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Les juges français sont les héritiers de l’Inquisition

Tribunal de l'Inquisition

L’Inquisition n’a pas complètement disparu du système juridique français. En effet, le système français est dit inquisitorial, il est l’héritier de l’Inquisition et de la révolution juridique que celle-ci a apportée. Dans ce système l’accusé est présumé innocent, c’est à l’accusation d’apporter les preuves de sa culpabilité. Un ministère public se met en place, qui peut mener l’affaire et déposer plainte au nom du préjudice subi, même si la victime retire sa plainte. Le fondement de ce système c’est l’enquête (« inquisitio » en latin), qui doit conduire à démontrer la culpabilité de l’accusé pour que celui-ci puisse être condamné.

Un autre système judiciaire existe, présent notamment en Angleterre et aux États-Unis, c’est le système accusatoire. Le juge accuse une personne, après avoir rassemblé les preuves qu’il estime suffisantes, et c’est à l’accusé de prouver son innocence. Il n’y a donc pas de présomption d’innocence dans le même style que le système français. En revanche, un accord peut être trouvé entre accusé et plaignant, par exemple le paiement d’une indemnité, et dans ce cas le procès peut être arrêté, ce qui n’est pas possible en France. Le système accusatoire était en vigueur en France avant que l’Inquisition ne se développe et ne le remplace. Le système inquisitorial est présent aussi dans les pays qui ont connu l’Inquisition, comme en Espagne et en Italie.

Ces deux systèmes judiciaires, fruits et héritiers de l’histoire, témoignent de deux visions différentes de la justice. Mais, même s’ils ne le savent pas toujours, les juges français sont les héritiers des inquisiteurs.

Jean-Baptiste Noé (www.jbnoe.fr)

 

Le jugement de l’eau

Le quatrième épisode d’Inquisitio nous présente un « jugement de l’eau ». Nous voyons ainsi le médecin juif David de Naples, demander à subir ce supplice afin de prouver son innocence. Il doit ainsi être jeté dans une rivière, d’un haut d’un pont, avec les pieds attachés à une pierre. S’il flotte « contre nature », alors il est reconnu de « commerce avec le démon » et doit subir le bucher… S’il coule(!), il est reconnu innocent… tout en étant mort noyé. Mais son innocence sert à libérer son fils, qui est son défenseur.

Etrange procédure qui était peu utilisée par l’Inquisition. Cette coutume est aussi appelée « ordalie » ou « jugement de Dieu ». Elle est d’origine païenne et fut l’objet d’une controverse au sein de l’Eglise.

Le  juriste Arbois de Jubainville a étudié ces ordalies dans ses « Etudes de droit celtique » de 1895. Il décrit très finement leur origine païenne au sein de différents peuples : Celtes, Germains, Slaves et même Hindous. Voici un extrait de son oeuvre :

« Les Francs introduisirent en Gaule la coutume germanique. Au neuvième siècle, Hincmar, archevêque de Reims, dans son mémoire sur le divorce du roi Lothaire et de la reine Tetberge, mentionne le jugement de l’eau froide : « aquae frigidae judicium ». « L’eau », dit-il, accueille certaines personnes et par là les montre innocentes ; elle en rejette certaines autres et les prouve coupables ». Avant de précipiter dans l’eau l’accusé, on le liait avec une corde dont un bout restait entre les mains d’un des assistants ; cette corde servait à retirer de l’eau le patient avant que, faute d’air respirable, il eût perdu la vie et que d’un innocent il ne restât plus que le cadavre. Cette épreuve, entendue ainsi au rebours du système celtique, est restée en usage en Allemagne et en France jusqu’à la fin du seizième siècle.

La croyance dans le pouvoir magique de l’eau a fait créer non seulement le jugement de l’eau froide où l’accusé était jeté tout entier, mais aussi le jugement de l’eau bouillante où il ne mettait que la main.

Un des plus anciens exemples connus est donné par Grégoire de Tours, dans son livre intitulé : « In gloria martyrum ». C’est à propos d’une discussion théologique entre catholiques et ariens : deux ecclésiastiques, l’un orthodoxe, l’autre hérétique, voulurent recourir au jugement de l’eau chaude ou, comme on disait en Irlande et dans le monde germanique, du chaudron. Qu’on mette, dit l’un d’eux, un chaudron sur le feu ; que dans l’eau bouillante on jette un anneau, et que chacun de nous essaie de tirer cet anneau du chaudron.

Cette épreuve s’appelle, dans divers textes latins, « le chaudron », aeneum caldaria ; en bas allemand, ketelfang ; en Islande, ketilfang ; « acte de prendre dans le chaudron », est une expression consacrée. Nous trouvons en Irlande une métaphore analogue ; l’épreuve de l’eau bouillante s’appelle fir caire, « vérité du chaudron » ; le défendeur, contre lequel on exécute la procédure de la saisie, a droit aux délais les plus longs qu’on puisse exiger, quand pour un autre procès il a pris l’engagement de subir l’épreuve du chaudron ; littéralement, quand il est « l’homme sur lequel est liée la vérité du chaudron ».

L’eau bouillante dans laquelle l’accusé plonge la main a vu le crime, elle sait quel est le coupable, elle va répondre à l’appel qu’une incantation lui a préalablement adressé. De « jugement de Dieu », judicium Dei, il n’est encore pas question. L’eau est un des éléments visibles de ce monde, à la vengeance desquels, en Irlande, au cinquième siècle, le roi païen Loégairé s’est soumis d’avance pour le cas où il violerait son serment.

Ceux qui, plus tard, ont appelé « jugement de Dieu » l’épreuve de l’eau bouillante, croyaient à la justice de l’être unique et suprême qui a créé le monde, et comptaient trouver, dans le résultat de l’épreuve, une manifestation de cette justice aussi infaillible que toute-puissante ; en réalité, leur imagination avait cru découvrir, dans la religion moderne, une forme littéraire nouvelle et une sorte de voile pieux pour déguiser la barbarie d’une vieille institution qui dérive des croyances les plus anciennes du genre humain, et qui est la négation même du christianisme.

Agobard, archevêque de Lyon (813-840), a écrit un ouvrage « Contre l’opinion perverse de ceux qui croient que la vérité du jugement de Dieu est manifestée par le feu, par l’eau, par la lutte à main armée ». « Nulle part, fait-il observer, on ne voit, dans l’Écriture sainte, un accusé dire :

– Envoie un des tiens qui engagera avec moi un combat singulier, et qui, s’il me tue, prouvera ma faute envers toi ; ou fais chauffer du fer ou de l’eau que je toucherai des mains sans en ressentir aucun mal. Ni la loi divine, ni la loi humaine ne sanctionnent cette coutume que des hommes vains appellent « jugement de Dieu ». Serait-ce donc un jugement de Dieu, ce que jamais Dieu n’a ordonné ni voulu ? ».

La protestation d’Agobard resta longtemps sans effet. L’abus qu’il voulait faire disparaître avait de trop profondes racines. L’épreuve de l’eau bouillante est indo-européenne, on ne la trouve pas seulement chez les Celtes et chez les Germains, on a constaté son existence chez les Slaves, chez les Perses et chez les Hindous. »

Combien l’Inquisition a-t-elle fait de victimes ?

Avant de pouvoir répondre à cette question quelques préliminaires sont nécessaires afin de comprendre le fonctionnement de cette ‘institution’.

Tout d’abord l’Inquisition n’a jamais eu le pouvoir de condamner à mort, ce pouvoir là est du registre de l’État. Or l’empereur, les rois ou les princes sont jaloux de leurs prérogatives politiques et n’ont aucune envie de perdre une parcelle de ce pouvoir. L’Inquisition peut remettre une personne au bras séculier, qui pourra ensuite être condamnée à mort, mais la peine de mort en tant que telle n’est pas de sa juridiction.

Il est ensuite difficile d’établir un rapport précis de victimes. Pour cela il faudrait tous les procès-verbaux relatant l’ensemble des peines, or de nombreux documents ont disparu. Les guerres, les incendies, les mauvaises conservations ont contribué à détruire un certain nombre d’archives. L’historien doit donc faire avec les documents disponibles. Les chiffres que l’on obtient ne sont donc qu’une évaluation. Mais les inquisiteurs étant de remarquables greffiers ils ont noté avec grand soin le déroulement de la procédure et les peines infligées.

D’autre part,  l’Inquisition se déploie entre 1231 et le XIXe siècle, soit six siècles, et sur des territoires géographiques et politiques variés. Cette multiplicité renforce la complexité de l’institution et rend difficile un chiffrage précis des victimes.

Enfin il est important de distinguer deux choses dans l’étude des peines : la peine donnée et la peine effectuée. De très nombreuses peines données ont été révisées à la baisse, commuées en une autre peine, ou bien non appliquée. Une personne condamnée à mort ne finit pas nécessairement sur le bûcher mais peut voir sa peine commuée en prison ou en amende.

Ces préliminaires ayant été posés voici les chiffres sur lesquels les historiens se mettent d’accord, après dépouillement des archives. Cela concerne les victimes de l’Inquisition à l’époque moderne (XVIe-XVIIe siècle).

Nombre de procès de l’inquisition espagnole : environ 125 000. Taux de condamnation : entre 1.5% et 2%, soit entre 1875 et 2500 personnes.

Nombre de procès à Venise : 3 600. Taux de condamnation : 0.72%, soit 26 personnes.

Sorcières brulées dans le contexte de l’inquisition :

Espagne : 59.

Italie : 36.

Portugal : 4.

Nombre de sorcières tuées dans les pays protestants :

Allemagne : 25 000.

Liechtenstein : 300, sur une population de 3 000 habitants, soit 10% de la population.

Suisse : 4.000 sorcières brûlées (sur 1.000.000 hab.)

Danemark et Norvège : 1.350 sorcières brûlées.

Pologne et Lituanie : 10.000 sorcières brûlées.

La chasse aux sorcières n’est pas un phénomène médiéval mais moderne. Elle commence à partir du XVIe siècle et dure jusqu’au XVIIIe siècle. Certains films, aidés par l’imaginaire populaire, situent la sorcellerie et sa condamnation à l’époque médiévale, mais c’est un anachronisme. Comme on le voit par ces chiffres, la chasse aux sorcières est un phénomène surtout présent dans les pays protestants, et nettement moins dans les pays catholiques.

Lire aussi, sur le même sujet : L’Inquisition : combien de condamnés à mort ?

L’origine de l’Inquisition (3/3) : la naissance de l’inquisition romaine

L’Inquisition apparaît en Italie, sous Grégoire IX. Son extension à tout l’Occident exprime l’universalité du magistère pontifical (cf. l’origine de l’Inquisition (1/3)). Certes, il s’agit de contrer l’hérésie mais l’Inquisition est aussi un instrument dans la lutte de pouvoir opposant le Sacerdoce à l’Empire pour dominer la chrétienté(cf. l’origine de l’Inquisition (2/3)). Sa naissance doit sans doute plus à Frédéric II et aux communes urbaines qu’aux cathares du Languedoc.

L’Inquisition ne relève pas immédiatement du pape. L’Inquisition pontificale n’est donc pas encore en place et, finalement, on s’aperçoit qu’elle n’est pas directement liée aux événements du Languedoc elle naît ailleurs, en Italie, dans le cadre des conflits opposant Grégoire IX et Frédéric II.

Frédéric II, comme son grand-père Barberousse, cherche à instrumentaliser l’hérésie pour en faire un des moyens d’asseoir son pouvoir, son pouvoir politique d’abord, sur les villes italiennes. L’hérésie est, en quelque sorte, un des nœuds autour desquels cristallise le conflit de puissance entre le pape et l’empereur. En instituant pour l’hérésie, des juges délégués du Saint-Siège, Grégoire IX, qui, sans le mettre hors jeu, relègue malgré tout au second rang l’ordinaire (l’évêque) en ce domaine, supprime toute possibilité que l’Inquisition devienne un tribunal au service de l’empereur. Il écarte ce dernier de toute incursion dans le domaine religieux, tentation évidente de Frédéric II, au prétexte qu’il doit protéger l’Eglise, mission qu’il exploite comme un moyen de la dominer. Et Grégoire IX, naturellement, s’efforce de cantonner étroitement le pouvoir laïc : le pape et ses juges disent seuls l’hérésie à l’empereur et aux siens, il appartient seulement de décider ou d’organiser le supplice des hérétiques. Et, bien sûr, l’inquisition permet en outre au pape d’intervenir partout et de combattre ses ennemis, notamment les partisans de l’empereur, en invoquant la défense de la foi. Arme évidemment redoutable.

L’Inquisition pontificale, tant pour sa procédure que pour son organisation, fait l’objet d’une série de constitutions pontificales qui s’échelonnent de 1231 à 1233. La première est édictée pour Rome en 1231 puis c’est en Allemagne que les frères prêcheurs deviennent, toujours en 1231, les principaux agents de la papauté dans la lutte contre l’hérésie : le système est étendu au Brabant et à la Bohême en 1232 ; il est alors à peu près totalement codifié dans ses principes comme dans sa mise en œuvre et c’est à ce moment enfin, qu’il est étendu à la France par une bulle du 13 avril 1233. II est clair que cette extension de l’Inquisition participe de la volonté d’agir avec cohérence contre l’hérésie, mais son élargissement à toute la chrétienté, en passant par-dessus les autorités ecclésiastiques locales et les pouvoirs politiques, correspond aussi à l’affirmation du pouvoir universel du pape et lui donne une arme qui renforce ou qui représente partout son magistère et lui permet de lutter contre ses ennemis.

Ainsi le Languedoc a-t-il tenu sa place dans les origines de l’Inquisition, mais ce n’est pas la première et en tout cas ce n’est pas la place exclusive. Ceci amène à corriger beaucoup d’ouvrages qui déclarent tout de go « l’Inquisition a été créée par le pape pour anéantir l’hérésie en Languedoc ». Le Languedoc n’est pas le nombril du monde, quoi qu’on puisse souhaiter et quel que soit l’attachement, légitime, qu’on lui porte. Le processus qui aboutit à l’Inquisition, participe de l’histoire de la chrétienté dans son ensemble.

 Source : © Histoire du christianisme magazine (revue disponible en kiosque) 

L’origine de l’Inquisition (2/3) : de la lutte contre l’hérésie à la diabolisation

L’Inquisition apparaît en Italie, sous Grégoire IX. Son extension à tout l’Occident exprime l’universalité du magistère pontifical (cf. l’origine de l’Inquisition (1/3). Certes, il s’agit de contrer l’hérésie mais l’Inquisition est aussi un instrument dans la lutte de pouvoir opposant le Sacerdoce à l’Empire pour dominer la chrétienté. 

Au prétexte de l’hérésie, ils opèrent également de larges purges dans l’épiscopat méridional, jugé trop mou dans le combat contre la dissidence. En fait, les évêques déposés sont parfaitement dignes dans leurs mœurs comme dans leur pastorale, mais ils ont le tort d’être liés davantage aux pouvoirs locaux que soumis à Rome. Ils sont donc remplacés, très souvent par des cisterciens. Les légats, eux-mêmes cisterciens pour la plupart, construisent, en toute bonne foi certainement, une image de l’hérésie très largement décalée de la réalité. Ils ramènent la dissidence au manichéisme, suivant une tradition ancienne de l’Eglise, parce que la référence en ce cas-là est toujours saint Augustin, qui a beaucoup lutté et écrit contre les manichéens.

Ensuite, ils diabolisent l’hérésie, en lui attribuant des pratiques contre nature et donc contraires à la volonté divine ; ils font de ses adhérents les sectateurs du diable ; ils la présentent enfin comme générale et comme une véritable contre-Eglise, avec un pape, des diocèses, etc. Cette construction, largement fantasmatique, ne doit pas être aujourd’hui prise au pied de la lettre et il ne convient pas de croire que la dissidence est majoritaire en Languedoc, qu’elle est totalement perverse et qu’il existe un catharisme unifié de l’Atlantique aux Balkans.

A la fin du XIIe siècle, cette image du danger représenté par l’hérésie, danger très largement amplifié, devient un moyen pour le pape d’affirmer son autorité urbi et orbi et d’exercer la plénitude de son pouvoir, plenitudo potestatis. La dissidence religieuse lui permet de revendiquer un droit d’intervention universel pour défendre l’unité de la foi, en voie d’être compromise. Il ne s’agit pas ici de mettre en cause la sincérité des papes et des clercs des XIIe et XIIIe siècles, qui pensent et qui sentent l’unité chrétienne menacée et la défendent avec tous les moyens dont ils disposent, mais il est possible, sept siècles plus tard, de dégager des processus d’évolution dont eux-mêmes n’avaient pas conscience. La pratique pontificale, développée depuis 1140, c’est-à-dire l’intervention par légat interposé dans toute la chrétienté au prétexte de l’hérésie, cristallise en mars 1199 dans la décrétale Vergentis in senium. Cette décrétale définit l’hérésie comme crime de lèse-majesté divine.

Un péché et un crime

Le droit romain sert d’appui à cette définition. On le sait : le droit romain antique, définit comme crime de lèse-majesté toute atteinte à la vie de l’empereur ; ce dernier incarnant l’Etat et le bien de tous, cette atteinte est d’une telle gravité qu’elle est punie de mort. Offense à Dieu, l’aberratio in fide, l’erreur dans la foi, met en cause la majesté divine, elle doit donc entraîner des peines matérielles et corporelles ou personnelles aussi lourdes que celles frappant les coupables de lèse-majesté princière. On passe ainsi pour la dissidence religieuse, des pénalités ressortissant du domaine spirituel aux pénalités physiques. L’hérésie n’est plus seulement un péché, elle devient un crime.

Le concept de lèse-majesté divine comporte un corollaire d’importance : puisque le pape est le vicaire de Dieu, toute contestation de son pouvoir et de ses commandements correspond à un attentat contre la majesté divine et s’identifie à l’hérésie. Concrètement la bulle Vergentis in senium adressée au clergé, aux consuls et au peuple de Viterbe, ville des Etats de l’Eglise, en révolte contre Innocent III, a pour résultat de permettre l’intervention du pape dans la ville ratione peccati ou ratione criminis. La bulle conduit à une instrumentalisation politique de l’hérésie et le fait se reproduit tout de suite après à Orvieto. Le magistère spirituel du pape se trouve donc ainsi exalté d’abord pour des problèmes temporels propres au patrimoine de Saint-Pierre.

D’une façon générale, on perçoit que la création d’un tribunal spécial chargé de l’hérésie et relevant immédiatement du Souverain Pontife s’inscrit logiquement dans la suite de Vergentis in senium. Innocent III pose d’ailleurs lui-même l’essentiel des règles de l’inquisitio établissant l’instruction d’office hors de toute publicité par une suite de décrétales édictées entre 1205 et 1212.

Assassinat de Pierre de castelnau en 1208 Toutes ces données font bien comprendre la gravité de l’assassinat du légat Pierre de Castelnau, sur les bords du Rhône, le 14 janvier 1208. Ce n’est pas seulement l’assassinat d’un homme qui gêne. C’est une forme radicale de mise en cause du pouvoir du pape, au moment où ce dernier est également plus ou moins contesté par Philippe Auguste, par Jean sans Terre et par la plupart des villes italiennes cela, à une époque où la conquête de la Terre-Sainte peine à se relancer après l’échec de la quatrième croisade, détournée vers Byzance. Cet assassinat, de plus, survient dans une région que les amplifications cisterciennes présentent depuis saint Bernard, soit depuis 1145, comme une terre perdue d’hérésie et dont les plus grands seigneurs se refusent à lutter contre la dissidence. Deux des principaux leviers du pouvoir pontifical, la croisade et l’hérésie entrent alors en conjonction pour aboutir à une guerre sainte en pays chrétien. Fait inouï, mais parfaitement inscrit dans la logique des événements qui précèdent. Aux facteurs décrits, s’ajoutent d’ailleurs des convoitises temporelles, non pas celles du roi de France comme on le dit trop souvent, mais celles du roi d’Aragon, qui joue un rôle tout à fait ambigu en ce début du XIIIe siècle.

La croisade est une opération militaire qui fait prompte justice des hérétiques. Tous ceux qui refusent d’abjurer sont brûlés (cent quarante à Minerve en juillet 1210, trois ou quatre cents à Lavaur en mai 1211, soixante aux Cassés au printemps 1211 encore). L’Inquisition n’intervient pas du tout dans ce cadre-là. Au demeurant, elle n’est pas encore organisée. Le quatrième concile du Latran, tenu en 1215, réédite la liste des sanctions contre les hérétiques. Il est notable que l’ordalie du fer rouge, infligée traditionnellement aux dissidents, soit interdite par ce concile. Dans la perspective du XXe siècle, la nôtre, c’est bien sûr un progrès considérable. Il n’en reste pas moins que l’ordalie, au résultat incertain, limitait quelque peu le pouvoir souverain du juge. Désormais, ce dernier peut décider seul de la culpabilité des prévenus. On saisit que le gain d’humanisme présente un revers négatif, dont l’Inquisition fait plus tard son profit.

Avec la fin des opérations militaires en Languedoc, le combat contre la dissidence entre dans une phase essentiellement judiciaire. Le jeudi saint 12 avril 1229, devant le portail de Notre-Dame de Paris, le comte de Toulouse s’engage à pourchasser, sans trêve et de tout son pouvoir, les hérétiques de sa terre et leurs croyants, ceux qui les hébergeraient ou qui les aideraient, credentes, receptatores, fautores. Le concile qui se réunit à Toulouse en novembre 1229, sous l’autorité du légat romain de Saint-Ange, organise la recherche systématique des dissidents. Toute maison où l’on découvrira un hérétique sera détruite c’est une forme de damnatio loci et de purification d’un endroit évidemment devenu sacrilège et c’est aussi un moyen de pression, bien entendu, sur ceux qui recevraient éventuellement des hérétiques. Ce concile fixe également une échelle des peines, en fonction de l’étendue des fautes. Apparaît la prison, « le mur », comme on va l’appeler, lieu de pénitence et en même temps de retranchement des coupables, qui les empêche de contaminer d’autres personnes. Ces prescriptions forment un ensemble parfaitement cohérent et l’on y trouve le verbe inquirere et le substantif inquisitio. On peut dire que, jusqu’à un certain point, le système de l’Inquisition se trouve mis en place en Languedoc à partir de 1229. Il reste que la procédure demeure confiée aux évêques.

Source : © Histoire du christianisme magazine (revue disponible en kiosque) 

L’origine de l’Inquisition (1/3) : l’apparition de l’hérésie

L’Inquisition apparaît en Italie, sous Grégoire IX. Son extension à tout l’Occident exprime l’universalité du magistère pontifical. 

L’époque dite « grégorienne », à la fin du XIe et au début du XIIe siècle, marque un apogée de l’Eglise occidentale. Alors se met en place l’armature spirituelle et institutionnelle de la chrétienté européenne. En ce temps d’un essor tout à fait extraordinaire, se fixent bien des structures religieuses, morales et culturelles qui déterminent les traits essentiels du second millénaire chrétien, en Europe occidentale du moins. L’Eglise, à cette époque, rassemble tout l’Occident. Dans un monde féodal politiquement éclaté, elle constitue, en raison même de la force spirituelle qu’elle représente, la puissance de régulation et d’harmonie de la société. Les aspects de ce rôle sont naturellement multiples, mais pour n’en citer qu’un seul, très connu, c’est l’établissement de la paix de Dieu, qui permet le développement économique en bornant la prédation seigneuriale. Le morcellement politique a donc pour corollaire l’unité religieuse et la centralisation de l’Eglise autour du pape. Deux grands ordres monastiques dont le réseau s’étend à toute la chrétienté, Cluny d’abord, Cîteaux ensuite, servent d’armature à l’Eglise nouvelle, issue de la réforme grégorienne, et, à partir de Grégoire VII, le pouvoir du pape ne cesse de croître.

Mais vers le milieu du XIIe siècle, des problèmes complexes apparaissent.

Premièrement, renaissent de grands ensembles territoriaux, dont les princes se veulent maîtres de la vie religieuse et du clergé dans leurs domaines. Au prétexte qu’ils règnent « Dei gratia », par la grâce de Dieu, et parce que le contrôle de l’Eglise et du clergé est évidemment un élément essentiel de leur pouvoir. Cette concurrence affaiblit le magistère du Souverain Pontife, alors même qu’il n’est pas encore totalement stabilisé.

Deuxième fait : le développement polymorphe de l’Occident a fait naître dans les villes de nouveaux milieux, une nouvelle culture et suscité des démarches et des demandes spirituelles nouvelles. Le goût, notamment, d’un contact direct avec l’Evangile. Il en résulte l’essor de petites communautés attachées à un évangélisme radical, qu’elles opposent au mode d’être de l’Eglise institutionnelle et au comportement des clercs. Ces communautés posent en principe que, seule, la pureté de la vie garantit la vérité de la parole et non pas l’institution. En d’autres termes, pour ces dissidents, la filiation apostolique est affaire de propos de vie, d’adoption de la « paupertas evangelica », plus que de tradition sacramentelle. Se multiplient ainsi des noyaux, que caractérisent un anti-sacerdotalisme et un anti-sacramentalisme très forts. Bien entendu, ces tendances centrifuges, qui rompent l’unité de l’Eglise sont définies hérétiques par les instances orthodoxes.

La lutte contre l’hérésie débute avec l’apparition de cette dernière. Elle n’atteint pas immédiatement le caractère bien réglé qu’elle prend ensuite à l’époque de l’Inquisition, mais elle contribue progressivement à définir des cadres repris ultérieurement. Elle est normalement du ressort des évêques, juges ordinaires dans leur diocèse. C’est en 1163, au concile de Tours, que commence d’apparaître la procédure inquisitoire on ne se borne plus à châtier les hérétiques quand ils se dévoilent au grand jour ; on les recherche désormais activement pour les condamner. Les données du combat contre l’hérésie sont ensuite précisées au troisième concile du Latran, en 1179, puis l’empereur Frédéric Barberousse et le pape Lucius III s’accordent à Vérone pour édicter une législation sévère, formulée dans la décrétale Ad abolendam du 4 novembre 1184, qui oblige le pouvoir séculier à soumettre les hérétiques au châtiment mérité « animadversio debita ». Cette décrétale porte des peines sévères, jusqu’à la mort et à la confiscation des biens, contre les hérétiques et tous ceux qui les aident de près ou de loin ; les termes latins sont adiutores, receptores, fautores.

L’hérésie constitue évidemment un danger pour l’Eglise, qu’elle met en cause dogmatiquement et institutionnellement, mais la lutte contre l’hérésie sert finalement son renforcement, ainsi que celui du pouvoir pontifical.

En effet le Souverain Pontife est le premier garant de l’unité de foi. Cela lui permet de prendre directement en charge la lutte contre l’hérésie par l’intermédiaire de légats pontificaux et d’intervenir ainsi dans toute la chrétienté, sans opposition possible. Le fait est particulièrement net dans le Midi languedocien, dès les débuts, puisqu’en 1145 c’est le cardinal-évêque d’Ostie qui suscite l’intervention de saint Bernard. En 1178 et 1181, ce sont des légats, Pierre de Pavie, puis Henri de Marcy, qui dirigent les opérations contre les hérétiques à Toulouse et à Lavaur.

Source : © Histoire du christianisme magazine (revue disponible en kiosque) 

La position de l’Eglise sur l’Inquisition

L’Eglise catholique est revenue sur l’Inquisition à plusieurs reprises. L’Inquisition est un phénomène complexe, qui pris des réalités différentes au cours des siècles (inquisition médiévale, espagnole, romaine). Dès 1994, dans une lettre apostolique, Jean-Paul II invitait à prendre conscience de la réalité de l’histoire de l’Eglise, et particulièrement du péché de ses membres. A cette fin, le pape Jean-Paul II demanda d’étudier la question sur la réalité de l’Inquisition, entre image populaire et réalité historique (cf Lettre du Pape Jean-Paul II au cardinal Roger Etchegaray en 1998). Suite à cette investigation, le pape en plein Jubilé de l’an 2000 fait de acte de repentance (2000).

Ci-joint les trois extraits :

La lettre apostolique Tertio millennio adveniente

« Il est donc juste que […] l’Eglise prenne en charge, avec une conscience plus vive, le péché de ses enfants, dans le souvenir de toutes les circonstances dans lesquelles, au cours de son histoire, ils se sont éloignés de l’esprit du Christ et de son Evangile, présentant au monde, non point le témoignage d’une vie inspirée par les valeurs de la foi, mais le spectacle de façons de penser et d’agir qui étaient de véritables formes de contre-témoignage et de scandale » (n. 33).

Lettre du Pape Jean-Paul II au Cardinal Roger Etchegaray à l’occasion de la présentation de l’ouvrage « L’Inquisizione » au Vatican, les 29-31 octobre 1998 :

Dans l’opinion publique, l’image de l’Inquisition représente presque le symbole de ce contre-témoignage et de ce scandale. Dans quelle mesure cette image est-elle fidèle à la réalité? Avant de demander pardon, il est nécessaire d’avoir une connaissance exacte des faits et de resituer les erreurs par rapport aux exigences évangéliques, là où elles existent réellement. Telle est la raison pour laquelle le Comité (Mémoire et réconciliation) s’est adressé à des historiens, dont la compétence scientifique est reconnue de façon universelle. (…)

Ainsi, le Concile Vatican II a pu exprimer la « règle d’or » qui oriente la défense de la vérité, devoir qui revient à la mission du Magistère:  « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même, qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance » (Dignitatis humanae, n. 1. L’affirmation est citée dans Tertio millennio adveniente, n. 35).

Les fils de l’Eglise ne peuvent manquer de revenir dans un esprit de repentir sur « le consentement donné, surtout en certains siècles, à des méthodes d’intolérance et même de violence dans le service de la vérité » (Insegnamenti XXI/2 [1998/2], p. 899; cf. Tertio millennio adveniente, n. 35). (…)

Journée du Pardon, le 12 mars 2000 : à l’occasion de la Célébration liturgique qui a marqué la Journée du Pardon, il a été demandé pardon pour les erreurs commises au service de la vérité à travers le recours à des méthodes non évangéliques. C’est en imitant son Seigneur, doux et humble de coeur, que l’Eglise doit accomplir ce service. La prière que j’ai adressée alors à Dieu contient les motifs d’une demande de pardon qui vaut tant pour les drames liés l’inquisition que pour les blessures de la mémoire qui en sont la conséquence.

« Seigneur, Dieu de tous les hommes, à certaines périodes de l’histoire, les chrétiens se sont parfois livrés à des méthodes d’intolérance et n’ont pas observé le grand commandement de l’amour, souillant ainsi le visage de l’Eglise, ton Epouse. Montre ta miséricorde à tes enfants pécheurs et accueille notre ferme propos de chercher et de promouvoir la vérité dans la douceur de la charité, sachant bien que la vérité ne s’impose qu’en vertu de la vérité elle-même. Par Jésus, le Christ Notre Seigneur »

(Prière universelle de l’Eglise pour la confession des fautes et la demande de pardon, cf. ORLF n. 11 du 14 mars 2000)

 

Bibliographie sur l’Inquisition

 

Pour pouvoir approfondir le thème de l’inquisition nous vous proposons ici une bibliographie succincte sur le sujet. Ce sont des livres qui font référence, qui sont facilement lisibles par des non-professionnels, et qui peuvent être d’utiles lectures d’été, afin de consacrer cette période pour se former.

(Cette liste sera complétée au fur et à mesure.)

– L’inquisition en France : enquête historique, Didier Le Fur, 2012.
Un ouvrage récent (2012) de Didier Le Fur qui est une excellente synthèse sur l’inquisition dans le royaume de France.

– Le dossier Galilée, Jean-Baptiste Noé, 2011.
Une synthèse de l’affaire Galilée, pour comprendre la complexité de ce procès.

– Pierre Cauchon : comment on devient le juge de Jeanne d’Arc, Jean Favier, 2010.
Un livre plus conséquent, mais essentiel pour comprendre la psychologie du Moyen Age.

– Le manuel de l’inquisiteur, Bernard Gui, 2006.
Le manuel de Bernard Gui, pour entrer directement au contact des sources.
L’introduction et la présentation du livre sont très bien faites.

– Histoire secrète de l’inquisition, de Paul III à Jean-Paul II, Peter Godman, 2006.
Un classique. Un livre à lire absolument pour comprendre cette institution.

Qu’est-ce que l’Inquisition ?

Créée en 1231 par le pape Grégoire IX avec la constitution Excommunicamus l’Inquisition : justice.

En 1542 Paul III, inquiet de la propagation du protestantisme institue à Rome la congrégation de l’Inquisition, nommée également congrégation de la Suprême et Universelle Inquisition (dite Suprema).

Enfin en 1965 le Saint-Office devient la Congrégation pour la Propagation et la Doctrine de la Foi.

Il n’y a donc pas une Inquisition, institution monolithique et inchangée mais au moins trois types d’Inquisition qui ont pris des formes différentes selon les temps et les nécessités du moment.

Inquisition temporelle et géographique.

De même est-il bien nécessaire de distinguer trois Inquisition successives et bien différenciées : l’Inquisition médiévale, celle de Grégoire IX qui sévit essentiellement dans le sud de la France, l’Inquisition espagnole, présente uniquement en Espagne du XIVe au XIXe siècle et largement indépendante de Rome et l’Inquisition romaine formée au moment de la Réforme catholique, active à l’époque des Lumières et qui sombre dans une certaine bureaucratie pour finalement disparaître.

Ces distinctions ne sont pas purement rhétorique, elles ont toutes trois leur propre mode de fonctionnement et n’ont pas du tout été créée dans le même esprit ni pour répondre aux mêmes objectifs.

Le plus difficile pour comprendre l’Inquisition n’est pas d’affronter les séances de torture et les instruments diaboliques mais de rentrer dans des schémas de pensée et des cadres mentaux passés et d’accepter que les valeurs et les priorités des hommes des siècles antérieurs puissent être distincts de celles d’aujourd’hui.
Par Jean-Baptiste Noé (www.jbnoe.fr)

 

Inquisition : de quand date la légende noire ?

La légende noire de l’Inquisition a été lancée au 18ème siècle par les historiens des Lumières, soucieux de décrédibiliser le christianisme qui était à l’époque fortement associé au concept de monarchie. Elle continua à être forgée au 19ème siècle par une IIIème République anticléricale et volontiers amnésique en s’appuyant sur le fanatisme caricatural de l’inquisiteur espagnol Torquemada, qui ne fut représentatif que de lui-même.

En histoire, le péché majeur est l’anachronisme. Juger l’Inquisition sur des critères contemporains est toujours une faute. La foi médiévale n’est pas une croyance individuelle, mais un pilier de la société auquel on ne peut porter de coup sans risquer de nuire gravement à toute la communauté. L’Inquisition fut donc plébiscitée par ses contemporains non seulement comme gardienne de l’orthodoxie catholique et donc comme assurance de la cohésion de la communauté, mais aussi comme tribunal progressiste aux méthodes novatrices.

Même si elle a fait des victimes et qu’aucune de celle-ci n’est excusable, les condamnations à mort restent rarissimes (lire ici).

La légende noire de l’Inquisition est toujours alimentée de nos jours par des séries comme Inquisitio, sous couvert de lutte contre l’obscurantisme, aux heures de grande audience.

Broncos beat Bengals in overtime to succeed in post AJ McCarron ty hilton jersey, Starting again at quarterback for the Bengals in the absence of the injured Andy Dalton, Hooked up with No 1 receiver AJ Green for a five yard landing to open the scoring brandon lafell jersey. They made it 14 0 four minutes into the second quarter when wide receiver Mohamed Sanu came in for a wildcat play and rushed for a six yard touchdown derek wolfe jersey. However that lasted only two plays as McCarron fumbled the snap and DeMarcus Ware recovered for Denver to end the game and leave destiny in their own personal hands. unquestionably the Broncos (11 4) does indeed win the AFC West, And claim a first round bye, With a home victory over the san diego chargers next Sunday, so the Bengals cannot now claim the No 1 seed in the AFC and need a Broncos defeat to secure an extra week off custom ravens jersey.