« Inquisitio » : lettre à M. Rémy Pflimlin, Président de France Télévision

Inquisitio : le tribunal de l'Inquisition

Frigide Barjot, porte-parole du Collectif Culture et Foi, écrit au Président de France Télévision, et vous invite à écrire à son exemple, en réaction à la série Inquisitio.

 

Monsieur le Président,

C’est avec une grande tristesse que, le 4 juillet 2012, j’ai vu que vous commandiez, financiez et diffusiez à une heure de grande écoute un programme – Inquisitio – qui porte mes concitoyens à la confusion historico-religieuse et à la stigmatisation d’une partie de la population.

Issus pour la plupart d’une formation laïque qui traite peu, et peu objectivement, de cette période de l’histoire de la France et de l’Eglise, ils n’ont assurément pas les connaissances nécessaires pour savoir à quel point Inquisitio, pour toute fiction qu’elle prétend être, est chargée d’erreurs historiques, d’amalgames et de contre-vérités – notamment sur Catherine de Sienne – qui ne font qu’abîmer la déjà faible sympathie que les Français portent aujourd’hui à l’Eglise catholique.

Plus grave, par sa violence et le traitement d’antisémitisme latent appliqué aux catholiques tout au long des huit épisodes, Inquisitio blesse des millions de chrétiens ! Pas seulement par les images et les propos tenus, mais par ses conséquences réelles sur les croyants catholiques à travers le regard de nos contemporains. Quand on sait que les intentions explicites de la série sont, d’après son producteur, de dénoncer « les ravages du fanatisme religieux et de l’intolérance« , France 2 permet avec une efficacité inouïe (4,3 millions de téléspectateurs le 4 juillet dernier) de laisser à croire que se sont bien les catholiques de France les représentants historiques et actuels de ces abominations.

Je ne peux croire que vous, chrétien, vous souhaitiez chose pareille ?! Il me parait donc indispensable, s’agissant d’évènements qui prêtent toujours à tant de controverses aujourd’hui, qu’une approche historique honnête puisse venir éclairer le jugement des téléspectateurs.

Ainsi, j’apprécierais grandement que France 2 propose à ses téléspectateurs, en seconde partie de programmes dans la foulée de la diffusion d’Inquisitio, des informations complémentaires et critiques sous forme de documentaires non scénarisés sur la réalité historique de l’Inquisition française, et sur la figure éminente de Catherine de Sienne.

Une telle « réinformation » devrait aussi prendre la forme, à l’issue de la totalité de la diffusion, d’un débat retransmis sur France 2 à la rentrée, dans la même tranche horaire, avec comme participants, vous-même, M. le Président, le réalisateur Nicolas Cuche et ses coscénaristes, plusieurs historiens médiévistes dont un spécialiste de l’Inquisition, un représentant de l’Eglise catholique et un autre de la Communauté juive, tous deux spécialistes de l’époque considérée, avec en plus un philosophe ou un sociologue pour élargir le débat à notre époque actuelle.

En espérant vivement que vous aurez à cœur, dans le cadre de votre mission de service public, et du respect des minorités invisibles, de prendre en considération notre profond désarroi et surtout, de retenir ces suggestions de rétablissement de la vérité historique comme de la dignité des catholiques de France,

je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Par Frigide Barjot, porte-parole du Collectif Culture et Foi : et si on se respectait ? – 11 juillet 2012

Une critique d’Inquisitio (2/2)

Nicolas Cuche, le réalisateur de la série Inquisitio diffusée sur France 2
Nicolas Cuche, le réalisateur de la série Inquisitio, pendant le tournage

(…) C’est bien là que se pose le problème d’Inquisitio : la série propose au téléspectateur un ensemble de croyances généralistes sur le Moyen Âge qui n’ont pas grand-chose à voir avec ce que le discours scientifique est susceptible de produire. Sans faire de l’académisme ou de l’érudition, un minimum de vulgarisation historique sur une période bien connue aurait été le bienvenu. Une nouvelle fois, la place est ainsi donnée à la légende noire de l’Inquisition, présentée comme l’instrument d’oppression du peuple et symbole du pouvoir absolu de l’Église, rendant de fait injustifiable et intolérable cette institution aux yeux du téléspectateur du XXIe siècle. Dans la mémoire commune, ressurgit l’image sévère et terrible de l’inquisiteur impitoyable, bien loin de la réalité de l’Inquisition médiévale des XIIIe et XIVe siècles telle qu’elle est connue dans les sources à disposition des historiens, mais vision plus largement influencée par les exactions commises sous l’Inquisition d’État de la période moderne espagnole.

Sans chercher à minimiser ni à taire les aspects les plus sombres et les moins tolérables de l’Inquisition, il est nécessaire de replacer l’institution dans son temps. Il serait bien évidemment faux de dire que l’Inquisition n’acquiert pas dans le royaume de France et plus particulièrement dans le Midi de la France des XIIIe et XIVe siècles, un pouvoir de justice de premier ordre, voire quasi hégémonique et – par petites touches – des scènes d’Inquisitio effleurent cette puissance. Le personnage central de l’office inquisitorial, l’inquisiteur dominicain, nommé par le pape, est son représentant par délégation et, de fait, le défenseur de la foi. Mais ce « spécialiste de la parole », compétent dans le débat polémique, n’est pas un juge sanguinaire ou un lieutenant de police tel qu’il apparaît dans la série de France Télévisions. La présence du discours est forte chez ce juge, renforcé par un élément qui est l’inquisitio, « l’enquête générale sur la perversité hérétique ». Mais l’utilisation de la torture, la mise à la question, est accessoire dans les procédures inquisitoriales, surtout lorsqu’il s’agit d’obtenir un aveu qui, sous cette contrainte physique, sera toujours inventé par le suspect comme le soulignent les différents manuels des inquisiteurs – dont celui de Bernard Gui en 1322. Guillermo Barnal, qui est un inquisiteur imaginé et l’un des principaux protagonistes de l’histoire racontée, a des pouvoirs de justice en tant que juge d’un tribunal d’exception, mais non des pouvoirs de police comme il est suggéré dans le scénario de cette fiction, à la manière d’un Guillaume de Baskerville flanqué de son novice tout droit sortis du Nom de La Rose d’Umberto Eco.

Quant à l’image proposée de la papauté d’Avignon et plus particulièrement du pape Clément VII, le rapprochement avec la période Borgia est maladroite et bien peu historique. Si le complot est une chose plausible et avérée autour du souverain pontife à l’époque médiévale, la dépravation et le pêché de chair présentés de telle manière dans Inquisitio sont d’un autre temps et d’un autre lieu.

Au-delà des critiques nombreuses que l’on pourrait faire, en multipliant les remarques sur les anachronismes et les incohérences secondaires à la caricature inquisitoriale, la plus visible, l’historien médiéviste, mais également l’historien « tout court », ne peuvent que déplorer cette familiarité artificielle avec une période complexe telle qu’elle est entretenue ici. Inquisitio, comme trop souvent le cinéma « médiévalisant », dévalorise inutilement le Moyen Âge et véhicule dans l’esprit du téléspectateur une image fausse tout autant que falsificatrice  : le Moyen Âge devient une période parfaitement barbare, sous-développée et obscurantiste, que l’on saupoudre d’un peu de sensationnel, d’un brin de violence et qui fleure bon l’anarchie sociale et religieuse. In fine, ce qui fait son attrait, ce n’est pas la période en elle-même, mais son traitement romantique, pittoresque, folklorique ou… fictionnelle.

Au vu des moyens financiers et de communication engagés pour Inquisitio par France Télévisions, à la lecture des critiques et de l’audimat des premiers épisodes diffusés, il semble que la fiction l’emporte une nouvelle fois sur l’Histoire. C’est bien dommage pour le Moyen Âge… et pour le téléspectateur à qui l’on ressert une fois encore tous les poncifs les plus éculés en la matière. Alexandre Dumas écrivait : « Qu’importe de violer l’Histoire, pourvu qu’on lui fasse de beaux enfants ! »

Laurent Albaret (Sources médiévales)

Une critique d’Inquisitio (1/2)

Inquisitio - Le Grand Inquisiteur, Guillaume Barnal (Vladislav Galard)
Inquisitio - Le Grand Inquisiteur, Guillaume Barnal (Vladislav Galard)
Le Grand Inquisiteur, Guillaume Barnal (Vladislav Galard), dans Inquisitio

Le Moyen Âge se vend bien – très bien même – merci pour lui. En témoigne la « saga de l’été » Inquisitio de France Télévisions, diffusée à partir du 4 juillet 2012, qui compte huit chapitres à raison de deux épisodes chaque mercredi soir pendant quatre semaines. Dans une volonté de produire un objet marketing évoquant le Moyen Âge du XIVe siècle et répondant au diktat de la sainte audience audiovisuelle, à la fascination populaire pour la période et mais aussi à des fins de distraction estivale, Inquisitio nous propose une approche de l’histoire religieuse méridionale des plus discutables, et qui s’inscrit – comme d’autres productions mises à l’écran ces dernières années – dans les mésusages du Moyen Âge à la télévision.

Sans mettre en doute les qualités professionnelles réelles du réalisateur Nicolas Cuche qui se revendique « créateur d’univers visuels », sans contester sa volonté de faire une « belle image » – qu’il défend dans un entretien publié dans le dossier de presse –, on peut s’interroger sur le contenu réel de l’histoire, sur la réalité historique que l’on est censé attendre et, surtout, sur ce que la série veut faire passer au téléspectateur. Une précision sur le contexte : la principale inspiration de Nicolas Cuche est l’auteur de science-fiction transalpine Valerio Evangelisti et sa série d’ouvrages d’héroïc fantasy (très bons) intitulés Nicolas Eymerich Inquisiteur. Point de conseiller historique sollicité pour une expertise, afin de donner une caution scientifique à la série diffusée par France Télévisions, groupe audiovisuel public. L’approche de la démarche historique n’est d’ailleurs pas à l’ordre du jour. Le réalisateur l’affirme lui-même : « Inquisitio n’est pas une leçon d’histoire homologuée par une batterie d’experts, on n’y défend que le bonheur de la fiction, la jubilation, le jeu avec les personnages et les situations ». Même si cela n’est pas une excuse, le décor est posé, le contenu – qui ne sera donc pas historique – est à suivre.

De prime abord, le titre de la série de l’été a de quoi faire lever un sourcil à un historien quelque peu averti. Un peu de latin ne fait pas de mal, mais tout de même : « Inquisitio »… Une légitimité historique douteuse de la série par l’usage du latin dans ce titre qui ne dit rien, mais suggère au téléspectateur de bien sombres images de bûchers, tortures et autres atrocités « moyenâgeuses », car le Moyen Age est… atroce. La bande-annonce officielle, hélas, le confirme, avec des recettes qui fonctionnent, mobilisant des archétypes prétendument médiévaux comme des méchants moines, une sorcière inquiétante, une bonne scène de torture ou le choc des épées. Un peu d’humilité et de curiosité historique : inquisitio veut simplement dire « enquête », le fondement même de la procédure inquisitoire installée par les tribunaux de Toulouse et Carcassonne dans la première moitié du XIIIe siècle – L’Inquisition est officiellement établie dans le sud de la France en 1231. Cette enquête permettait aux inquisiteurs d’organiser un quadrillage administratif du territoire languedocien et de mener à bien la recherche des dissidents religieux dans le comté de Toulouse et les vicomtés voisines. Elle autorisait le juge inquisiteur à se forger un avis sur le suspect d’hérésie, à formuler un jugement et à prononcer si nécessaire une sentence. Or, d’enquête sur une dissidence religieuse, il n’y en a pas réellement dans cette série de huit épisodes.

L’histoire se déroule en plein Moyen Age (et non « Moyen-Age » comme il est écrit sur le site dédié pour la série de France Télévisions), en 1378 (et non de 1370 comme noté sur tous les dossiers de presse de la série) entre Avignon et Carpentras. Terre de papauté dans cette seconde moitié du XIVe siècle et depuis 1309, la région d’Avignon est étroitement liée au Grand Schisme d’Occident à partir de 1378, avec deux papes qui prétendent régner sur la chrétienté, l’un installé à Rome – Urbain VI – et l’autre en Avignon – le français Robert de Genève,  connu sous le nom de Clément VII. C’est avec ce conflit politico-religieux en fond d’écran que se déroule l’histoire-fiction d’Inquisitio où se croisent trois personnages principaux, Guillermo Barnal, un inquisiteur dominicain, improprement appelé « grand inquisiteur au service du pape Clément VII », Samuel, un jeune médecin juif de Carpentras qui dispose de « connaissance en médecine et en science bien supérieures à celle de son époque » (sic), et Madeleine, une belle sorcière (forcément rousse), vivant dans les profondeurs des bois, guérisseuse et magicienne, de toute évidence destinée au bûcher. Autour de ces personnages de fiction s’agitent des protagonistes secondaires. Certains ont réellement existés, mais leur place dans le récit relève plus de la caricature que du portrait – comme Catherine de Sienne, figure marquante du catholicisme médiéval, plus hystérique aux pulsions meurtrières que mystique dans Inquisitio – alors que les archives nous renseignent sur leurs actions, leur rôle dans l’Histoire, voire même leur quotidien.

Laurent Albaret (Sources médiévales)

Les papes en Avignon (2/2)

Michael Vander-Meeren (Clément VII) dans la série Inquisitio
Michael Vander-Meeren (Clément VII) dans la série Inquisitio
Michael Vander-Meeren (Clément VII) dans Inquisitio

Suite de notre série pour mieux comprendre le contexte historique d’Inquisitio… 

Le Grand Schisme d’Occident

En 1378, Urbain VI est élu pour succéder à Grégoire XI. Étant trop ouvertement le candidat de Naples il subit rapidement une révolte de la part des cardinaux français qui refusent de reconnaître la validité de son élection. Celle-ci s’est en effet faite sous la pression de la foule romaine en arme et sous la menace de manifestations continues. La non-validité de l’élection ayant été reconnue par le roi de France, certains cardinaux ne reconnaissent pas le pape et en élisent un autre, du nom de Clément VII.

Ce Grand Schisme est donc une triple crise : religieuse, politique et juridique. Religieuse, car la Chrétienté a perdu son unité du fait de la présence de deux pasteurs à sa tête, et du refus des papes de se démettre.Politique, car l’Europe est plus que jamais divisée. Le soutien a l’un ou l’autre pape se fait selon des considérations politiques et diplomatiques et non pas religieuses. Derrière ce schisme se dissimulent mal les rivalités entre la France et l’Empire, notamment pour le contrôle de la péninsule. Cette rivalité se double de luttes familiales et civiles en Italie, parmi les grandes principautés et les républiques, comme Naples, Florence, Gênes ou Venise. Enfin, à tout cela se surimpose le conflit anglo-français qui a débuté en 1337 et qui prend lui aussi des allures de crise européenne.

Juridique, car les deux camps rivalisent d’arguments et de preuves pour faire reconnaître la non-validité de l’élection du candidat opposé. La première question est de savoir si l’élection d’Urbain VI était invalide et donc s’il était légitime d’élire Clément VII. Pour les partisans de ce dernier Clément n’est pas un anti-pape. Dans la mesure où le choix d’Urbain VI n’était pas valide, du fait des menaces proférées à l’encontre des cardinaux, le siège de Pierre était vacant. En élisant Clément VII les électeurs du Sacré-Collège n’ont fait que le combler. Pour eux ils n’ont donc pas provoqué de schisme. C’est le camp d’en face qui est responsable du schisme, puisqu’il a maintenu Urbain VI en place, alors même qu’il n’était pas légitime.

Bien évidemment ce point de vue n’est pas partagé par le camp d’Urbain VI, qui développe une argumentation juridique inverse. La situation devient alors très difficile, car les arguties juridiques pèsent peu face à la volonté des clans d’imposer leur candidat.

La mort des papes ne résout pas la crise car les cardinaux romains ou avignonnais élisent un autre souverain. Ainsi lorsqu’Urbain VI décède en 1389 la crise aurait pu se résoudre, puisque Clément VII redevenait alors le seul pape. Sauf que l’élection de Boniface IX pour succéder à Urbain VI n’a fait que la raviver. De même, à la mort de Clément VII en 1394 un autre pape est élu en Avignon en la personne de Benoît XIII. Les élections de successeurs et la durée du schisme font craindre aux esprits lucides que l’on s’habitue à la situation et que la Chrétienté reste définitivement séparée. L’enjeu de l’unité est alors grand, car il est indispensable de faire comprendre aux hommes d’Église et aux responsables politiques que la situation n’est pas tenable et doit prendre fin, mais le temps joue contre eux car plus les années passent plus la situation se banalise.

Le français Jean Gerson développe alors l’idée de la soustraction d’obédience : puisqu’aucun pape ne veut se démettre il est nécessaire de convoquer un concile qui déposera les deux papes et en élira un autre, qui sera le pape reconnu par l’ensemble de la Chrétienté. Cette idée novatrice est adoptée par la majorité des cardinaux, qui se réunissent à Pise en 1409. Le 5 juin 1409 Grégoire XII (Rome) et Benoît XIII (Avignon) sont déposés et Alexandre V est élu. Ce passe alors ce qui était à craindre : les deux papes déposés refusent de se démettre, et la papauté n’est plus bicéphale mais tricéphale. Le concile de Pise devait résoudre le schisme, il n’a fait que l’empirer. D’autant qu’Alexandre V meurt en 1410 et qu’un nouveau pape est élu pour lui succéder en la personne de Jean XXIII. Le schisme semble donc bien ancré et fait pour durer.

Le terme de la crise

Un terme est trouvé à la crise lors d’un concile réuni à Constance, de 1414 à 1418, sous l’égide de Jean XXIII et de l’empereur. Les trois antipapes sont déposés et un nouveau est élu en 1417, qui prend le nom de Martin V. Si Jean XXIII et Grégoire XII reconnaissent cette décision, Benoît XIII refuse de se démettre. Il est chassé d’Avignon et trouve refuge en Aragon. Mais même le roi d’Aragon finit par ne plus le soutenir, si bien que son schisme s’éteint peu après.

La crise papale débutée en 1378 trouve donc une solution définitive en 1417, soit 39 ans après. Les conséquences du schisme furent grandes, tant sur le point théologique qu’ecclésiologique.

Au niveau théologique, on voit se développer deux doctrines appelées à perdurer, celle de la soustraction d’obédience et celle du conciliarisme. Avec la soustraction d’obédience on reconnaît qu’un pape peut être déposé par un concile. Si cela s’est fait dans le cas particulier du Grand Schisme, certains théologiens voudront le réitérer dans d’autres cas.

L’idée du conciliarisme c’est que l’autorité d’un concile est supérieure à celle d’un pape. Certains théologiens vont même aller plus loin en demandant à ce que la papauté soit gouvernée par un concile permanent et non pas par un pape. Le schisme a eut pour effet premier de fragiliser l’institution de la papauté, mais comme effet à long terme de la renforcer, puisqu’on s’est rendu compte qu’il n’était pas possible d’avoir une unité de l’Église sans unité de sa tête.

Les conséquences ecclésiologiques sont de nature différente. Le schisme soulève en effet de nombreuses critiques contre le gouvernement de l’Église, les cardinaux, les papes mêmes, plus attachées à leurs prérogatives et à leur pouvoir qu’au salut des âmes et à la conduite des fidèles. C’est donc dans ce contexte qu’apparaissent des réformateurs qui demandent une purification de la conduite du clergé et de la curie, voire, pour certains, une abolition de la papauté, responsable à leurs yeux d’une déchéance spirituelle. Ces réformateurs ont pour nom Jean Hus à Prague (mort en 1415) et John Wycliff (1320-1384) en Angleterre. S’ils furent condamnés ainsi que leurs thèses, leurs idées et leur mouvement ont donné le coup d’envoi du grand vent de la réforme ; Luther et Calvin en sont les héritiers directs. Ce schisme, commencé au cœur du XIVe siècle ouvre donc grand la porte aux bouillonnements du XVIe siècle.

 

 

 

A propos de la série Inquisitio

Inquisitio, sur France 2, par Nicolas Cuche

La série Inquisitio sur France 2

« A propos de la série Inquisitio » : voici une lettre de Mgr Bernard Podvin, porte parole de la Conférence des évêques de France, qui nous a été transmise et que nous publions aujourd’hui dans son intégralité.

France 2 diffuse, à partir de ce soir et tous les mercredis de juillet, sa nouvelle « saga de l’été », lnquisitio, réalisée par Nicolas Cuche à partir d’un scénario écrit par lui-même et Lionel Pasquier.

Elle est sensée mettre en scène, dans le contexte de la lutte entre Clément Vll et Urbain Vl, ainsi que de celui de la peste, I’histoire d’un inquisiteur, d’un médecin juif, d’une sorcière et de Catherine de Sienne.

Ecoutons d’abord I’intention du producteur, Jean Nainchrik : « lnquisitio raconte l’échec et les ravages du fanatisme religieux et de I’intolérance. Aujourd’hui encore, les mêmes combats, le même obscurantisme agitent notre civilisation« .

De son côté, le réalisateur, Nicolas Cuche, cherche à nous rassurer : « je ne voudrais pas que I’on s’imagine qu’Inquisitio est une sorte de brûlot anticlérical un peu simplet, une énième histoire mettant en scène Ia cruauté de I’Eglise… Sur le plan historique, ce serait faux. Sur le plan romanesque, convenu et limité. ll y a un gros fantasme sur l’lnquisition. Elle n’a pas tué autant de gens qu’on le croit… Quoi qu’il en soit, Inquisitio n’est pas une leçon d’histoire homologuée par une batterie d’experts, on n’y défend que le bonheur de la fiction, la jubilation, le jeu avec les personnages et les situations…« .

ll reconnaît également que « sans prétendre à une vérité de reconstitution, ‘mon’ Moyen Âge s’inspire aussi bien des historiens que de la science-fiction et des jeux vidéo« . Certes ! Mais c’est là que le proiet Inquisitio dérape. Malgré ces belles précautions oratoires, le public y verra une grande fresque historique sans y percevoir un grand nombre d’amalgames, de clichés et d’anachronismes. Les historiens que nous avons consultés sont effarés par I’image que ce téléfilm donne de l’lnquisition et de l’Eglise.

Citons par exemple Didier Le Fur, qui vient de publier chez Tallandier L’lnquisition, Enquête historique France Xllle-XVe siècle :

« On peut s’étonner des clichés ridicules véhiculés sur I’Eglise catholique dans cette série. Un bas clergé forcement ivrogne et plus superstitieux que religieux. Des novices parfaitement naïfs et crédules jusqu’au ridicule. Une élite déjà mûre, forcément lubrique, mais aussi cynique qui ne croit en rien, cherchant toujours à abuser un peuple présenté invariablement sale, imbécile et ignorant, lorsqu’il est chrétien… Le cliché d’une Eglise totalement opposée au progrès et notamment à celui de la médecine et de la chirurgie est tout aussi grossier. La papauté avait autorisé la dissection des corps humains dès le milieu du XlVe siècle à I’université de Montpellier, et ne considérait pas alors la pratique de la césarienne comme un crime d’hérésie. Quant au tribunal inquisitorial, il est ici vu selon tous les poncifs maintes fois répétés : incarnation de l’obscurantisme de I’Eglise, intolérance poussée à son maximum, violence gratuite. Par ailleurs, la figure de I’inquisiteur, esquissée comme toutes les autres portées à l’écran, à partir du portrait idéal que Bernard Gui avait tracé dans sa « Practica » frôle le grotesque. Cruel, pervers frustré, terroriste, sadique. Pas de pitié. Pas de piété non plus.« 

Et il conclut : « Aucune distance n’a été prise entre la violence parfois réelle des textes et leurs applications. Tout a été pris au premier degré, avec un parti pris évident : la condamnation de la foi et un parallèle assez malsain entre la justice inquisitoriale instaurée par la papauté (dans un contexte bien particulier) et la violence nazie du XXe siècle.« 

Ecoutons Laurent Albaret, jeune médiéviste spécialiste de l’lnquisition que l’on ne saurait suspecter de complaisance envers I’Eglise et auteur notamment du Découvertes Gallimard sur le sujet et d’un ouvrage sur des biographies d’inquisiteurs :

« ll serait bien évidemment faux de dire que l’lnquisition n’acquiert pas dans le royaume de France et plus particulièrement dans le Midi de la France des Xllle et XlVe siècles un pouvoir de  justice de premier ordre, voire quasi hégémonique et – par petites touches – des scènes d’lnquisitio effleurent cette puissance. Le personnage central de I’office inquisitorial, I’inquisiteur dominicain, nommé par le pape, est son représentant par délégation et, de fait, le défenseur de la foi. Mais ce ‘spécialiste de la parole’, compétent dans le débat polémique, n’est pas un juge sanguinaire ou un lieutenant de police tel qu’il apparaît dans I’imagerie populaire reprise par la série de France Télévisions.

La présence du discours est forte chez ce juge, renforcée par un élément qui est l’inquisitio, ‘l’enquête générale sur la perversité hérétique’. Mais I’utilisation de la torture, la mise à la question, est accessoire dans les prisons inquisitoriales, surtout lorsqu’il s’agit d’obtenir un aveu qui, sous cette contrainte physique, sera toujours produit ou inventé par le suspect comme le soulignent les manuels des inquisiteurs. Guillermo Barnal, qui est un inquisiteur imaginé et l’un des principaux protagonistes de I’histoire racontée, a des pouvoirs de justice en tant que juge d’un tribunal d’exception, mais non des pouvoirs de police comme il est suggéré dans le scénario de cette fiction historique, à la manière d’un Guillaume de Baskerville flanqué de son novice extrait du Nom de La Rose d’Umberto Eco« .

Et il conclut : « Quant à I’image proposée de la papauté d’Avignon et plus particulièrement du pape Clément Vll, le rapprochement avec la période Borgia est maladroite et bien peu historique. Si le complot est une chose plausible et avérée autour du souverain pontife à l’époque médiévale, la dépravation, la luxure et le pêché de la chair présentés de telle manière dans lnquistio sont d’un autre temps et d’un autre lieu« .

Elément essentiel de notre spiritualité, Sainte Catherine de Sienne, la grande mystique et docteur de I’Eglise, ici à contre-emploi, est dépeinte comme une terroriste hystérique organisant la lutte contre Clément Vll et diffusant la peste en l’inoculant à des rats !

Nous avons également demandé au Frère Philippe Rouvillois, frère de la communauté Saint Jean et délégué à la culture du diocèse d’Avignon son approche philosophique de ce téléfilm :

« La saga de France 2 compile sans respect de I’histoire et jusqu’au ridicule toutes les perversions, de toutes les religions, de toutes les époques – il ne manque que le terrorisme fondamentaliste – en les projetant sur le schisme avignonnais et son Eglise provençale. Ces déviances, au long des siècles, n’ont bien sûr pas épargné le christianisme, mais lui sont-elles caractéristiques, sont elles intrinsèques au religieux ou le lot funeste de toute institution communautaire puissante et de grande ampleur ? 

Alors pourquoi cet acharnement récurent à véhiculer une vision caricaturale et obscurantiste dans laquelle on enferme finalement I’Eglise de Constantin à Pie Xll ? Sans doute parce que le doute et le soupçon contemporain sur !e pouvoir politique et institutionnel d’une part, et la méfiance et Ie désespoir à l’égard d’une Vérité religieuse ou spirituelle d’autre part fusionnent et se cristallisent à propos de I’Eglise.

Mais plus profondément parce qu’en reprochant à I’Eglise, et pour une part à juste titre, de n’avoir pas été respectueuse de I’homme, s’exprime la déception qu’elle n’ait pas été fidèle à I’Evangile et au Christ. Ne faut-il donc pas, par honnêteté, rappeler en quoi elle I’a pourtant et souvent été, et contribuer avec exigence et bienveillance à ce qu’elle le devienne plus et plus intégralement… au bénéfice de tous ?« 

Par ailleurs, la presse spécialisée a été critique tant sur la forme que sur le fond. De
plus, France2 a du retirer de son site internet une application en ligne proposantde « faire bruler un ami » reconnaissant que ce n’était pas conforme à l’éthique de la chaine… C’est dire la « sérénité » de cette production !…

Une présentation humoristique style bande-annonce dénonce le caractère de bric et de broc de cette fiction : https://vimeo.com/45029366

Les dominicains, que nous avons consultés ne pensent pas réagir de leur côté, se laissant le temps, dans le cadre de leur jubilé, de mettre en avant de façon positive leurs grandes figures dont Sainte Catherine de Sienne.

Pour se résumer, ce téléfilm fera-t-il un flop ? Comment ne pas le souhaiter ? Mais hélas, le risque est grand qu’il donne au grand public une image faussée de I’histoire de I’Eglise. ll est programmé à heure de grande écoute.

Dans nos réactions, je me permets un conseil de communication : éviter la pub inutile et indirecte de la série, mais déplorer qu’une fois de plus l’Eglise caricaturée et I’histoire manipulée.

Les papes en Avignon (1/2)

Inquisitio

Inquisitio

Difficile de comprendre dans quel contexte se déroule la série peu historique Inquisitio sans revenir à l’histoire.

Pourquoi les papes sont-ils venus vivre en Avignon ?

Il y a deux périodes avignonnaises de la papauté : la première de 1309 à 1377 et la deuxième de 1378 à 1417.

Rome est la ville dont le pape est évêque, mais il n’habite pas toujours dans l’ancienne capitale romaine. Le siège apostolique n’a pas la fixité qu’il a aujourd’hui, les papes se rendant régulièrement dans des villes des États pontificaux ou à la campagne, passer plusieurs mois. De la même façon que le roi de France est itinérant et vient rarement à Paris, le pape est lui aussi coutumier des déplacements.

Qu’est-ce que les États pontificaux ?

Ce sont des territoires appartenant aux papes, dont l’évêque de Rome est le souverain. La géographie territoriale de ces États a varié au fil du temps, mais ils sont situés au centre de la péninsule italienne, avec des villes enclavées au nord et au sud, comme Bénévent. Ces territoires sont une donation du roi de France Pépin le Bref en 752, qui fait don au pape de provinces conquises sur les Lombards. C’est pour lui un moyen d’unir la papauté et la couronne carolingienne, se faisant ainsi le protecteur de l’Église, comme l’empereur Constantin le fut en son temps. La donation de Pépin se fonde d’ailleurs sur un document appelé la donation de Constantin et qui stipule que l’empereur aurait donné, en 335, des territoires au pape Sylvestre 1er. Ce document est manifestement un faux, créé ultérieurement. La donation faite par Pépin a ensuite été confirmée par Charlemagne en 774. Les États pontificaux existent jusqu’en 1870. Cette année là le roi d’Italie Victor-Emmanuel envahit Rome et ses environs une fois que les troupes françaises, basées à Rome pour protéger le pape, ont quitté la ville pour rejoindre le front de la guerre conte la Prusse. Le pape Pie IX se réfugie dans le palais du Vatican où il se trouve prisonnier. Débute alors la question romaine, qui va envenimer les relations entre l’Italie et le Vatican durant 59 ans, jusqu’à ce que le gouvernement de Mussolini y trouve une solution par les accords du Latran en 1929. Les États pontificaux sont formellement abolis, mais le pape retrouve une souveraineté territoriale sur l’État du Vatican.

La situation de l’Italie à l’époque médiévale

L’Italie n’est pas un royaume unifié. Ce n’est qu’en 1860, après un long processus appelé le Risorgimento, que l’Italie est unifiée sous l’égide des rois de Savoie. Durant toute l’époque médiévale et moderne l’Italie est composée de royaumes, comme les États pontificaux ou le royaume de Naples, de principautés, comme Florence ou Venise, et de républiques autonomes. La géographie politique de l’Italie est complexe et instable, la péninsule est le terrain de guerre et d’influence de toutes les grandes puissances européennes : les Allemands, qui veulent contrôler Rome, les Français, présents à Naples avec les Anjou, les Normands, qui tiennent la Sicile, les Espagnols … Les luttes de clans et de famille sont sanglantes, les alliances se font et se défont au gré des intérêts politiques. La ville de Rome, bien que sous contrôle du pape, n’échappe pas à cette ambiance. Deux grandes familles règnent sur Rome : les Orsinni et les Colonna, chacune essayant de faire élire un pape qui émane soit de sa famille soit de sa clientèle. Pour y parvenir la corruption, les meurtres, les intimidations sont nombreuses. C’est pour essayer d’échapper à ce climat qu’en 1305 les cardinaux élisent un pape qui ne vient pas du milieu romain, puisqu’il est Français. Il s’agit de Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux. Celui-ci refuse de se rendre à Rome afin d’éviter le climat politique étouffant de la ville. Sa cour est alors itinérante et il séjourne dans plusieurs abbayes avant de se rendre à Bordeaux en 1306. Ici, les troubles politiques le rattrapent. La Guyenne est en effet un fief anglais, convoité aussi bien par le roi d’Angleterre que par le roi de France, ce qui déclenchera ultérieurement la guerre de Cent Ans. En séjournant en Guyenne le pape semble donner la préférence aux Anglais. Ne voulant pas prendre parti dans cette querelle il décide alors de se rendre en Avignon, où il arrive en 1309. Avignon est un fief pontifical enserré dans le Comtat Venaissin, qui avait été donné à la papauté par le comte de Toulouse. Il fut définitivement acquis en 1274. Avignon a de grands avantages géographiques : c’est à l’extérieur du royaume de France, mais néanmoins très proche de celui-ci, c’est assez proche de l’Empire, et par le Rhône on peut facilement rejoindre soit le nord de l’Europe, soit la Méditerranée et donc Rome. Ce qui ne devait être qu’un séjour temporaire finit donc pas durer, et les papes aménagent et embelissent le palais pontifical. À la mort de Clément V, survenue en 1314, le pape qui lui succède décide de rester en Avignon, ainsi que ses successeurs jusqu’en 1377.

Le retour à Rome

C’est le pape Grégoire XI, le dernier pape français, qui décide de revenir à Rome en 1377. Il meurt l’année d’après, en 1378, et son décès ouvre la voie à une nouvelle crise entre les familles romaines, si bien que les papes vont revenir en Avignon, mais cette fois dans le contexte du Grand Schisme d’Occident.

Les sectes de flagellants au XIVème siècle

Dès 1350 les processions de flagellants furent interdites par le Pape et par le roi de France.

Le premier épisode de la série Inquisitio, nous montre furtivement un groupe de « flagellants ». Lorsque l’inquisiteur Barnal et son novice Silas font route vers Avignon, ils croisent dans les collines avoisinantes une procession d’hommes torse nus avec une cagoule pointue qui se fouettent le dos. Barnal longe le groupe, tourne sa tête encapuchonnée vers eux, et continue son chemin comme si de rien n’était.

Ce court passage pose un petit problème. En effet, en 1378 les groupes de flagellants étaient interdits, cela par le Pape Clément VI dès 1350. Ces groupes sont apparus peu après le début de la peste noire en 1348. Ils  parcouraient l’Europe en chantant des cantiques et en se fouettant pendant trente trois jours et demi soit autant de jours que d’années de la vie du Christ. Vêtus de longs vêtements marqués de croix, un capuchon sur la tête, ces pénitents estimés à 800 000 engageaient les populations à expier leurs fautes et à calmer la colère de Dieu dans une grande hystérie collective. Il s’agissait de fanatiques qui entraînaient la population dans d’épouvantables excès, notamment des massacres de Juifs et de lépreux, accusés par la foule d’avoir répandu la peste…

Clément VI a donc souhaité mettre un terme à cette folie en interdisant les sectes de flagellants et en protégeant les Juifs et les lépreux. Il a accueilli ces derniers sur son territoire du Comtat Venaissin.

Voici un extrait de cet appel pontifical: « déjà les flagellants sous prétexte de piété ont fait couler le sang des juifs que la charité chrétienne doit préserver et protéger… on peut craindre que par leur hardiesse et impudence, un grave degré de perversion ne soit atteint si des mesures sévères ne sont pas prises immédiatement pour les supprimer ». Cet appel fut entendu par le Roi Philippe VI qui, le 13 février 1350, ordonna « que cette secte damnée et réprouvée par l’Eglise cesse ».

Source : La Peste, fléau majeur par Monique Lucenet de l’Université Paris V.

Le costume du médecin de peste

La série Inquisitio nous présente des hommes de mains de Catherine de Sienne qui répandent la peste en Avignon. Ces hommes ont une curieuse tenue qui les protège de la peste : un masque avec un long bec et des hublots de verres, une longue tunique de cuir…Impressionnant ! Mais complètement anachronique ! Ce costume est le « costume du médecin de peste », le héros, David de Naples, en regarde une illustration dans un de ses livres. L’illustration utilisée dans le film date du XVII eme siècle comme celle de Paul Fürst qui est de 1656 (voir ci-dessous). Or l’action d’Inquisitio se déroule en 1378…

Grand anachronisme ! Le costume à bec a été inventé en France en 1619 par Charles de Lorme qui était médecin de Louis XIII : «le nez long d’un demi pied (16cm) en forme de bec, rempli de parfums n’a que deux trous, un de chaque coté à l’endroit des ouvertures du nez naturel ; mais cela peut suffire pour la respiration et pour porter avec l’air qu’on respire l’impression des drogues renfermées plus avant le bec. Sous le manteau, on porte des bottines, faites de maroquin (cuir de bouc et de chèvre) du levant, des culottes de peau unie qui s’attachent aux dites bottines et une chemisette de peau unie, dont on renferme le bas dans les culottes, le chapeau et les gants sont aussi de même peau… des bésicles sur les yeux.»

Pour en savoir plus, visitez le site « La peste, fléau majeur » de l’Université Paris V.

Inquisitio, une entreprise de décrédibilisation de l’Eglise

 

Inquisitio - Eglise

La diffusion de la série télévisée « Inquisitio » à une heure de grande écoute durant le mois de juillet ne peut pas ne pas susciter des réactions de la part de ceux qui sont attachés à l’image de l’institution qui les a enfantés à la vie nouvelle : l’Eglise. Non pas que les chrétiens nourrissent de l’appréhension vis à vis de la vérité historique. Mais dans le cas qui nous préoccupe, il ne s’agit aucunement d’une louable tentative de reconstitution du passé, et encore moins d’instruire le téléspectateur,  mais bien d’une déformation pure et simple (malintentionnée ?) des faits. Se taire équivaudrait alors à cautionner une contrevérité préjudiciable à la bonne perception de la nature de l’Eglise par nos contemporains.

Point n’est besoin qu’à l’ignorance en matière de foi, on rajoute encore l’erreur au sujet de l’histoire du christianisme. Celle-ci finirait presque par légitimer celle-là. La vérité n’a pas vocation à rester l’apanage d’une élite universitaire. « Monsieur tout le monde » est la première victime du scandale. Car méconnaître l’Eglise, c’est par voie de conséquence méconnaître le Christ. La responsabilité que nous avons de la première tire son importance de ce que nous sommes les missionnaires du second.

Sans entrer dans le détail du récit, il me paraît important de préciser les cinq piliers sur lesquels repose cette entreprise de décrédibilisation de l’Eglise : la légitimité des Temps Modernes, le fantasme, le désir de transparence, la détraditionnalisation, et enfin le manichéisme.

Les Temps Modernes se sont appuyés sur le Moyen-Age comme repoussoir « obscurantiste » afin de légitimer leur rupture fondatrice (Michelet). On croyait ce simplisme explicatif révolu : il n’en est apparemment rien, malgré les travaux des Le Goff, Régine Pernoud et les autres. Saint Thomas d’Aquin a créé une grandiose synthèse où il réconciliait foi et raison ? On taxera le projet de ratiocination scolastique. La doxa de l’« émancipation » ne pouvait s’appuyer que sur un contre-exemple caricatural pour asseoir le bien-fondé de son combat : rien ne pouvait mieux s’y prêter qu’un Moyen-Age de décor hollywoodien, oscillant entre fanatisme et machiavélisme.

Le fantasme est de tous les temps. Qu’on songe aux accusations de meurtres rituels d’enfants de la part des juifs, aux campagnes anti-jésuites du XVIIIe siècle qui aboutirent à la dissolution de la Compagnie de Jésus. Aujourd’hui les thèses « complotistes » prennent le relais et la part du segment de ce marché (11 septembre, affaire DSK, etc). Dans ce créneau qui fait vendre, le cocktail Eglise+Moyen Age est pain béni pour les scripts.

Le filon de la littérature traitant des Templiers est inépuisable, et comme par hasard, Rome y a toujours le mauvais rôle. Heureusement, comme dans le « Da Vinci Code », il se trouve toujours un bon journaliste anglo-saxon, peu rompu aux arcanes et replis des mille et uns labyrinthes menant aux anti-chambres des papes, à la candeur et la véracité toutes protestantes, pour déjouer les conspirations. Sauf qu’à l’époque d' »Inquisitio », les Etats-Unis d’Amérique n’existaient pas encore. On s’en passera.

C’est bien connu : le Vatican nous cachera quelque chose jusqu’à la fin des temps. « Inquisitio » ne fait pas exception au fantasme. Ah ! Les coulisses des palais des papes, les chambres de torture, les apartés des nones. « Mais c’est fini, nous allons vous révéler ce qui se cache sous ces sociétés secrètes, sous ces bures, sous cette onction ecclésiastique. Tout ce que avez toujours rêvé de savoir sans jamais oser le demander ! » Notons au passage que la période choisie n’est pas celle des temps reculés des Mérovingiens. Trop barbares pour être à la fois vicieux et hypocrites. Le Grand Schisme, séquence historique charnière entre fin du Moyen-Age et prémices des temps nouveaux, est mieux indiquée pour énerver les caractères, les conflits. Rome est déjà sur la défensive… De quoi pimenter le scénario. Il ne manquait plus que l’abbé Saunière et un zeste d’ésotérisme de bazar pour faire lever la pâte complètement. Mais l’anachronisme eût été un peu gros. On est dans la grande « Histoire » ici:  tel est du moins l’agrément, le nihil obstat, que se donne « Inquisitio » pour dispenser ses inepties.

L’Eglise : une hiérarchie, une tradition vivante, une discipline : tout ce que le meilleur des mondes possible biberonnant au Net a en horreur. Et je passe sur la morale sexuelle. Tout ce qui révulse la pulsion de Transparence intégrale. Les émules de Jullian Assange ne vont pas laisser passer l’opportunité. Si la morale a disparu, le moralisme se porte bien, merci. Les ligues de vertu foisonnent, veillent au grain, tout excitées par les nouvelles technologies et leurs capacités de flicage et de délation. Pourquoi se priver ? Les citoyens ont le droit de savoir ! La Vérité va éclater ! Il n’y pas de raison que la papauté passe au travers des mailles ! Le Net brouillant à plaisir la frontière entre public et privé, avec « Inquisitio », toute l’Eglise se voit soudain pipolisée !

Mais qu’on se rassure, c’est pour la bonne cause.  Pourquoi la papauté d’Avignon échapperait-elle d’ailleurs à la privatisation de l’espace public, quand les présidents de la République y succombent plus souvent que ne le prévoit la Constitution ? Pourquoi Catherine de Sienne n’aurait-elle pas droit elle aussi à son quart d’heure de célébrité promis par Andy Warhol (mais peut-être pas de la façon qu’elle aurait souhaitée) ? Dans notre société indifférenciée, c’est tout juste si on la distinguera d’Arthur ou de Loana. Avec « Inquisitio », la télé-réalité s’invite au Palais des papes. Quel dommage que la web-cam soit arrivée si tard !

Les Temps Modernes n’ont désiré trouver qu’en eux-mêmes les ressources pour se construire. Ce que l’on appelle leur auto-fondation. Ne rien devoir au passé. Récuser la pertinence de toute tradition. S’appuyer sur leurs seules forces. Ne compter que sur eux-mêmes. Afin que pareille présomption soit croyable, il était nécessaire au préalable de peindre le passé avec les couleurs les plus sombres. La modernité ôtait ainsi tout crédit à une quelconque tradition qui aurait sabordé le projet dans l’oeuf. L’Eglise, qui tenait les clefs de notre civilisation depuis des siècles, ne pouvait que faire les frais d’une telle entreprise. « Le passé, connais pas! » Enfin, si, un peu. « Inquisitio » se charge justement de nous montrer ce à quoi nous avons échappé !

Enfin, il y a l’improbable manichéisme affiché par la série télé.  Les bons d’un côté, les mauvais de l’autre. Recette incontournable de tout  bon scénario du prime time. Que voulez-vous, on n’a plus le temps de faire dans la subtilité. Le cerveau disponible pour Coca-Cola s’accommode assez mal de circonvolutions proustiennes. A vingt heures 45, la télé marche à l’affect, au ressenti. La réflexion, c’est pour plus tard. En prime time, l’écran nous tient en hypnose par le frisson, en nous faisant adorer détester ce dans nous croupirions encore sans l’intervention providentielle du Progrès.

« Inquisitio » joue à nous faire peur, et on aime ça, comme des enfants avec le Loup. Angoisse rétroactive : on l’a échappé belle ! Du faîte de l’évolution où il est parvenu, le terrien du vingt et unième siècle contemple les temps barbares avec un mélange de révulsion, de fascination et d’horreur. C’est si bon de se croire bon. Mais gare ! Le danger rôde toujours ! Sainte Laïcité, protégez nous, j’ai confiance en Vous !

Rien de tel que l’exécration du passé pour s’applaudir de ce que nous sommes. Ou comment le Moyen-Âge est mis au service du contentement de soi. L’esprit critique peut devenir une bête féroce : mieux vaut lui donner en pâture les âges d’obscurantisme et continuer  à jouir tranquillement de notre confort mental. Pour dormir du sommeil du juste, le Bien se donne le spectacle du Mal. La recette vaut tous les somnifères. Et c’est un fait que pour se cacher à lui-même son conformisme foncier, pour exorciser son mal-être, pour donner un aliment à son excitation que l’ingurgitation de Red Bull a rendue hors contrôle, pour se sentir tout simplement exister, l’homme postmoderne a besoin de combats, de revendications, de citoyenneté conjuguée sur tous les tons.

Sans compter qu’en exhibant à la vindicte du téléspectateur des personnages du passé, il ne risque pas de procès. Surtout il parie que l’Eglise tendra l’autre joue. C’est inscrit dans ses statuts, paraît-il. N’est-ce pas elle qui a donné le branle au vaste mouvement de repentance qui a saisi tout l’Occident ces dernières décennies ? Le Bien, le Mal:  on est en terrain connu. L’hérésie manichéenne réservait cette bi-partition à deux principes incréés. Le radicalisme idéologique contemporain, lui, en fait l’instrument d’une séparation de l’humanité en deux camps. On sait où conduit ce genre de simplisme. La spirale de persécution, privée d’aliment par notre mauvaise conscience post-coloniale, finit par se retourner dans son emballement contre le dernier bastion encore disponible pour la stigmatisation : l’Eglise.

On n’est plus dans la réversibilité des mérites, comme dans la communion des saints, mais dans la réversibilité du lynchage. Et tant pis si au passage on passe sous silence la protection qu’apporta aux Juifs Clément VI durant la peste noire. Sans nier l’antisémitisme chrétien, il eût été quand même profitable à la vérité historique de mentionner  le rôle positif joué par la papauté envers les enfants d’Israël à cette période. Mais notre époque, comme l’informatique, ne fonctionne plus qu’en langage binaire. C’est noir ou c’est blanc. On a déjà toutes les peines du monde à apprendre la syntaxe à nos enfants: si en plus il faut revoir nos jugements historiques, le budget de l’Education Nationale n’est pas prêt d’être revu à la baisse.

Mais au-delà de la vérité historique, de la problématique de légitimité, des fantasmes, du prurit de transparence, du simplisme explicatif, n’ayons pas peur de porter le débat plus haut, dans la sphère théologique. L’Eglise est le Corps du Christ. Elle est un mystère de communion qui transcende les époques. Ainsi, Catherine de Sienne est ma soeur en Christ. Nous sommes de la même famille, au sens le plus littéral du terme. La postmodernité peut-elle comprendre pareille réalité théologale ? Pourra-t-elle admettre qu’en attentant à sa réputation, en la faisante passer pour une fanatique, c’est un peu moi-même qu’elle bafoue, tout pécheur que je suis ? L’individualisme contemporain peut-il intégrer cette solidarité de tous les membres de l’Eglise entre eux, et qui fait que lorsque l’un est pris injustement à partie, tous les autres en ressentent le contrecoup ?

Pour conclure, voyons plus en aval, au-delà de ce sinistre réquisitoire que n’aurait pas désavoué Fouquier-Tinville. De quoi ces attaques sont-elles le signe ? « De quoi sont-elles le nom » comme on dit aujourd’hui ? En fait, la postmodernité est à bout d’arguments contre le christianisme. Elle se débat. Elle sait sa dette envers lui, et il lui en coûte beaucoup, beaucoup trop, de la reconnaître. Aussi en est-elle réduite à faire les fonds de tiroir pour essayer d’en extirper ce qui reste d’actes d’accusation du passé. Mais avec un peu de retard tout de même, car le Magistère de l’Eglise, avec Jean-Paul II, a déjà reconnu les errements de celle-ci dans Tertio millennio adveniente.

La question se pose maintenant en ces termes : ce feuilleton est-il le signe de l’imminence de la révélation de la vérité du christianisme ? S’il est peut-être trop pour répondre positivement, cela nous amène toutefois à reconnaître les logiques à l’oeuvre dans les assauts de cet antichristianisme : celui-ci redouble de pugnacité dès lors qu’ils sent sa  fin prochaine. On se référera avantageusement à l’«Apocalypse » pour vérifier la pertinence de ce point de vue. Non pas que la Parousie soit pour demain, mais  peut-être sommes-nous à la veille de la reconnaissance par la Modernité de sa dette à l’égard du christianisme.

Quoiqu’il en soit, les chrétiens seraient bien avisés de saisir l’occasion de cette démonstration de mauvaise foi pour tenter d’en persuader leurs contemporains. L’idéal serait en effet que la postmodernité se pénètre de l’idée qu’elle ne peut perdurer sans les acquis du christianisme. Situation paradoxale ! D’un côté, elle s’assoie dessus, de l’autre, elle le vampirise ! On bénéficie de la plus-value culturelle de la « transgression » tout en profitant de la liberté issue de la foi chrétienne qui permet cette même « transgression ». Mieux : on se veut plus chrétien que les cathos (pour ma part je ne suis pas jaloux : s’il se trouve des meilleurs que moi, j’augmente mes chances de le rester). A l’appui d’une telle revendication, il y a la thèse selon laquelle l’Eglise aurait « trahi » le message initial. Vielle rengaine inusable. C’est le « christianisme sans le Christ » en lequel Soloviev voyait la marque de l’Antéchrist. Il faudrait faire toucher du doigt à la postmodernité la contradiction de sa position, éventualité peu vraisemblable à vue humaine pour ce qui touche  le magistère culturel dont est issue la série télévisée « Inquisitio ».

Mais le défi est à relever. « Rien n’est impossible à Dieu » comme il est dit à deux reprises dans la Bible à propos de deux naissances miraculeuses (Isaac et Jean-Baptiste).  Dans le cas de la postmodernité, il en va également d’une nouvelle naissance pour ses ouvriers de la dernière heure qui, à la différence de ceux de la parabole évangélique, voudraient être bien mieux payés que leurs devanciers. Tel est  un des enjeux de la nouvelle évangélisation.

 

J-M Castaing

Inquisitio ou l’oubli de la recherche historique

Jean-Paul II - Inquisition

Jean-Paul II - Inquisition

Jean-Paul II a voulu que l’on fasse la vérité sur l’histoire de l’Inquisition dans le cadre de la « purification de la mémoire » nécessaire avant l’entrée dans le troisième millénaire. Un volume a recueilli l’état de la recherche historique au seuil du XXIe siècle, il reste une référence. Retour sur les conclusions d’un symposium avec les meilleurs spécialistes au monde, alors qu’une série télévisée du service public français semble faire fi de la recherche historique, ce qui ne manque pas d’offenser les catholiques et les amis de la vérité, qui « s’indignent ».

La célébration solennelle de demande de pardon du 12 mars 2000 en la basilique Saint-Pierre a été préparée par des symposiums historico-théologiques sur des points chauds de l’histoire de l’Eglise, notamment l’anti-judaïsme en milieu chrétien et les Inquisitions.

Au cours de cette célébration, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a demandé pardon pour les membres de l’Eglise qui, au cours de deux mille ans d’histoire, ont utilisé « des méthodes non évangéliques » au service de la défense de la vérité et de la foi. Il ne s’agit donc pas de défendre un seul acte de violence perpétré au nom de Dieu.

Mais les historiens qui avaient repris le dossier pour contribuer à faire la part des choses entre imaginaire et faits avérés, dans le volume intitulé : « L’Inquisition », ont publié en quelque sorte une « radiographie » des faits historiques.

Cette somme contient les actes du symposium international organisé au Vatican du 20 au 31 octobre 1998 par la Commission historico-théologique du Comité du Grand Jubilé de l’an 2000 à la demande de Jean-Paul II.

On y apprend par exemple, indique le professeur Borromeo, que les 100.000 procès pour sorcellerie des tribunaux civils d’Europe ont abouti à 50.000 condamnations à mort. Tandis que les 120.000 procès de l’inquisition espagnole ont abouti à 59 condamnations à mort, certaines exécutées par contumace en brûlant des mannequins. Ces statistiques expliquent pourquoi dans tel ou tel cas, l’accusé a demandé à être jugé par le tribunal de l’Inquisition plutôt que par un tribunal civil.

L’étude établit de façon scientifique, sans céder « à la polémique ou à l’apologétique », que « le recours à la torture et à la peine de mort » n’ont « pas été aussi fréquents qu’on l’a longtemps cru ».

Les deux objectifs du comité scientifique d’organisation du colloque étaient d’embrasser toute l’histoire de l’institution inquisitoriale, de son origine à son abolition, en cherchant à identifier les thèmes les plus significatifs, et ensuite, identifier les plus grands noms des spécialistes mondiaux à inviter comme rapporteur officiel ou comme expert pour la participation aux débats, avec leurs interventions éventuelles, dont certaines sont publiées dans le volume.

Les Actes du Symposium constituent un matériel de référence pour les recherches sur l’Inquisition, en particulier du fait de leur rigueur scientifique, hors des polémiques, ou des apologies, qui caractérisent une bonne part de la bibliographie ancienne, mais aussi du fait de l’abondance des données qui permet de mieux affronter les lieux-communs principaux que sont le recours à la torture ou la peine de mort.

Ces recours furent d’ailleurs bien moins fréquents qu’on ne le croit au long des siècles d’existence de l’institution, précise le prof. Borromeo, citant tel ou tel tableau statistique publié dans ce livre.

Insistant sur la « rigueur scientifique » des travaux du colloque, l’historien indique que le volume entend « relancer le débat intellectuel sur le sujet, et encourager de nouvelles recherches historiques ».

Le prof. Borromeo fait observer que le colloque a permis « d’envisager le phénomène de l’Inquisition dans son étendue historique, depuis son origine, au XIIIe siècle, et dans son étendue géographique, dans les principales régions touchées par l’hérésie, la France et l’Italie notamment ».

L’étude de la période moderne, précise-t-il, a été effectuée par aires géographiques telles que l’Espagne et le Portugal et leurs empires coloniaux, mais aussi en Italie avec la congrégation romaine du Saint-Office, aux Pays-Bas ou encore en Angleterre.

Il ajoute que les premiers « commissaires » (« inquisitores ») délégués par le Siège Apostolique ont reçu la mission de combattre les hérésies dans différentes régions sous le pontificat de Grégoire XI (1227-1241).

La répression, particulièrement active aux XIIIe et XIVe siècles, explique l’historien, a touché les mouvements hérétiques médiévaux, surtout cathares et vaudois, puis les mouvements chrétiens « judaïsant » ou « islamisant », le protestantisme, la sorcellerie, la répression relative aux livres mis à l’index (le premier « Index » date de 1559), scientifiques comme littéraires, ou bien les bibles en langues vernaculaires.

Enfin, il rappelle que les tribunaux de l’Inquisition ont été abolis à partir de la seconde moitié du XVIIIe s., le dernier à l’être étant l’Inquisition espagnole, en 1834.

Mais à partir du XVIIIe siècle, plus aucune condamnation à mort n’a été prononcée.

 

Par Anita Bourdin (Zenit)