Les grandes étapes de l’évolution intérieure de Catherine 2/3

Sainte Catherine de Sienne est une très grande mystique. La série Inquisitio nous présente une image inventée de Catherine qui est radicalement différente du véritable personnage. Le feuilleton la réprésente comme une fausse mystique usant de procédés chimiques (la mandragore) pour faire de faux miracles. Nous l’avons déja vu : ce n’est historiquement pas exact.

Le témoignage de Raymond de Capoue est éclairant sur ce sujet : il décrit une série d’expériences mystiques et de phénomènes que Catherine a connu. Ils ont tous été des grandes étapes de l’évolution intérieure de Sainte Catherine de Sienne. Voici la deuxième partie du récit de ces grandes étapes.

 

Le Seigneur la guide dans les voies de la perfection 

Ce ne fut ni un homme ni un ange, ce fut lui-même qu’il donna comme maître à son épouse bien-aimée. Comme elle me l’a révélé, le Seigneur Jésus-Christ daigna lui apparaitre dès qu’elle se fut enfermée dans sa cellule et l’instruisit pleinement de tout ce qui pouvait être utile à son âme : « Par ses inspirations ou dans ses apparitions manifestes, il me parlait comme je vous parle maintenant »… Elle m’avoua  qu’au début elle craignit tout d’abord qu’il y eût là quelque piège de l’ennemi, qui se transforme si souvent en ange de lumière. Cette crainte ne déplut nullement au Seigneur. C’est alors qu’il lui donne un enseignement pour reconnaitre si la vision vient de Dieu ou du démon. Cet enseignement sera réexposé par la suite dans le Dialogue. (I-8 p82) 

Les derniers états parfaits de « l’ami et de fils » 

(I-11 p112) Après de durs combats alors que le Seigneur avait retiré sa présence elle reçoit un accroissement de grâce : « ma fille…désormais je t’apparaitrai plus fréquemment et plus familièrement ». Le terme de « fille » est utilisé pour la première fois par le Seigneur. (P113) « le Seigneur…amenait avec lui quelquefois sa très glorieuse Mère, ou le bienheureux Dominique, ou bien encore Marie-Madeleine, Jean l’évangéliste, l’apôtre Paul…Mais souvent il venait seul et s’entretenait avec Catherine comme un ami avec son ami le plus intime. Souvent même le Seigneur se promenait avec elle dans la chambre, ils disaient ensemble les psaumes, comme l’auraient fait deux religieux. 

Catherine illettrée apprend miraculeusement à lire 

Je dis qu’elle savait lire sans l’avoir appris d’aucun homme de ce monde… Elle avait été si bien été instruite par Dieu (à sa demande) qu’elle put déchiffrer tous les caractères aussi bien que l’homme le plus instruit. Tout en lisant très rapidement elle n’était pas capable d’épeler… bien plus elle connaissait à peine les lettres. (I-9 p114) 

Le Seigneur Jésus-Christ l’épouse dans la foi 

Son cœur s’éprit du saint désir d’atteindre le degré parfait de la foi…elle se mit donc à demander au Seigneur qu’il voulut bien lui donner une foi plus grande, si solide que nulle force contraire ne pût la briser et l’abattre. Un jour le Seigneur lui répondit : « Tu as rejeté loin de toi et fui à cause de moi toutes les vanités de ce monde…Voici que moi ton Créateur et ton Sauveur je t’épouse dans une foi que tu conserveras sans aucune atteinte, jusqu’au jour où tu célèbreras dans les cieux avec moi, des noces éternelles. Courage donc ma fille, accomplis désormais virilement et sans aucune hésitation toutes les œuvres que l’ordre de ma Providence te remettra entre les mains. Parce que tu es armée de la force de la foi, tu triompheras de tous tes adversaires ». (I-12).

[1] Les citations proviennent de «La Viede Sainte Catherine de Sienne » – réédité par Ed. Pierre Téqui. Texte original du Bienheureux Raymond de Capoue, l’un des derniers confesseurs de Catherine et écrit entre 1385 et 95, traduit du latin par le R.P. Hugueny, dominicain et édité en 1903 par Ed. Lethielleux. Le chiffre romain correspond à l’une des trois parties de l’ouvrage, le chiffre arabe au  n° du chapitre. Le n° de page correspond à  la nouvelle édition.

Les grandes étapes de l’évolution intérieure de Catherine 1/3

Sainte Catherine de Sienne est une très grande mystique. La série Inquisitio nous présente une image inventée de Catherine qui est radicalement différente du véritable personnage. Le feuilleton la réprésente comme une fausse mystique usant de procédés chimiques (la mandragore) pour faire de faux miracles. Nous l’avons déja vu : ce n’est historiquement pas exact.

Le témoignage de Raymond de Capoue est éclairant sur ce sujet : il décrit une série d’expériences mystiques et de phénomènes que Catherine a connu. Ils ont tous été des grandes étapes de l’évolution intérieure de Sainte Catherine de Sienne. Voici la première partie du récit de ces grandes étapes.

La première rencontre

Un premier contact dès l’âge de 6 ans: Elle voit le Christ revêtu des vêtements pontificaux qui lui sourit et la bénit. A partir de cette heure, notre petite enfant montra dans ses vertus et dans ses mœurs la maturité d’une personne avancée en âge, et une sagesse étonnante. Ses parents sont dans l’étonnement. A 7 ans, sur les pas dela Vierge Marieelle fait un vœu secret de virginité. (I-2 p 27[1]).

Vers l’âge de 12 ans elle découvre la « cellule intérieure »

Lorsqu’elle atteint l’âge nubile vers sa douzième année ses parents commencèrent à penser à son mariage comme c’était la coutume. Ils ignoraient son vœu de virginité. « Mais Catherine, sous l’inspiration du Seigneur découvrit les embûches de l’ennemi ; elle se mit immédiatement avec plus de soin et de courage à prolonger ses oraisons…à fuir toute relation avec les hommes et à montrer aux siens par des signes manifestes qu’elle n’entendait nullement se laisser livrer à un époux corruptible et mortel, alors qu’une grâce si précieuse avait commencé de lui donner dès son enfance, comme immortel époux, le Roi des siècles ». (I-4 p44) Elle subit une longue et dure persécution de la part de ses parents ; ceux-ci « décrétèrent que Catherine n’aurait plus de chambre particulière pour s’y retirer et qu’elle serait occupée tout le jour aux différents services de la maison. Ils pensaient ne lui laisser ainsi aucun lieu et aucun moment pour prier et s’unir à son époux. Afin qu’elle parût davantage vouée au mépris, ils congédièrent une fille de service et employèrent notre vierge aux lavages de la cuisine…Rien de tout cela ne l’ébranla. Elle se fit dans son cœur, sous l’inspiration de l’Esprit saint, une cellule bien secrète, d’où elle résolut de ne jamais sortir pour quelque affaire que ce fut. De la sorte au lieu d’avoir comme auparavant une cellule extérieure où elle pouvait s’enfermer quelquefois mais d’où elle devait sortir de temps en temps, il arriva que s’étant fait une cellule intérieure…elle n’en sortait jamais ». (I-4 p46)Cet épisode est rappelé par Dieu lui-même dans « le Dialogue : « …Ceux qui sont sur le chemin de la perfection observent la doctrine qui tu sais, t’a été donnée par ma Vérité (le Seigneur Jésus-Christ) au début de ta vie alors que tu demandais avec un grand désir comment parvenir à la parfaite pureté. Pendant que tu songeais de quelle façon tu pouvais atteindre cet état tu sais ce qui te fut répondu pendant ton sommeil. Mais la réponse ne se manifesta pas seulement dans ton esprit ; le son d’une voix résonna dans ton oreille, de sorte que si tu te souviens bien, tu revins à la conscience de ton corps alors que ma Vérité te disait « veux-tu arriver à la parfaite pureté et être libérée de tout scandale et que ton esprit ne se scandalise plus de rien ? Eh bien tâche d’être toujours unie en Moi par amour… Il te faut faire encore une autre chose…: Quelle que soit la chose que tu puisses voir faire ou dire, par qui que ce soit, contre toi ou contre d’autres, ne jamais jugerla Volontéqui se manifeste en eux et en toi » /ch100.

[1] Les citations proviennent de «La Vie de Sainte Catherine de Sienne » – réédité par Ed. Pierre Téqui. Texte original du Bienheureux Raymond de Capoue, l’un des derniers confesseurs de Catherine et écrit entre 1385 et 95, traduit du latin par le R.P. Hugueny, dominicain et édité en 1903 par Ed. Lethielleux. Le chiffre romain correspond à l’une des trois parties de l’ouvrage, le chiffre arabe au  n° du chapitre. Le n° de page correspond à  la nouvelle édition.

Catherine de Sienne selon Raymond de Capoue

Catherine est née à Sienne en 1347 dans un milieu d’artisans aisés qui travaillent dans les tissus. La famille vit dans la paroisse des dominicains et Catherine fréquente l’église Saint Dominique et toute sa vie sera imprégnée de l’esprit dominicain.

Vers l’âge de 6 ans elle fait une expérience décisive. Elle voit au dessus de l’église St Dominique le Christ revêtu des vêtements pontificaux entouré des apôtres Pierre, Paul et Jean et de Saint Dominique. Elle voit le Christ lui sourire et la bénir. A partir de ce moment elle se donne à lui sans réserve et apprend progressivement à fonctionner à partir de « la cellule intérieure » du cœur et à converser avec Dieu trinité. En bravant la résistance de sa famille elle s’engage finalement dans une vocation religieuse audacieuse en rejoignant à 16 ans une fraternité laïque dominicaine. Cette fraternité rassemble des hommes et des femmes mariés ou célibataires qui habitent chacun chez soi. Une vie sacramentelle commune et des enseignements les rassemblent régulièrement. Les membres de la fraternité se consacrent aux soins des démunis et en particulier des malades et des prisonniers.La Règle exige que les membres se réconcilient avec leur prochain ce qui les conduit à intervenir dans des conflits domestiques ou publics. Catherine vit dans un premier temps une vie solitaire et très frugale dans la contemplation du Père.

Puis à 20 ans, elle est « épousée dans la foi » par Dieu et appelée à l’apostolat.

A 23 ans elle vitla Passionet une mort mystique ; c’est le temps d’un autre envoi parmi les grands de ce monde. Une communauté ambulante, « la famille », ou la « belle brigade » se forme autour d’elle et l’accompagne dans tous ses déplacements en vivant d’aumônes.

A 25 ans elle entreprend une correspondance intense avec des hommes et des femmes qui peuvent contribuer à la réforme des états et de l’Eglise dans la justice et la paix (370 lettres). Deux ans plus tard la peste fait rage à Sienne et Catherine s’engage sans relâche au service des malades. Elle contracte la maladie mais en guéri comme certains membres de sa communauté grâce à son intervention.

A 28 ans en voyage à Pise elle reçoit les stigmates. Un an plus tard elle se rend à Avignon pour s’entretenir avec le Pape Grégoire XI au sujet de la réforme de l’Eglise et de son retour à Rome. Elle intervient ensuite inlassablement dans les conflits entre les grandes cités, dans le nouveau schisme de l’Eglise à la suite de la mort de Grégoire XI. C’est en 1378, environ deux ans avant sa mort lors d’extases que Catherine dictera l’enseignement qu’elle reçoit de Dieu sous forme de  « Dialogue ». Au cours des dix-huit derniers mois de sa vie Catherine prend sur elle le conflit entre le peuple romain et le Pape. Elle endure un martyre qui finit par causer sa mort après une longue agonie le 29 avril 1380.

Petite biographie inspirée de « La Vie de Sainte Catherine de Sienne » – réédité par Ed. Pierre Téqui. Texte original du Bienheureux Raymond de Capoue, l’un des derniers confesseurs de Catherine et écrit entre 1385 et 95, traduit du latin par le R.P. Hugueny, dominicain et édité en 1903 par Ed. Lethielleux.

Qui était vraiment Catherine de Sienne ?

Catherine de Sienne - Inquistio
Dans la série Inquisitio, Catherine de Sienne est dépeinte comme hystérique inquisitrice, vengeresse et morbide.

Quel fut le rôle de Catherine de Sienne dans le retour des papes à Rome ? Difficile à dire. Mais on sait qu’elle était à Avignon le jour du départ de Grégoire XI et que son activité publique était intense.

Catherine de Sienne est en Avignon lorsque Grégoire XI quitte cette ville pour Rome le 13 septembre 1376. Elle n’a eu de cesse que la papauté retrouve son siège romain et a multiplié les interventions en ce sens. Cependant on sait que Grégoire XI dès son élection a manifesté son désir de regagner Rome, que Brigitte de Suède (+ 1373) est déjà intervenue auprès de lui-même et de ses prédécesseurs et l’on peut s’interroger sur l’influence personnelle de Catherine dans cette décision. Les sources ne permettent pas d’élucider totalement cette question sauf à affirmer qu’elle n’a pas ménagé ses efforts auprès des papes et des plus hautes personnalités politiques et religieuses en faveur de la paix en Italie et de la réforme de l’Eglise pour lesquelles elle jugeait ce retour indispensable.

La biographie de Catherine de Sienne s’appuie sur des ouvrages hagiographiques dont il est difficile de dégager les faits historiques, telle la Legenda major de Raymond de Capoue mais aussi sur ses propres écrits. Trois cent quatre-vingt-deux Lettres ont été conservées, mais sans dates avec des données éparpillées, les éléments factuels et chronologiques ayant été le plus souvent supprimés par les hagiographes. Parmi les nombreux destinataires, des dirigeants politiques, religieux et le pape lui-même auxquels Catherine n’hésite pas à écrire. Le Dialogue et les Oraisons nous renseignent plutôt sur sa spiritualité même s’il est intéressant de relire sa première oraison écrite en 1376 à Avignon alors qu’elle est en pleine action apostolique ou les suivantes tandis qu’elle est à Rome, en pleine crise de l’Eglise.

Elle a incontestablement eu un engagement public très intense. Fille d’un teinturier de Sienne, avant-dernière d’une famille de vingt-cinq enfants, elle serait née en 1347. Elle a à plusieurs reprises des visions, la première en 1352 à Sienne. Elle aurait, dès cette époque, fait vœu de virginité. Elle semble avoir mené ensuite la vie des jeunes filles siennoises de son époque, mais à la mort de sa sœur Bonaventura (1362), et malgré l’opposition de ses parents qui la confinent à la maison, elle mène une vie d’ascèse et de mortifications et entre chez les Mantellate 1. C’est alors qu’elle s’invente sa cellule intérieure 2. Après l’expérience des épousailles mystiques elle met fin à sa vie de recluse (1368) et acquiert peu à peu une grande influence à Sienne et au-delà, jouant un rôle de médiatrice dans les nombreux conflits à l’intérieur des cités et entre cités; elle appartient à l’équipe dirigée par Raymond de Capoue que le pape charge en 1375 de prêcher la croisade. Elle reçoit à Pise (1375) les stigmates, invisibles, et y aurait eu une vision concernant le schisme. Il est possible qu’elle ait écrit alors sa première lettre à Grégoire XI (fin 1375). Elle y plaide pour que le pape, qui doit nommer de nouveaux cardinaux, choisisse des hommes de vertu. Déçue par les nominations, elle écrit à nouveau. Elle est ensuite chargée d’une médiation officieuse entre Avignon et Florence, frappée d’interdit par la suite d’un conflit entre la cité et le pape. De là elle écrit encore au pape lui demandant de nommer des pasteurs qui soient «pères des pauvres ne cherchant que l’honneur de Dieu et le salut des âmes». Elle insiste aussi pour que le pape revienne à Rome. C’est alors qu’elle se rend à Avignon avec des membres de sa famiglia. Elle y arrive le 18 juin 1376 et est reçue en audience en compagnie de Raymond de Capoue par Grégoire XI. Celui-ci quitte Avignon le 13 septembre. La présence de Catherine a peut-être donné le coup de pouce nécessaire à un départ plusieurs fois reporté depuis son élection. Elle-même regagne l’Italie mais par une autre route. Malgré les représentations montrant Catherine aux côtés de Grégoire XI entrant officiellement à Rome le 17 janvier 1377, elle n’y est pas, absorbée alors par la fondation d’un éphémère monastère.

Cependant les hostilités perdurent dans les Etats pontificaux. Catherine écrit à nouveau à Grégoire XI, le suppliant de mettre son autorité au service de la réforme de l’Eglise plutôt que d’en user contre les Florentins. Elle intervient aussi à Sienne où elle n’est pas épargnée par la critique. Au début de 1378 elle accepte un mandat politique et ecclésial et se rend à Florence. Le climat y est tel qu’elle comprend vite qu’aucune négociation de paix ne peut réussir.

Emeutes sanglantes

Elle poursuit cependant sa mission tandis que se déroulent des émeutes sanglantes qui constituent une menace pour sa propre vie. Entre-temps Urbain VI succède à Grégoire XI, mort le 27 mars 1378. Napolitain, il représente un compromis entre les partisans d’un pape romain et ceux d’un pape français. Catherine se réjouit de cette élection mais comprend vite que le pape n’est pas favorable à des négociations de réforme et de paix. Elle lui écrit plusieurs lettres, vers la fin juin 1378, dans lesquelles elle traite de justice et de miséricorde comme inséparables des gouvernements temporel et spirituel de l’Eglise et incite une nouvelle fois à nommer des cardinaux en vue de la réforme. Elle continue à soutenir Urbain VI après l’élection de Clément VII qui ouvre le Grand Schisme. En juillet, l’interdit est levé à Florence et Catherine revient à Sienne. C’est pendant cette période dramatique qu’elle aurait dicté, en état d’extase, Le Dialogue. Convoquée ensuite à Rome, elle y arrive le 28 novembre avec les membres de sa famiglia. Une maison lui est fournie qui lui sert de chancellerie. Elle y entreprend une correspondance en vue d’établir la légitimité d’Urbain VI et de rallier à sa papauté. Elle écrit de nombreuses lettres à toutes sortes de personnages impliqués dans le schisme, tandis que le conflit armé entre les deux papes s’aggrave. Sa santé décline rapidement ce qui ne l’empêche pas de se rendre chaque jour à Saint-Pierre là où se trouvait la mosaïque de la navicella de Giotto. Elle offre sa vie en martyre pour l’Eglise et invite par lettre Raymond de Capoue à se consacrer lui aussi tout entier «au vaisseau de la sainte Eglise». Elle aurait reçu sur ses épaules la navicella de l’Eglise croulant sous les divisions et le péché et aurait été elle-même écrasée sous son poids. Elle meurt le 29 avril 1380.

Source : © Histoire du christianisme magazine (revue disponible en kiosque) 

Inquisitio : les mains de Sainte Catherine de Sienne

Dans cet extrait tiré du 1er épisode d’Inquisitio, Sainte Catherine de Sienne s’empale les deux mains dans les pics d’un candélabre pour montrer au faux pape qu’elle est envoyée de Dieu. L’inquisiteur lui rétorque qu’elle a utilisé des plantes médicinales pour ne pas sentir la douleur.

Inquisitio : extrait avec Sainte Catherine de Sienne from L’Inquisition pour les nuls on Vimeo.

L’idée est bien, pour le réalisateur, de laisser croire qu’il s’agit d’une supercherie. C’est une référence évidente aux stigmates de Catherine de Sienne, sauf que ceux-ci étaient cachés !

Bien entendu, laisser croire que Sainte Catherine soit aussi machiavélique, qu’elle ait besoin d’avoir recours à de tels prodiges pour arriver à ses fins, quitte à se mutiler, avec la vision d’un Dieu qui aime la souffrance, c’est cela la vraie supercherie.

Catherine de Sienne et la politique

Alors qu’en France on daigne donner le droit aux femmes de voter et donc de participer à la vie politique qu’en 1944, nous pouvons voir que le Haut Moyen Age (XIVème siècle), siècle prétendument barbare,  donne une place non négligeable à une simple femme : Catherine de Sienne.

Issue de la bourgeoisie de Sienne, Catherine de Sienne décide de devenir religieuse : elle est marqué par une vie mystique très importante et se lance dans le combat de toute sa vie : restaurer l’Eglise !

Elle part à Florence et rencontre les responsables de Florence (alors en guerre avec le Pape). Ils décident de l’envoyer alors comme ambassadrice afin de tenter de faire la paix entre la ville et le pape d’Avignon. Bien qu’elle ne soit qu’un pion dans une lutte entre les deux villes, elle parvient à Avignon et tente de convaincre le pape de faire la paix avec Florence. La ville envoie une autre délégation d’ambassadeurs qui ignore vertement Catherine de Sienne ce qui conduit à l’échec.

Catherine arrive néanmoins à concrétiser le départ du pape d’Avignon pour Rome (il en avait le projet depuis longtemps, et Catherine est sans doute l’un des éléments déclencheur du retour du pape à Rome (cela faisait 69 ans que les papes avaient quitté Rome !).

Face à ce succès Catherine de Sienne est envoyé comme ambassadrice du pape à Florence. Catherine de Sienne prône la conciliation et demande avec insistance au pape la clémence ! Alors que les guerres font rages entre les villes, Catherine défend la paix face à des luttes d’influences et de pouvoir.  Il est étonnant de remarquer là encore l’étrange rôle politique de cette femme : une simple femme (elle n’a aucun titre de noblesse ou fortune personnelle) représente le pape dans la négociation avec une grande ville d’Italie, et qu’elle écrive au Pape afin de lui conseiller la ligne à suivre ! Alors qu’elle échappe de peu à la mort à Florence (sa maison est brûlée), elle prône non pas la vengeance, mais demande au pape de faire la paix quoi qu’il en coûte avec cette ville ! La paix est finalement signée avec le pape. Catherine partira alors pour écrire son fameux livre Le Dialogue.

Mais les temps troubles se poursuivent et le pape élu est contesté par les cardinaux qui décident d’en élire un nouveau ! Catherine de Sienne part alors à Rome et s’épuise en écrivant aux rois d’Europe, cardinaux, et ville afin de préserver la papauté et fini par mourir la papauté étant en danger.

A l’heure de la parité, il est étonnant de voir l’influence qu’a eue cette femme sur le cours de l’histoire de France. Son influence sur le pape est sans doute essentielle à se retour du pape à Rome. Les nombreuses lettres qu’elle envoie aux différents rois et princes pour défendre les intérêts du pape sont là encore la marque de son influence politique.

La paix avec Florence qu’elle porte à bout de bras, et malgré les rivalités des princes et sans doute aussi l’orgueil de cardinaux qui ne voulaient pas voir le pape humilié face à la ville rebelle auront un impact déterminant dans la suite de l’histoire de la Papauté dans ce qui s’appellera le Grand Schisme de l’Occident.