L’Inquisition ? C’est quoi ? Pourquoi ? Quand ? Comment ?

Inquisition

Pourquoi l’Inquisition ? C’est quoi ? De quand à quand ? Comment est-elle organisée ? Quid de la torture ? Josselin Maillet, professeur d’histoire, a bien voulu répondre à nos questions.

Petit rappel sur l’Histoire et le rôle de l’Historien.

Avant de s’attaquer à un sujet aussi épineux que celui de l’Inquisition, il convient de rappeler quelques éléments sur la matière qu’est l’Histoire et ce qu’est le travail de l’historien. Pour reprendre les mots de Pierre Nora, historien membre de l’Académie française : « La mémoire divise, l’Histoire seule réunie. » Le rôle de l’Histoire n’est pas de distribuer des bons points ou de donner des leçons, mais de rétablir la vérité sur des événements passés. Ainsi l’Historien utilise une méthode d’analyse qui se rapproche de la méthode scientifique à l’exception que celle-ci s’applique à une science qui a pour objet l’Homme. L’Historien doit être le plus objectif possible, c’est-à-dire ne pas émettre de jugement basé sur ses sentiments, il doit être impartial et tout aborder de manière neutre. Nous ne chercherons donc pas dans cet article à juger l’époque ou à excuser les responsables, mais nous tâcherons d’expliquer ce phénomène.

Nous suivrons la démarche suivante : retour sur les bornes chronologiques de notre champ d’étude et définition des termes. Nous reviendrons sur la manière dont ce sujet a été traité par nos prédécesseurs. Enfin, nous poserons la question du « pourquoi l’Inquisition ? » afin de s’intéresser au « comment » elle se met en place et quelles sont ses méthodes.

Bornes chronologiques et définition

Les historiens distinguent aujourd’hui plusieurs périodes de l’Inquisition :

  • l’Inquisition médiévale, introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Grégoire IX en 1231
  • l’Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d’Espagne, fondée en 1478 et supprimée en 1834
  • l’Inquisition portugaise, inféodée à celle du Portugal, lesquelles opéraient aussi dans les colonies de ces pays
  • l’Inquisition romaine (Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle), fondée en 1542, remplacée par la Sacrée Congrégation du Saint-Office en 1908 (1).

Par commodité, nous allons analyser ici la première période de l’Inquisition dite « médiévale » qui se déroule du XI-XIIIe siècle.

Sur le terme maintenant, le mot « Inquisition » vient du latin inquisitio signifiant enquête. Il s’agit d’une juridiction spécialisée créée par l’Église pour lutter contre l’hérésie. L’hérésie (2) est « selon la théologie catholique, une conception erronée en matière de foi ». Il s’agit donc pour l’Inquisition de trouver les personnes qui remettent en cause la foi de l’époque et de les ramener à la « vraie foi ».

Ce tribunal a été institué en 1231 avec la publication de Excommunicamus du pape Grégoire IX (3). Il convient de rappeler qu’avant que l’Inquisition ne soit appelée, une croisade a été ordonnée en 1208 contre les Albigeois (cathares). Elle se déroulera de 1209 à 1229, lui succèdera l’insitition de l’Inquisition que nous voyons ici.

Voilà pour les définitions, avant d’approfondir le sujet nous allons revenir sur la manière dont il a été traité par les historiens.

L’Inquisition au fil du temps

Au XVIIIe siècle apparaît un mouvement que les Historiens appellent Lumières, il s’agit d’une minorité de la population européenne qui se caractérisent comme des hommes de Sciences. Ils sont savants, lettrés, écrivains, philosophes (Voltaire, d’Alembert, Diderot …) et remettent en cause la société dans laquelle ils vivent. Cette remise en cause de la société s’accompagne d’une critique de la religion qui imprègne la société, à savoir en Europe la religion catholique. Ces hommes des Lumières souhaitent une autre société fondée sur des bases nouvelles, ils vont alors rejeter celle de l’époque basé sur deux choses, principalement le pouvoir royal et la religion. Ils vont donc dénigrer celle-ci en s’appuyant sur l’histoire « noire » de l’Eglise, en l’occurrence l’Inquisition, les guerres de religion etc. Cette critique des Lumières s’apparente donc plus à une volonté de dénigrement qu’à une recherche de la vérité.

Au XIXe siècle, dans la continuité de cette critique de la religion sous la IIIe République, on retrouve l’historien Michelet. Historien controversé au XXème siècle jugeant que son histoire est trop « moralisatrice » (4). Il faut attendre le dernier siècle, ainsi que ces dernières années pour voir émerger une véritable critique historique sur l’Inquisition échappant aux préjugés des Lumières ou à une histoire moralisatrice (5).

Après avoir succinctement rappelé l’historiographie de l’Inquisition, revenons à son « pourquoi ? ».

Pourquoi l’Inquisition ?

Contexte : une société imprégnée par la religion chrétienne

Nous sommes aujourd’hui en France, et d’une manière générale en Europe, dans une société sécularisée où la religion n’a plus la place qu’elle avait autrefois. Pour la période que nous étudions, il faut se remettre en mémoire que la religion irrigue toute la société, elle en fait partie, elle est sa composante même. Le rôle de l’Église est donc très important, car celle-ci s’occupe du salut. En effet, les hommes de l’époque croient en la vie après la mort, ainsi qu’au « jugement particulier ». Il s’agit du moment où pour ces hommes, une fois morts, leur âme est pesée. Les actes mauvais penchent la balance d’un côté, les actes bons d’un autre. Si la balance penche plus du côté « acte mauvais » alors l’âme risque la damnation éternelle en enfer, si c’est de l’autre côté alors l’âme ira au paradis, mais devra passer avant cela au purgatoire (lieu de purification avant d’accéder au paradis – 6). Nous sommes dans une société où l’athéisme (7) n’est pas pensable, les personnes suivent donc les préceptes de l’Église afin de parvenir au salut de leur âme menant pour la vie éternelle promise par le Christ.

Afin de mieux visualiser cette société, nous pouvons l’imaginer comme un corps dont chaque homme et femme font partie. L’hérésie dont nous avons parlé au début est le fait de remettre en cause la foi catholique, en l’occurrence les dogmes (8). Pour l’époque, ceux qui ne croient plus en la foi catholique se mettent en dehors de toute la société, pour reprendre l’image du corps ce sont alors des éléments « malades » qu’il faut guérir. Pour guérir alors notre société, il y a deux choix : amputer la partie malade du corps, ou la soigner. L’Inquisition a pour rôle d’éviter l’amputation, nous allons voir que celle-ci apparaît dans un contexte bien précis qui est celui de l’apparition d’hérésie.

Contexte : Le développement du Catharisme

On ne peut comprendre l’apparition de l’Inquisition sans revenir sur le contexte de l’époque. Dans le sud-ouest de la France se développe une hérésie connue sous le nom de « catharisme ». Selon cette « déviance » de la religion chrétienne, il y a une lutte dans l’univers entre le bien et le mal (mal créé la matière, Dieu créé l’esprit) l’âme est créée par Dieu, mais le monde matériel est créé par Satan. Elle s’oppose au dogme de la Trinité en affirmant par exemple que Jésus n’est pas le fils de Dieu. On distingue chez les cathares les croyants et ceux qui ont une vie rude (les parfaits). Les parfaits ont une rigueur de vie, vie dure (jeûne permanent qui peut emmener la mort, le mariage est interdit). En effet, pour eux le corps et la matière sont l’oeuvre de Satan.

Ces gens sont mal perçus dans la société par les habitants, qui les croient possédés et souhaitent pour certains d’entre eux les brûler vifs. L’Inquisition est un moyen pour l’Église de « reprendre la main » sur ces personnes afin d’éviter qu’ils ne passent par la vindicte populaire. De plus l’Église, à l’époque, cherche à affirmer son autorité, le pape à imposer son pouvoir face aux rois (idéal de la théocratie, pouvoir religieux domine sur le pouvoir civil). En effet, le catharisme a d’autant plus été soutenu par des comtes du sud de la France, le pape craignant que ceux-ci remettent en cause l’influence de l’Église (9).

Nous allons voir maintenant comment cette Inquisition se met en place.

Comment ? Organisation de l’Inquisition

L’Inquisition est sous la tutelle directe du pape, elle s’appuie sur des Inquisiteurs qui sont des religieux chargés de trouver des preuves d’hérésies chez les personnes accusées. Ils mènent donc une enquête sur la personne suspectée, mise en accusation. Les Inquisiteurs ne sont pas des bourreaux qui torturent pour le plaisir, l’objectif principal était que la personne avoue son tort et se repentisse. Il faut des preuves concrètes, des témoignages avant procéder à l’arrestation d’une personne par les pouvoirs civils. Si rien n’est obtenu de la part de l’accusé alors on donne la personne au bras séculier qui le jugera. L’Inquisition ne condamne pas de manière systématique les suspects. La justice n’est donc pas aveugle comme peut l’être alors la justice seigneuriale.

Avant d’avoir affaire aux Inquisiteurs, le pape a envoyé un ordre prêcher la repentance aux hérétiques, il s’agit des Dominicains. Ainsi le 20 avril 1233, le pape charge les frères prêcheurs (les dominicains, donc) de lutter contre l’hérésie dans le Languedoc. Le futur Saint Dominique a prêché dans le sud de la France des mois durant, il cherche à ramener les hérétiques sur le chemin de la foi. Il va même jusqu’à passer une nuit entière à discuter théologie avec des cathares afin de les convertir.

L’Église n’obtiendra que peu de succès avec cette démarche. Face à l’obstination de certains, la torture devient un moyen d’aveu, certes contestable, mais là aussi à remettre dans le contexte de l’époque.

Comment ? La torture

Petit rappel : le but est de ramener la personne suspectée d’hérésie dans le droit chemin, de permettre la conversion. La torture est donc un moyen et pas une fin, on parle à l’époque de « soumettre à la question » l’accusé. Elle était employée si l’accusé refuse d’avouer malgré les preuves. Cependant, la justice ne s’appuie sur l’aveu obtenu par la torture que s’il est réitéré « sans aucune pression de force ou de contrainte », donc hors de la chambre de torture, pour être recevable. Le faux témoignage est par ailleurs poursuivi et condamné. L’inquisiteur Bernardi entre 1308 et 1323, sur 930 sentences compte 139 acquittement, 286 pénitences religieuses, 307 incarcérations, 156 sentences diverses (pilori, destruction de la maison, exil) et 42 condamnations au bucher. Il n’y a pas de droit de recours en appel, pas de témoin, mais l’abus des inquisiteurs est réprimandé. Par exemple, Robert le Bougre, ancien hérétique converti en inquisiteur en Champagne qui envoie des dizaines de personnes au bûcher : il est suspendu temporairement en 1233. Il reprend sa mission et l’exerce avec un tel zel qu’il est condamné à la prison pour perpétuité en 1247.

Bilan

Sur la question du catharisme, cette hérésie va disparaître du sud de la France, que ses membres soient retournés dans le giron de l’Eglise catholique, aient été tués ou après avoir fui le territoire. L’Inquisition médiévale va donc perdre de son influence en France avec le déclin de l’hérésie cathare à la fin du XIVe siècle. Sous le contrôle de l’Église, l’Inquisition voit son influence diminuer au fur et à mesure que celle du roi de France augmente. Les tribunaux inquisitoriaux disparaissent du Royaume de France à la fin du XVIIe siècle, après qu’elle ait repris une relative importance à la Renaissance en pays protestants.

  • Pour aller plus loin :

Sources :

(1) Wikipedia, Inquisition

(2) Dictionnaire Larousse, Hérésie

(3) Qu’est-ce que l’Inquisition ?

(4) Wikipedia, Michelet

(5) Didier Le Fur, L’Inquisition, Enquête historique, France, XIIIe-XVe siècle, Tallandier, 2012

(6) Portail officiel de l’Eglise catholique en France

(7) Dictionnaire Larousse, définition de l’athéisme : « doctrine qui nie l’existence de Dieu. »

(8) Dictionnaire, Larousse, définition d’un dogme : « Point fondamental et considéré comme incontestable d’une doctrine religieuse. » Par exemple la Trinité (existence de Dieu en trois personnes : Père, Fils et Esprit-Saint) date du Concile de Nicée en 325 ou encore l’Immaculée Conception proclamée par Pie IX en 1854. Les dogmes de l’Église catholique, une fois fixés, demeurent. Cependant d’autres peuvent être « découverts » au fur et à mesure que l’Église avance.

(9) Youtube, France inter, 2000 ans d’Histoire, Inquisition

 

 

4 idées reçues sur l’Inquisition !

 

Le 20 avril 1233 le pape Grégoire IX établit l’Inquisition en France. Dans l’imaginaire collectif, ce tribunal ecclésiastique du Moyen Âge, est associé à un temps de violence, d’infâmes tortures, d’immenses bûchers, de fanatisme…

Falsification de l’histoire au XIXe siècle. Il y a 785 ans le pape Grégoire IX introduit dans le royaume de France l’Inquisition pontificale. Il s’agit d’un tribunal ecclésiastique confié aux ordres mendiants (les dominicains et les franciscains) pour lutter contre l’hérésie en Europe. Ainsi le 20 avril 1233, le pape charge les frères prêcheurs (les dominicains) de lutter contre l’hérésie dans le Languedoc. Mais qu’en est-il de l’action de cette institution en France ? Répression aveugle ou action modérée ? Signe d’obscurantisme ?

Un article du Figaro passe en revue plusieurs idées reçues :

  • Idée reçue n°1: l’Inquisition médiévale est le signe d’un temps d’intolérance et de fanatisme
  • Idée reçue n°2: Les juges inquisitoriaux rendent une justice arbitraire
  • Idée reçue n°3: l’Inquisition est un tribunal qui envoie des milliers de personnes au bûcher
  • Idée reçue n°4: l’Inquisition en France est une organisation pontificale puissante pendant des siècles

Idée reçue n°1: l’Inquisition médiévale est le signe d’un temps d’intolérance et de fanatisme

Ce tribunal pontifical médiéval est institué par la papauté pour protéger l’orthodoxie catholique: il est créé pour lutter contre les dissidences religieuses. En contestant l’organisation de l’Église romaine et certains de ses dogmes elles menacent son unité. Ces membres sont considérés comme des hérétiques. Aussi l’objectif du tribunal est avant tout de sauver les âmes égarées, de les ramener dans le giron de l’Église romaine.

Il s’agit davantage d’un outil de persuasion que de répression. L’Inquisition est créée pour préserver la chrétienté et ne juge que les chrétiens. Les tribunaux inquisitoriaux sont introduits en 1233 dans le royaume de France pour lutter contre les Cathares, installés dans le Midi de la France. Les inquisiteurs, nommés par le pape, s’appuient dans leur mission sur les pouvoirs laïcs.

En replaçant cette organisation ecclésiastique, dans le contexte culturel et historique du Moyen Âge, on ne peut parler de fanatisme ou d’intolérance.

Idée reçue n°2: Les juges inquisitoriaux rendent une justice arbitraire

L’Inquisition est souvent présentée comme une justice arbitraire et archaïque, alors qu’elle apparaît plutôt moderne: elle met en place une procédure d’enquête. Le but est de ramener la personne suspectée d’hérésie dans le droit chemin, de permettre la conversion. Ainsi l’instruction est méthodique, elle ne peut débuter que sur la base de témoignages vérifiés. Il faut des preuves concrètes et des témoignages probants avant de pouvoir faire procéder à l’arrestation d’une personne par les pouvoirs civils. La justice s’appuie sur l’aveu -s’il est obtenu par la torture, il doit être réitéré «sans aucune pression de force ou de contrainte», hors de la chambre de torture pour être recevable. Le faux témoignage est par ailleurs poursuivi et condamné.

L’historien Didier Le Fur précise dans son livre sur l’Inquisition que la sentence du tribunal est prise sur l’avis du conseil -qui comprend des membres du clergé régulier ou séculier et des laïcs désignés expressément et chacun fait serment de donner les bons conseils. On ne communique pas forcément le nom du prévenu. Enfin Il faut soulever que l’Inquisition ne condamne pas systématiquement les personnes suspectées. Il ne s’agit pas d’une justice aveugle, comme peut l’être la justice seigneuriale, souvent arbitraire et expéditive.

Idée reçue n°3: l’Inquisition est un tribunal qui envoie des milliers de personnes au bûcher

La légende noire de l’Inquisition, présentant les inquisiteurs comme des juges cruels, responsables d’immenses bûchers est un héritage de la littérature et de l’iconographie du XIXe siècle. Or les recherches récentes ont permis de réévaluer largement à la baisse le nombre d’occis. Ainsi selon les chiffres des sentences de Bernard Gui, inquisiteur à Toulouse pendant 15 ans, de 1308 à 1323, sur 633 sentences, seules 40 personnes sont remises au bras séculier, donc au bûcher (l’Inquisition qui ne peut en théorie pratiquer la peine de mort envoie le condamné à la justice laïque). Dès la fin du XIIIe siècle le bûcher est de plus en plus exceptionnel; il est aussi le signe de l’échec de l’Église, incapable de ramener les âmes perdues.

Inquisition espagnole (Tribunal du Saint-Office de l’Inquisition) fin du 15e siecle : la 1ere torture par le feu : un homme est interroge par les inquisiteurs : il est assis sur un siege ligote, les pieds dans un pilori, on les lui brule avec le feu, gravure de 1509.

Il est certain qu’au cours de son histoire l’Inquisition a pu se montrer féroce, mais il faut aussi mentionner que les abus de certains juges sont aussi punis. Ainsi Robert le Bougre -ancien hérétique converti- inquisiteur en Champagne qui envoie des dizaines de condamnés au bûcher (bûcher du Mont-Aimé) est suspendu temporairement en 1233. Lorsqu’il reprend sa mission, ses excès sont tels qu’il est révoqué et condamné à la prison à perpétuité en 1247. Mais ces dérives ne sont pas une généralité: les tribunaux inquisitoriaux sont davantage modérés dans leurs sentences que les tribunaux laïcs. Et la grande majorité des peines consiste en un temps d’emprisonnement.

Les images de violences proviennent surtout de l’amalgame qui est fait avec l’Inquisition espagnole -fondée en Espagne, en 1479, par les rois catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Indépendante de Rome, elle est un temps sous l’autorité du tristement célèbre grand inquisiteur Thomas de Torquemada. Elle est instaurée pour sévir contre toutes les déviances, c’est-à-dire contre tous ceux qui ne sont pas catholiques. Il s’agit d’un phénomène politico-religieux. Abolie une première fois en 1808, elle l’est définitivement en 1834.

Philippe IV Le Bel (1268-1314) Roi de France en 1285-1314, gravure

Idée reçue n°4: l’Inquisition en France est une organisation pontificale puissante pendant des siècles

 

L’Inquisition médiévale dans le royaume de France perd de son importance avec le déclin des hérésies cathare et vaudoise à la fin du XIVe siècle. Ainsi un siècle après sa création elle est affaiblie notamment par la royauté qui souhaite affermir son autorité et conteste celle de l’Église. Aussi dans certaines affaires -comme celle des Templiers avec Philippe le Bel- il est difficile de définir la frontière entre le domaine politique et religieux.

La perte de l’influence du tribunal pontifical est flagrante au moment de la réforme protestante puisque ce n’est pas lui qui est au premier plan dans la lutte. En effet, les protestants sont considérés comme une menace pour la paix dans le royaume, par leur rébellion. Ce sont des criminels qui désobéissent au roi et dépendent donc de la justice laïque. Alors qu’en tant qu’hérétiques ils devraient relever du tribunal ecclésiastique, mais seuls les cas d’hérésie simple sont jugés par lui.

L’inquisition reprend une certaine importance à la fin du XVIe siècle lorsqu’elle s’engage dans la chasse aux sorcières (magiciens, devins, sorciers). Les tribunaux inquisitoriaux disparaissent du royaume de France à la fin du XVIIe siècle.

Pour aller plus loin :

  • L’Inquisition enquête historique France, XIIIe-XVe siècle de Didier Le Fur, Taillandier, 2012, 183p.

Les juges français sont les héritiers de l’Inquisition

Tribunal de l'Inquisition

L’Inquisition n’a pas complètement disparu du système juridique français. En effet, le système français est dit inquisitorial, il est l’héritier de l’Inquisition et de la révolution juridique que celle-ci a apportée. Dans ce système l’accusé est présumé innocent, c’est à l’accusation d’apporter les preuves de sa culpabilité. Un ministère public se met en place, qui peut mener l’affaire et déposer plainte au nom du préjudice subi, même si la victime retire sa plainte. Le fondement de ce système c’est l’enquête (« inquisitio » en latin), qui doit conduire à démontrer la culpabilité de l’accusé pour que celui-ci puisse être condamné.

Un autre système judiciaire existe, présent notamment en Angleterre et aux États-Unis, c’est le système accusatoire. Le juge accuse une personne, après avoir rassemblé les preuves qu’il estime suffisantes, et c’est à l’accusé de prouver son innocence. Il n’y a donc pas de présomption d’innocence dans le même style que le système français. En revanche, un accord peut être trouvé entre accusé et plaignant, par exemple le paiement d’une indemnité, et dans ce cas le procès peut être arrêté, ce qui n’est pas possible en France. Le système accusatoire était en vigueur en France avant que l’Inquisition ne se développe et ne le remplace. Le système inquisitorial est présent aussi dans les pays qui ont connu l’Inquisition, comme en Espagne et en Italie.

Ces deux systèmes judiciaires, fruits et héritiers de l’histoire, témoignent de deux visions différentes de la justice. Mais, même s’ils ne le savent pas toujours, les juges français sont les héritiers des inquisiteurs.

Jean-Baptiste Noé (www.jbnoe.fr)

 

Le jugement de l’eau

Le quatrième épisode d’Inquisitio nous présente un « jugement de l’eau ». Nous voyons ainsi le médecin juif David de Naples, demander à subir ce supplice afin de prouver son innocence. Il doit ainsi être jeté dans une rivière, d’un haut d’un pont, avec les pieds attachés à une pierre. S’il flotte « contre nature », alors il est reconnu de « commerce avec le démon » et doit subir le bucher… S’il coule(!), il est reconnu innocent… tout en étant mort noyé. Mais son innocence sert à libérer son fils, qui est son défenseur.

Etrange procédure qui était peu utilisée par l’Inquisition. Cette coutume est aussi appelée « ordalie » ou « jugement de Dieu ». Elle est d’origine païenne et fut l’objet d’une controverse au sein de l’Eglise.

Le  juriste Arbois de Jubainville a étudié ces ordalies dans ses « Etudes de droit celtique » de 1895. Il décrit très finement leur origine païenne au sein de différents peuples : Celtes, Germains, Slaves et même Hindous. Voici un extrait de son oeuvre :

« Les Francs introduisirent en Gaule la coutume germanique. Au neuvième siècle, Hincmar, archevêque de Reims, dans son mémoire sur le divorce du roi Lothaire et de la reine Tetberge, mentionne le jugement de l’eau froide : « aquae frigidae judicium ». « L’eau », dit-il, accueille certaines personnes et par là les montre innocentes ; elle en rejette certaines autres et les prouve coupables ». Avant de précipiter dans l’eau l’accusé, on le liait avec une corde dont un bout restait entre les mains d’un des assistants ; cette corde servait à retirer de l’eau le patient avant que, faute d’air respirable, il eût perdu la vie et que d’un innocent il ne restât plus que le cadavre. Cette épreuve, entendue ainsi au rebours du système celtique, est restée en usage en Allemagne et en France jusqu’à la fin du seizième siècle.

La croyance dans le pouvoir magique de l’eau a fait créer non seulement le jugement de l’eau froide où l’accusé était jeté tout entier, mais aussi le jugement de l’eau bouillante où il ne mettait que la main.

Un des plus anciens exemples connus est donné par Grégoire de Tours, dans son livre intitulé : « In gloria martyrum ». C’est à propos d’une discussion théologique entre catholiques et ariens : deux ecclésiastiques, l’un orthodoxe, l’autre hérétique, voulurent recourir au jugement de l’eau chaude ou, comme on disait en Irlande et dans le monde germanique, du chaudron. Qu’on mette, dit l’un d’eux, un chaudron sur le feu ; que dans l’eau bouillante on jette un anneau, et que chacun de nous essaie de tirer cet anneau du chaudron.

Cette épreuve s’appelle, dans divers textes latins, « le chaudron », aeneum caldaria ; en bas allemand, ketelfang ; en Islande, ketilfang ; « acte de prendre dans le chaudron », est une expression consacrée. Nous trouvons en Irlande une métaphore analogue ; l’épreuve de l’eau bouillante s’appelle fir caire, « vérité du chaudron » ; le défendeur, contre lequel on exécute la procédure de la saisie, a droit aux délais les plus longs qu’on puisse exiger, quand pour un autre procès il a pris l’engagement de subir l’épreuve du chaudron ; littéralement, quand il est « l’homme sur lequel est liée la vérité du chaudron ».

L’eau bouillante dans laquelle l’accusé plonge la main a vu le crime, elle sait quel est le coupable, elle va répondre à l’appel qu’une incantation lui a préalablement adressé. De « jugement de Dieu », judicium Dei, il n’est encore pas question. L’eau est un des éléments visibles de ce monde, à la vengeance desquels, en Irlande, au cinquième siècle, le roi païen Loégairé s’est soumis d’avance pour le cas où il violerait son serment.

Ceux qui, plus tard, ont appelé « jugement de Dieu » l’épreuve de l’eau bouillante, croyaient à la justice de l’être unique et suprême qui a créé le monde, et comptaient trouver, dans le résultat de l’épreuve, une manifestation de cette justice aussi infaillible que toute-puissante ; en réalité, leur imagination avait cru découvrir, dans la religion moderne, une forme littéraire nouvelle et une sorte de voile pieux pour déguiser la barbarie d’une vieille institution qui dérive des croyances les plus anciennes du genre humain, et qui est la négation même du christianisme.

Agobard, archevêque de Lyon (813-840), a écrit un ouvrage « Contre l’opinion perverse de ceux qui croient que la vérité du jugement de Dieu est manifestée par le feu, par l’eau, par la lutte à main armée ». « Nulle part, fait-il observer, on ne voit, dans l’Écriture sainte, un accusé dire :

– Envoie un des tiens qui engagera avec moi un combat singulier, et qui, s’il me tue, prouvera ma faute envers toi ; ou fais chauffer du fer ou de l’eau que je toucherai des mains sans en ressentir aucun mal. Ni la loi divine, ni la loi humaine ne sanctionnent cette coutume que des hommes vains appellent « jugement de Dieu ». Serait-ce donc un jugement de Dieu, ce que jamais Dieu n’a ordonné ni voulu ? ».

La protestation d’Agobard resta longtemps sans effet. L’abus qu’il voulait faire disparaître avait de trop profondes racines. L’épreuve de l’eau bouillante est indo-européenne, on ne la trouve pas seulement chez les Celtes et chez les Germains, on a constaté son existence chez les Slaves, chez les Perses et chez les Hindous. »

Combien l’Inquisition a-t-elle fait de victimes ?

Avant de pouvoir répondre à cette question quelques préliminaires sont nécessaires afin de comprendre le fonctionnement de cette ‘institution’.

Tout d’abord l’Inquisition n’a jamais eu le pouvoir de condamner à mort, ce pouvoir là est du registre de l’État. Or l’empereur, les rois ou les princes sont jaloux de leurs prérogatives politiques et n’ont aucune envie de perdre une parcelle de ce pouvoir. L’Inquisition peut remettre une personne au bras séculier, qui pourra ensuite être condamnée à mort, mais la peine de mort en tant que telle n’est pas de sa juridiction.

Il est ensuite difficile d’établir un rapport précis de victimes. Pour cela il faudrait tous les procès-verbaux relatant l’ensemble des peines, or de nombreux documents ont disparu. Les guerres, les incendies, les mauvaises conservations ont contribué à détruire un certain nombre d’archives. L’historien doit donc faire avec les documents disponibles. Les chiffres que l’on obtient ne sont donc qu’une évaluation. Mais les inquisiteurs étant de remarquables greffiers ils ont noté avec grand soin le déroulement de la procédure et les peines infligées.

D’autre part,  l’Inquisition se déploie entre 1231 et le XIXe siècle, soit six siècles, et sur des territoires géographiques et politiques variés. Cette multiplicité renforce la complexité de l’institution et rend difficile un chiffrage précis des victimes.

Enfin il est important de distinguer deux choses dans l’étude des peines : la peine donnée et la peine effectuée. De très nombreuses peines données ont été révisées à la baisse, commuées en une autre peine, ou bien non appliquée. Une personne condamnée à mort ne finit pas nécessairement sur le bûcher mais peut voir sa peine commuée en prison ou en amende.

Ces préliminaires ayant été posés voici les chiffres sur lesquels les historiens se mettent d’accord, après dépouillement des archives. Cela concerne les victimes de l’Inquisition à l’époque moderne (XVIe-XVIIe siècle).

Nombre de procès de l’inquisition espagnole : environ 125 000. Taux de condamnation : entre 1.5% et 2%, soit entre 1875 et 2500 personnes.

Nombre de procès à Venise : 3 600. Taux de condamnation : 0.72%, soit 26 personnes.

Sorcières brulées dans le contexte de l’inquisition :

Espagne : 59.

Italie : 36.

Portugal : 4.

Nombre de sorcières tuées dans les pays protestants :

Allemagne : 25 000.

Liechtenstein : 300, sur une population de 3 000 habitants, soit 10% de la population.

Suisse : 4.000 sorcières brûlées (sur 1.000.000 hab.)

Danemark et Norvège : 1.350 sorcières brûlées.

Pologne et Lituanie : 10.000 sorcières brûlées.

La chasse aux sorcières n’est pas un phénomène médiéval mais moderne. Elle commence à partir du XVIe siècle et dure jusqu’au XVIIIe siècle. Certains films, aidés par l’imaginaire populaire, situent la sorcellerie et sa condamnation à l’époque médiévale, mais c’est un anachronisme. Comme on le voit par ces chiffres, la chasse aux sorcières est un phénomène surtout présent dans les pays protestants, et nettement moins dans les pays catholiques.

Lire aussi, sur le même sujet : L’Inquisition : combien de condamnés à mort ?

Bibliographie sur l’Inquisition

 

Pour pouvoir approfondir le thème de l’inquisition nous vous proposons ici une bibliographie succincte sur le sujet. Ce sont des livres qui font référence, qui sont facilement lisibles par des non-professionnels, et qui peuvent être d’utiles lectures d’été, afin de consacrer cette période pour se former.

(Cette liste sera complétée au fur et à mesure.)

– L’inquisition en France : enquête historique, Didier Le Fur, 2012.
Un ouvrage récent (2012) de Didier Le Fur qui est une excellente synthèse sur l’inquisition dans le royaume de France.

– Le dossier Galilée, Jean-Baptiste Noé, 2011.
Une synthèse de l’affaire Galilée, pour comprendre la complexité de ce procès.

– Pierre Cauchon : comment on devient le juge de Jeanne d’Arc, Jean Favier, 2010.
Un livre plus conséquent, mais essentiel pour comprendre la psychologie du Moyen Age.

– Le manuel de l’inquisiteur, Bernard Gui, 2006.
Le manuel de Bernard Gui, pour entrer directement au contact des sources.
L’introduction et la présentation du livre sont très bien faites.

– Histoire secrète de l’inquisition, de Paul III à Jean-Paul II, Peter Godman, 2006.
Un classique. Un livre à lire absolument pour comprendre cette institution.

Qu’est-ce que l’Inquisition ?

Créée en 1231 par le pape Grégoire IX avec la constitution Excommunicamus l’Inquisition : justice.

En 1542 Paul III, inquiet de la propagation du protestantisme institue à Rome la congrégation de l’Inquisition, nommée également congrégation de la Suprême et Universelle Inquisition (dite Suprema).

Enfin en 1965 le Saint-Office devient la Congrégation pour la Propagation et la Doctrine de la Foi.

Il n’y a donc pas une Inquisition, institution monolithique et inchangée mais au moins trois types d’Inquisition qui ont pris des formes différentes selon les temps et les nécessités du moment.

Inquisition temporelle et géographique.

De même est-il bien nécessaire de distinguer trois Inquisition successives et bien différenciées : l’Inquisition médiévale, celle de Grégoire IX qui sévit essentiellement dans le sud de la France, l’Inquisition espagnole, présente uniquement en Espagne du XIVe au XIXe siècle et largement indépendante de Rome et l’Inquisition romaine formée au moment de la Réforme catholique, active à l’époque des Lumières et qui sombre dans une certaine bureaucratie pour finalement disparaître.

Ces distinctions ne sont pas purement rhétorique, elles ont toutes trois leur propre mode de fonctionnement et n’ont pas du tout été créée dans le même esprit ni pour répondre aux mêmes objectifs.

Le plus difficile pour comprendre l’Inquisition n’est pas d’affronter les séances de torture et les instruments diaboliques mais de rentrer dans des schémas de pensée et des cadres mentaux passés et d’accepter que les valeurs et les priorités des hommes des siècles antérieurs puissent être distincts de celles d’aujourd’hui.
Par Jean-Baptiste Noé (www.jbnoe.fr)

 

Inquisition : de quand date la légende noire ?

La légende noire de l’Inquisition a été lancée au 18ème siècle par les historiens des Lumières, soucieux de décrédibiliser le christianisme qui était à l’époque fortement associé au concept de monarchie. Elle continua à être forgée au 19ème siècle par une IIIème République anticléricale et volontiers amnésique en s’appuyant sur le fanatisme caricatural de l’inquisiteur espagnol Torquemada, qui ne fut représentatif que de lui-même.

En histoire, le péché majeur est l’anachronisme. Juger l’Inquisition sur des critères contemporains est toujours une faute. La foi médiévale n’est pas une croyance individuelle, mais un pilier de la société auquel on ne peut porter de coup sans risquer de nuire gravement à toute la communauté. L’Inquisition fut donc plébiscitée par ses contemporains non seulement comme gardienne de l’orthodoxie catholique et donc comme assurance de la cohésion de la communauté, mais aussi comme tribunal progressiste aux méthodes novatrices.

Même si elle a fait des victimes et qu’aucune de celle-ci n’est excusable, les condamnations à mort restent rarissimes (lire ici).

La légende noire de l’Inquisition est toujours alimentée de nos jours par des séries comme Inquisitio, sous couvert de lutte contre l’obscurantisme, aux heures de grande audience.

L’Inquisition dévoyée

Avec l’extinction des hérésies, l’Inquisition perd peu à peu sa raison d’être. A la fin du 13ème siècle, la monarchie et la puissance publique s’affirment. L’Etat reprend en main l’ensemble du système judiciaire. Les tribunaux royaux montent en puissance. L’Inquisition existe toujours mais elle est de plus en plus contrôlée par le pouvoir séculier comme on le voit au moment du procès des Templiers en 1310. Le procès suit bien la procédure inquisitoriale, mais c’est Philippe IV le Bel qui en a l’initiative et qui le dirige en sous main pour des raisons politiques et non religieuses.

Le schisme catholique et la multiplication des papes entre 1378 et 1417 retirent encore plus de crédibilité et de pouvoir à l’Inquisition. L’Inquisition médiévale tardive n’est plus indépendante. Les inquisiteurs sont des instruments au service d’autres institutions, notamment des universités ou à la botte des milieux d’influence. C’est le cas en 1430, lors du procès de Jeanne d’Arc, où l’Inquisition est manipulée par le parti bourguignon et les Anglais qui y voient un moyen de gagner la guerre de Cent Ans.

Un autre exemple flagrant de l’Inquisition dévoyée est le célèbre procès de Galilée. Celui-ci a lieu en 1633, soit en plein 17ème siècle ! L’Inquisition n’est alors plus du tout à la main de l’Eglise, mais à celle du pouvoir temporel qui nomme évêques et abbés depuis le Concordat entre François 1er et Léon 10. La France va connaitre 400 ans d’Eglise d’Etat. C’est donc bien la monarchie qui a condamné Galilée.

Dans le même ordre d’idée, on retrouve les traces des premiers procès en sorcellerie…au 14ème siècle seulement, dans la région toulousaine, donc assez tardivement. Ils deviendront habituels au 16ème siècle avec l’intérêt grandissant pour la sorcellerie. La réponse d’une Eglise ‘libre’’ aurait été l’évangélisation. Mais au 16ème siècle, l’Eglise d’Etat française ne s’appartient plus, elle est un instrument et la répression seule lui est dictée. Il faut dire qu’il est bien tentant, pour se débarrasser d’un ennemi, de lui faire un ‘’bon’’ procès en sorcellerie. Les gens d’influence, qui ne s’y tromperont pas, useront et abuseront de ce stratagème. Là encore, c’est le pouvoir temporel qui a le sang des sorcières sur les mains.

Comment est vue l’Inquisition par le peuple du Moyen-Age ?

Comment est vue l’Inquisition par le peuple du Moyen-Age ?

Les hommes du Moyen Age sont profondément croyants. La Vérité du Christ n’est pas négociable. Les autres religions et les hérésies sont donc fausses. Elles indignent et scandalisent les gens de l’époque. Dans ce contexte, l’Inquisition ne révolte personne. Au contraire, elle est vue comme un bien qui délivre la société des hérésies.

De plus, la méthode judiciaire employée par l’Inquisition est progressiste par rapport à une justice civile plus expéditive et plus sévère et par rapport aux réactions incontrôlées que suscitaient les hérésies (émeutes populaires, lynchages). L’Inquisition a rationalisé la justice en s’appuyant sur l’enquête, sur le contrôle de la véracité des faits, sur la recherche de preuves et sur la délibération d’un jury qui résiste aux passions de l’opinion.