour savoir distinguer l’un de l’autre – à moins qu’il préfère ne rien croire par sage prudence – force est de constater que de plus, la fiction invente ici à sens unique.

Car ce n’est pas seulement l’Inquisition qui est mise en cause – ce qui, après tout, pourrait présenter une certaine légitimité, pourvu que le propos soit honnête. C’est bien tout l’édifice de pouvoir catholique qui est traité dans Inquisitio de la façon la plus sinistre. Et si encore il ne s’agissait que de la hiérarchie et de ses ambitions… La période historique choisie offre après tout un spectacle fort peu flatteur pour l’unité chrétienne. Nous qui fêtons en France cette année le 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, savons bien qu’évêques et docteurs peuvent condamner au bûcher une authentique et sainte pucelle.

Mais Catherine de Sienne ! Mais le peuple ! L’une, bien connue pour ses incessants efforts pour la paix, jusqu’à l’oblation d’elle-même, devient ici une terroriste souriante, prête à tout emploi du mal pour, dit-elle, la gloire de Dieu. L’autre, courbant l’échine, muet, ignorant, ne semble que subir et subir encore. AvecInquisitio, c’est finalement la foi chrétienne elle-même qui est assimilée à la peur, dont jouent avec hypocrisie les puissants. Il n’y a pas, dans cette série, un catholique pour sauver l’autre. Tous sont soit lâches, soit idiots, soit érotomanes, soit fanatiques, soit cyniques. Aucun n’est bon, tous sont repoussants.

Face à eux, les personnages positifs, généreux et éclairés, sont les juifs – tant mieux pour eux d’ailleurs ! David de Naples et son fils Samuel, tous deux médecins, ne cèdent pas à la superstition, et dans le secret de leur laboratoire, dissèquent des rats pour identifier l’origine de la peste. Ils sauvent une femme et son bébé en l’accouchant par césarienne, bravant la loi qui l’interdit. Ils ont le sens de la famille, et s’aiment avec tendresse, jusqu’à témoigner les uns vis-à-vis des autres d’un courage héroïque. Nathanaël, l’un des chefs de la communauté juive, est la bonté faite homme. Mieux encore : les forces surnaturelles semblent pencher de leur côté. Aurore, douce et frêle fille de Samuel, a le don de prescience. Quant à Zeeva, femme rebelle et solitaire qu’on accuse d’être une sorcière, c’est sa prière à la « précieuse déesse » qui se révèle déterminante à la fin de l’histoire.

Accusations subventionnées

Cette distribution des bons et mauvais rôles ne doit rien au hasard. Nicolas Cuche reconnaît avoir « eu l’idée d’opposer deux mondes, celui de cet inquisiteur et celui d’un jeune médecin aux connaissances novatrices. C’est devenu un médecin juif parce qu’il me semblait intéressant qu’il soit issu d’une culture qui n’a pas le même rapport au savoir, à la religion, au corps, aux interdits. » Mais la construction de cette opposition, indispensable au récit, a aussi conduit le scénariste à foncer tête baissée dans le sens des clichés les plus grossiers, qu’il accumule et survitamine sans précaution, le plus curieux étant qu’il ne s’en rende visiblement pas compte, et le fasse en toute bonne foi. Ce faisant, il n’invente pas seulement une fiction, mais reproduit, rabâche et renforce une légende noire qui le précède et le domine, à laquelle il donne une exposition préférentielle, au détriment de ceux qui aujourd’hui, sont les héritiers solidaires de l’Eglise catholique médiévale.

C’est là le problème majeur d’Inquisitio. Des récits de ce type foisonnent dans la bande dessinée ou le roman populaire, et il serait aussi inaccessible de les répertorier qu’inutile d’en faire la publicité imméritée. Mais cette série passe sur la télévision publique, financée par son argent, avec l’objectif de faire l’événement, et d’attirer le plus grand nombre de téléspectateurs. Est-il acceptable que ces derniers se voient servir pareille collection d’accusations contre le christianisme, dont certaines ne sont vraiment pas minimes ? Doit-il être de l’ordre de la « jubilation » pour les catholiques de France de se trouver ainsi catalogués au rang de l’obscurantisme, de la violence, de la misogynie, et enfin, de l’antisémitisme les plus aigus ?

Inquisitio de Nicolas Cuche joue avec le feu avec une très grande désinvolture, tout à l’inverse de l’esprit de responsabilité dont devrait faire preuve un artiste qui se voit confier l’opportunité rare et précieuse d’un programme aussi populaire qu’une série d’été. France 2 ne respecte ni son devoir de neutralité ni sa mission culturelle en laissant libre cours à un contenu qui est aussi ambigu dans ses principes que dans son exécution. Quant aux croyants, ils ne seront pas excessifs s’ils réclament d’être entendus à ce sujet, ni s’ils demandent une forme de réparation à ce récit insultant pour l’Eglise dont ils ont fait leur maison.

Catherine de Sienne, femme actuelle (3/3)

Sainte Catherine de Sienne

Quelle est la personnalité humaine et spirituelle de Catherine de Sienne et son rôle principal en son temps ? Qu’est-ce qui la distingue du personnage décrit dans Inquisitio ?

Par Fr. Eric de Clermont-Tonnerre, o.p., pour L’Inquisition pour les nuls.

Mais qu’était réellement Catherine de Sienne ? Quelle était sa personnalité et quel fut son rôle réel ? Fut-elle un « homme d’Etat », une « femme d’Eglise » ?

Elle n’a pas vraiment conseillé les papes. Elle n’a pas été régulièrement consultée par eux. Elle donne des conseils très généraux. Elle n’a pas d’idées très originales. Elle a des vues assez vagues. Elle a un manque cruel de réalisme politique. Elle est finalement assez incompétente.

Elle a échoué partout. La prédication de la croisade était inopportune ; elle n’a pas réussi à la mobiliser. Durant son ambassade à Florence, elle a été le jouet des Florentins. Elle s’est laissée tromper deux fois. Son idéal de réforme de l’Eglise était trop élevé et pas assez adapté. Elle n’a pas réussi à faire venir à Rome les religieux qui devaient constituer le « conseil des spirituels » qu’elle souhaitait vivement. Après le début du schisme, son activité épistolaire n’a rien donné.

Pourtant il y a un  point où elle a réussi : c’est dans l’accompagnement, la direction spirituelle. Elle a « donné la vie » à un certain nombre de personnes. Elle les a formées. Elle les a libérées d’elles-mêmes et les a aidées à se lancer dans l’existence, à prendre leur vie en main. Beaucoup d’entre elles seront aux avant-postes, au début du siècle suivant, mêlées à toutes les tentatives et mises en œuvre de réforme.

Catherine na jamais cessé de faire de l’apostolat individuel ou familial. Le Dialogue est un traité sur le progrès de l’âme, avec, au centre, le Christ Pont, le chemin et les étapes de la vie spirituelle. Ses lettres sont des lettres de conseil et d’accompagnement. Le plus grand nombre de ses lettres sont adressées à des personnes privées et ne traitent que de questions personnelles.

Elle fut une mère spirituelle. Elle était la mamma.

Si les lettres, amputées, pour la plupart, de leur partie narrative et anecdotique laissent de Catherine de Sienne l’impression d’une personne un peu hautaine, incapable de condescendre aux faiblesses d’ici-bas, très exigeante, sûre d’elle-même, prompte à lancer son fameux « je veux », qui n’admet aucune réplique, si le Dialogue nous met en contact avec une expérience mystique tellement haute, exprimée de manière tellement lointaine que le courage manque pour en goûter la réalité, la simplicité, le bon sens et la vitalité, en revanche le Procès de canonisation, qui n’est pas disponible en français, nous révèle, à travers des témoignages candides et par de délicieuses anecdotes, véritables fioretti, une Catherine, jeune fille ou jeune femme parmi d’autres jeunes filles et garçons, à la grâce toute toscane, qui a le don de faire descendre le ciel sur la terre, de rendre la religion attrayante, de mettre la jeunesse en contact avec le Christ et l’Evangile.

Raymond de Capoue présente aussi une Catherine détendue, spontanée, aimable, gracieuse, qui aime les fleurs, qui est ferme et tendre envers ses enfants, affectueuse et familière avec Jésus. Elle manipule plein d’images dont il faudrait faire la liste et qui devaient faire rire ou sourire et être retenues. Elle avait une liberté de parole, y compris avec ses confesseurs. Il y avait une vraie famille très soudée, très libre, aux rameaux divers à Sienne, à Pise, à Florence… les Caterinati.

Je voulais souligner ce point là, parce qu’il est unique et très caractéristique : son rôle de direction spirituelle, ses relations affectueuses et maternelles avec les jeunes, au moment des orientations décisives de leurs existences.

C’est cette caractéristique de la personnalité et du rôle de Catherine qu’il faudrait mettre en valeur pour le rayonnement de l’Ordre et son développement, ainsi que pour la vitalité et le rajeunissement de la famille dominicaine.

La vraie posture de Catherine de Sienne

Catherine de Sienne - mariage mystique avec le Christ

Ou pourquoi, encore, à des années-lumières de la série Inquisitio, Catherine de Sienne est une femme actuelle.

Par Fr. Eric de Clermont-Tonnerre, o.p., pour L’Inquisition pour les nuls.

Ce qui frappe, en fin de compte, lorsqu’on considère l’activité politique et sociale de Catherine de Sienne c’est qu’elle est présente sur tous les fronts importants. Tout l’intéresse de la vie des hommes et des femmes de son temps. Son temps est marqué par la guerre : elle s’engage pour la paix, avec ses pieds, ses jambes, avec sa parole, ses écrits. Son temps est marqué par des luttes fratricides dans les familles, les cités : elle s’engage pour la réconciliation. Son temps est marqué par des injustices : elle est là pour rappeler leurs devoirs au pape, aux princes et aux responsables politiques quels qu’ils soient.

Son temps est marqué par le fléau de la peste : elle est sur le pont, au front, pour guérir et soigner. Son temps est marqué par des questions autour de la papauté et de sa politique : elle est là, auprès des papes et elle prend position. Son temps est marqué par la fragilité du clergé et de la vie religieuse : elle soutient plus d’un prêtre, d’un religieux, d’une religieuse, plus d’une communauté. Elle est en contact avec les nouveaux courants spirituels (les jésuates, les ermites, les fraticelles…) Elle est en phase avec les jeunes qui sont nombreux dans sa famiglia.

Elle est vraiment entrée en dialogue avec son temps : elle écoute et elle parle. Le dialogue caractérise bien ce petit bout de femme. Elle a pris la parole, inspirée par le Seigneur lui-même. Oui, c’est bien une inspiration divine, une intelligence à l’œuvre, une assurance, une audace et un courage de la parole qui la mobilisent et l’animent. Elle fut, en son temps, un prophète, une voix qui s’élève.

 

L’Eglise et les dissections de cadavres humains au XIVème siècle

Un des leitmotivs de la série Inquisitio est l’opposition entre l’Eglise et la science, plus particulièrement la science médicale. Dans plusieurs épisodes, il est précisé, et même martelé, que l’Eglise interdit les dissections de cadavres…et de TOUT cadavre qu’ils soient humains ou animaux. Nous avons déjà abordé la question des animaux…Reste celle des cadavres humains.

La réponse n’est pas aussi simple que celle que donne la série. En effet, en 1300, le Pape Boniface VIII a publié une bulle dans laquelle il interdit les dissections des cadavres. Mais si nous regardons de près l’histoire de la médecine, nous voyons qu’il y a eu de nombreux assouplissements à cette règle…assouplissements venant de l’Eglise elle-même !

Tout d’abord le Pape Clément VI a, au début de la pandémie de peste « noire » en 1347, autorisé les médecins à pratiquer des autopsies afin de connaître l’origine de la maladie et de trouver un traitement1. Clément VI était installé en Avignon (trente ans avant le schisme) et c’est de là qu’il a prit cette notable décision. Nicolas Cuche commet donc une erreur en montrant dans Inquisitio qu’il est interdit de disséquer un cadavre de pestiféré.

D’autre part, le professeur Lyonnais Alain Bouchet, ancien Président de la SociétéFrançaised’histoire de la médecine, nous présente dans une conférence sur le sujet, que des autopsies étaient parfois pratiqués dans les Universités européennes, notamment françaises. Ces autopsies étaient le fait de médecins religieux qui furent appelés auprès des Papes…Cela au XIVème siècle au moment des évènements « décrits » par Inquisitio.

De ces dissections, nous en avons encore des traces sous la forme de planches les représentants. Appelées « leçons d’anatomie », elles étaient en possession des Universités de l’époque mais aussi des Princes. Le roi Philippe VI de Valois (1293-1350) en avait une. Les dissections n’étaient donc pas clandestines.

Nous pouvons citer le nom d’un de ces grands maîtres de l’anatomie : Guy de Chauliac (1300-1368) qui rédigea en 1363 les sept traités de La grande chirurgie. Cette œuvre imposante comprend de nombreuses illustrations de dissections auxquelles il a pour certaines participé… Chauliac a été formé à Montpellier et à Bologne où il a eu pour maître des médecins qui avaient pratiqué la dissection dont le célèbre Bertuccio. Chauliac était très connu de l’Eglise, il était lui-même chanoine du chapitre de Saint Just à Lyon et il a été appelé en Avignon auprès des Papes : Clément VI, Innocent VI et Urbain V. Ses expériences étaient donc connues du clergé et, rassurez-vous, Chauliac, de même que ses maîtres de Bologne et Montpellier, n’a pas fini sur le bucher.

L’histoire de la médecine contredit donc la vision très réductrice d’Inquisitio. Bien sur nous pouvons regretter que Boniface VIII ait interdit l’ouverture des cadavres. Mais cela n’a pas empêché les médecins de travailler et l’Eglise a permis des assouplissements à cette règle dictée par les mentalités de l’époque.

Pour en savoir plus : les conférences d’histoire de la médecine de l’Université Lyon I. 

1 : Stéphane Barry et Norbert Gualde, « La plus grande épidémie de l’histoire », L’Histoire, no 310, juin 2006, p. 47

Idée reçue : l’interdiction de disséquer un animal

Le premier épisode d’Inquisitio nous montre le médecin juif David de Naples disséquer un rat. La dissection est clandestine car ils redoutent que l’Eglise, à travers l’Inquisition, ne découvre cette pratique et les condamne au bucher. En effet, la série nous présente une Eglise interdisant toutes les dissections scientifiques qu’elles soient sur des cadavres humains ou animaux.

Faux ! En 1378, les dissections humaines étaient en effet interdites, sauf exceptions, mais les dissections sur les animaux étaient permises. La bulle du Pape Boniface VIII de 1300 interdit la dissection sur des cadavres humains…Mais seulement sur des cadavres humains ! L’historien de la médecine Alain Bouchet dans son cours sur les leçons d’anatomie sur les animaux mentionne que l’école de médecine de Salerne « si célèbre au Moyen-âge » avait adopté les dissections sur les animaux en suivant les préceptes de la médecine de l’antiquité, notamment de Galien.

L’Ecole de médecine de Salerne, en Italie du Sud, a été la première grande institution médicale d’Europe. Elle était d’abord un monastère et elle est née sous la forme d’un dispensaire au IXème siècle. C’est l’évêque du lieu, Alfan qui a permis son développement au XIème siècle. Cette école, qui a recueillis les traités médicaux de l’antiquité (Galien, Dioscoride, Hippocrate…) mais aussi les traités arabes, était une institution…catholique.

Inquisitio ne précise pas si son héros « David de Naples » a étudié à Salerne… cela aurait pu se concevoir car David « de Naples » doit être originaire de cette ville qui se trouve à côté de Salerne… Donc ce personnage qui craint l’Inquisition pour ses dissections aurait appris chez des médecins chrétiens (religieux, mais aussi religieuse car les femmes pouvaient être médecins) à disséquer des animaux… Invraisemblable, et dommageable contradiction.

Pour en savoir plus : les conférences d’histoire de la médecine de l’Université Lyon I

 

Qui était Pierre de Luxembourg ?

Pierre de Luxembourg

La série Inquisitio nous montre un curieux personnage : un juvénile cardinal de 17 ans, illuminé et presque débile qui a la réputation de « faire des miracles » (alors que ceux-ci, bien évidemment, sont voulus par l’Eglise, qui paye des gens pour faire semblant de guérir). La série affirme qu’il s’agit de Pierre de Luxembourg… personnage ayant réellement existé, bienheureux de l’Eglise catholique et qui n’était en rien illuminé et « débile ». Bien au contraire, il s’agissait d’un esprit très brillant, très pieux, charitable et qui lutta contre le schisme. Voici son histoire :

Pierre, fils du comte Guy de Luxembourg et de la comtesse Mahaut de Châtillon, naquit au château de Ligny-en-Barrois, en Lorraine, le 20 juillet 1369. Orphelin très jeune, il fut envoyé dés l’âge de 8 ans à Paris pour étudier. Ce fut un élève précoce et brillant, aimant chanter et danser, mais aussi pieux et mystique, se confessant tous les jours, charitable envers les pauvres et pacificateur dans une université turbulente.

En 1380, pendant plusieurs mois, il fut livré en otage aux Anglais à Calais pour la libération de son frère aîné. Il avait à peine 15 ans quand il fut nommé évêque de Metz par l’entremise de son frère et il accepta par obéissance et à regret. Il a été nommé à cette charge par l’antipape d’Avignon Clément VII…Mais le Pape de Rome Urbain VI nomma lui aussi un évêque de Metz : Tilman Vuss de Bettenburg. Il y avait donc deux évêques concurrents pour ce diocèse… Situation dû au Grand Schisme d’Occident qui a divisé la chrétienté en deux.

Une accumulation de situations conflictuelles le contraignirent bientôt à abandonner son diocèse et à revenir dans sa ville natale. A la demande du Roi de France, il fut créé cardinal-diacre par le pape d’Avignon Clément VII, il reçut l’ordination diaconale à Pâques 1384 en la cathédrale Notre-Dame de Paris dont il était chanoine.

Selon le désir du pape, il se rendit à Avignon pour résider à la cour pontificale. Depuis six ans déjà, le grand schisme d’Occident divisait l’Église et le jeune cardinal, qui souffrait beaucoup de cette déchirure, fut tout ce qui était en son pouvoir pour y mettre un terme. Il s’imposait à cette fin des nuits en prière, des jeûnes et de très grandes mortifications en affirmant : « L’Église de Dieu n’a rien à attendre des hommes, de la science ni de la force armée, c’est par la piété, la pénitence et les bonnes œuvres qu’elle doit être relevée et elle le sera. Vivons de manière à attirer la miséricorde divine ».

Déjà marqué par la souffrance et par une santé chétive, il avait une grande dévotion pour la passion et la croix du Christ, qui lui valut la grâce d’une vision extatique de Jésus Crucifié au cours d’une visite à Châteauneuf-du-Pape. En 1386, sa santé donna de très sérieuses inquiétudes et il dut résider à Villeneuve, de l’autre côté du Rhône. Déchargé désormais de toute obligation, il allait prier longuement à la Chartreuse proche de sa demeure. Mais ses forces déclinèrent rapidement car le mal s’aggravait ; il restait cependant calme, patient, peu exigeant et toujours souriant. Alors qu’il n’avait pas encore tout à fait 18 ans, il mourut le 2 juillet 1387 en murmurant : « C’est en Jésus Christ mon Sauveur et la Vierge Marie que j’ai remis toutes mes espérances ». A sa demande, il fut enterré à Avignon dans le cimetière Saint-Michel des pauvres. Aussitôt les miracles se multiplièrent sur sa tombe et sa réputation de sainteté ne cessa pas de grandir, entraînant l’ouverture de son procès de canonisation. Néanmoins, par suite de diverses vicissitudes historiques, il ne fut béatifié que le 9 avril 1527 par le pape Clément VII. Ses reliques, conservées jusqu’à la Révolution dans l’église du Couvent des Célestins édifié pour les garder, sont vénérées depuis 1854 dans l’église Saint-Didier d’Avignon, à Châteauneuf-du-Pape et à Ligny-en-Barrois. Son chapeau cardinalice, sa dalmatique et son étole diaconale sont encore visibles en l’église Saint-Pierre d’Avignon.

Saint François de Sales, qui avait pour lui une profonde dévotion depuis son enfance, voulut venir prier sur son tombeau en novembre 1622, un mois juste avant sa mort, et il déclara alors : « Je n’ai jamais rien lu qui m’eût donné autant de confusion sur ma vocation ecclésiastique que la vie de ce jeune cardinal ».

La vraie vie de Sainte Catherine de Sienne

Sainte Catherine de Sienne dans Inquisitio

Catherine de Sienne (Anne Brochet) contre Catherine de Sienne (la vraie)

Dépeinte dans Inquisitio comme machiavélique, aigrie et vengeresse (elle inocule la peste aux rats pour punir les Avignonnais, entre autres lâchetés), voici une petite vie de Sainte Catherine de Sienne pour rétablir la vérité. Précisons que dans la série, Catherine fait l’âge de l’actrice (46 ans), tandis que le personnage réel est mort à 33 ans et qu’elle était connue pour être très belle.

Petite vie de sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

Docteur de l’Eglise (fête le  29 avril) – Patronne de l’Europe

Catherine Benincasa naquit à Sienne le 25 mars 1347 qui était à la fois le dimanche des Rameaux et le jour de l’Annonciation. En 1352, elle eut une vision du Christ et fit vœu de virginité 1 an plus tard.

A l’âge de quinze ans, Catherine de Sienne revêtit l’habit des sœurs de la Pénitence de Saint Dominique (les mantellata). Après la mort de sa sœur Bonaventura, elle commença une vie d’ascèse.

En 1363, la peste rode toujours : elle va soigner et encourager ceux qui en sont malades. Sept neveux et nièces de Catherine sont frappés et elle les enterre elle-même.

En 1368, après le retour à Dieu de son père et son mariage mystique avec le Christ, Catherine sauva ses frères pendant un coup d’état à Sienne. Deux ans après, elle donna son cœur à Jésus pour l’Eglise. De la même année datent ses premières lettres et les premières conversions. La jeune mystique provoqua quelques émotions dans sa cité et dans l’Ordre des dominicains. Elle dut comparaître devant le Chapitre général des dominicains à Florence en 1374. C’est alors qu’elle rencontra le Bienheureux Raymond de Capoue qui deviendra son directeur spirituel.

A partir de 1375 commence une période de sa vie durant laquelle Sainte Catherine de Sienne prend de manière plus publique, la défense des intérêts du Pape et manifeste son souci de l’unité et de l’indépendance de l’Eglise, ainsi que du retour du Pape d’Avignon à Rome. Elle rencontre le pape Grégoire XI à Avignon. En septembre 1376, elle retourne à Sienne et Grégoire XI prend le chemin de Rome. Catherine continue son service d’ambassadrice du pape auprès des villes italiennes toujours en pleine ébullition. En 1378, après le décès de Grégoire XI, Urbain VI est élu pape. 5 mois après cette élection tumultueuse et les maladresses de l’élu, malgré les appels à la patience et les mises en garde de Sainte Catherine de Sienne, survient le Grand Schisme d’Occident et l’élection de l’antipape Clément VII (Robert de Genève). Catherine se bat pour que soit reconnu Urbain VI. La même année 1378, elle commence la rédaction de ses Dialogues, qui, rapporte une tradition, auraient été composés en cinq jours d’extase, du 9 au 14 octobre. Catherine vient s’établir définitivement à Rome. Deux ans après, après avoir reçu dans une vision, la nef de l’Eglise sur ses épaules, dans l’église du Vatican, Catherine meurt dans la ville éternelle à l’âge de 33 ans. Bien que ne sachant pas écrire et ne connaissant pas le latin, elle laisse derrière elle une œuvre considérable. L’importance de son œuvre pour la langue italienne moderne est reconnue.

Appartenant au tiers-ordre dominicain, cette fille de Saint Dominique canonisée en 1461 par le pape Pie II est patronne de l’Italie et a été déclarée docteur de l’Eglise par le pape Paul VI, le 4 octobre 1970 en même temps que Sainte Thérèse d’Avila.

Inquisitio : pauvre Moyen Age

La torture dans Inquisitio

Scène de torture d’un paysan dans Inquisitio

« On pensait en avoir fini avec les clichés éculés sur ce pauvre Moyen Âge, sans cesse ramené au fanatisme religieux, à la violence, la peste, la boue, la crasse, et à l’obscurantisme en général. On se trompait.

La nouvelle série estivale de France 2, Inquisitio, parvient à réunir non seulement toutes les pires idées reçues sur le Moyen Âge, mais également à donner une vision du catholicisme médiéval tout aussi caricaturale, voire douteuse, provoquant des réactions sur le net, y compris très drôles et pleines d’autodérision…La fiction, car c’en est une, peut-elle tout permettre ? Et est-elle « innocente » ?

(…) Est-on obligé lorsque l’on fait une fiction de ressortir tous les clichés possibles, déjà usés jusqu’à la corde, sur le Moyen Âge ? Le créateur, Nicolas Cuche, déclare que sa vision de l’époque médiévale relève plus « de la science-fiction et des jeux vidéos » que de la réalité historique. Certes. Mais, parallèlement, il affirme : « Le Moyen Âge est le miroir déformant d’une réalité actuelle qui renvoie au repli communautaire et à l’obscurantisme religieux » …En prenant le cadre du Moyen Âge, même en s’inscrivant dans le cadre fictionnel, le réalisateur veut ainsi parler de l’obscurantisme religieux et du repli communautaire d’aujourd’hui. La fiction n’est donc pas « innocente »…

(…) Le Moyen Âge, c’est surtout une Eglise et une Inquisition symboles multiséculaires de l’obscurantisme religieux. Inquisiteur sadique, pape érotomane, évêque toxico et libidineux… La blogosphère a rapidement réagi à la vision du catholicisme médiéval donnée par la série. Des réactions hostiles de certains catholiques, mais aussi souvent pleines d’humour (voir les liens plus bas), ce qui est plutôt rassurant. Le journal La Croix est plutôt bienveillant, malgré quelques critiques, et n’y voit pas un « brûlot anticlérical ». Le réalisateur lui-même prétend ne pas vouloir s’attaquer à l’Eglise. Pourtant, la présentation sans nuances de l’Eglise du XIVe siècle laisse songeur.

D’abord l’Inquisiteur. Certes, il a un passé plutôt traumatisant. Il a également une certaine culture rationnelle, comme on peut le voir quand il démonte le show de Catherine de Sienne. Mais comme tout Inquisiteur qui se respecte, dans sa traque de l’hérétique (motivée par un passé douloureux et œdipien) il est fanatique, sadique, prêt à tout pour arriver à ses fins, y compris la torture (que serait l’Inquisition sans la torture ?). Catherine de Sienne, justement, n’a rien à lui envier en fanatisme, puisqu’elle est prête à répandre la peste pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire rétablir les droits d’Urbain VI face à Clément VII. En plus, ses stigmates, c’est du chiqué ! Le pape d’Avignon, lui, ferait passer Alexandre Borgia pour un jésuite, puisqu’on le voit presqu’en permanence dans son harem, entourée de jeunes filles dévêtues. Et en bon politicien cynique, il est prêt à sacrifier quelques juifs pour calmer le peuple. L’évêque de Carpentras, quant à lui, est toxicomane et obsédé par l’intimité de la jeune sorcière qui lui sert de dealeuse…Ce tableau de l’Eglise du XIVe siècle est en permanence mis en opposition avec la communauté juive de Carpentras, plutôt soudée, et représentée par deux médecins progressistes (père et fils) qui aident leur prochain (une femme enceinte), même chrétien, et malgré les risques, tout en enquêtant sur la diffusion de la peste en disséquant des rats.

Alors bien sûr, on pourrait se dire que la série n’est qu’une fiction inoffensive, et passer notre chemin. Certains se contenteront de supporter ces clichés et, malgré le scénario assez prévisible, une réalisation médiocre et une interprétation inégale, seront peut-être accrochés par l’intrigue et voudront aller jusqu’au dénouement. Pourtant, particulièrement quand on est fan du Moyen Âge, cela devient lassant de toujours voir sa période aimée ramenée à l’obscurantisme religieux et à la violence. (…) »

Article intégral à lire sur le site Histoire pour tous

Broncos beat Bengals in overtime to succeed in post AJ McCarron ty hilton jersey, Starting again at quarterback for the Bengals in the absence of the injured Andy Dalton, Hooked up with No 1 receiver AJ Green for a five yard landing to open the scoring brandon lafell jersey. They made it 14 0 four minutes into the second quarter when wide receiver Mohamed Sanu came in for a wildcat play and rushed for a six yard touchdown derek wolfe jersey. However that lasted only two plays as McCarron fumbled the snap and DeMarcus Ware recovered for Denver to end the game and leave destiny in their own personal hands. unquestionably the Broncos (11 4) does indeed win the AFC West, And claim a first round bye, With a home victory over the san diego chargers next Sunday, so the Bengals cannot now claim the No 1 seed in the AFC and need a Broncos defeat to secure an extra week off custom ravens jersey.