Combien l’Inquisition a-t-elle fait de victimes ?

Avant de pouvoir répondre à cette question quelques préliminaires sont nécessaires afin de comprendre le fonctionnement de cette ‘institution’.

Tout d’abord l’Inquisition n’a jamais eu le pouvoir de condamner à mort, ce pouvoir là est du registre de l’État. Or l’empereur, les rois ou les princes sont jaloux de leurs prérogatives politiques et n’ont aucune envie de perdre une parcelle de ce pouvoir. L’Inquisition peut remettre une personne au bras séculier, qui pourra ensuite être condamnée à mort, mais la peine de mort en tant que telle n’est pas de sa juridiction.

Il est ensuite difficile d’établir un rapport précis de victimes. Pour cela il faudrait tous les procès-verbaux relatant l’ensemble des peines, or de nombreux documents ont disparu. Les guerres, les incendies, les mauvaises conservations ont contribué à détruire un certain nombre d’archives. L’historien doit donc faire avec les documents disponibles. Les chiffres que l’on obtient ne sont donc qu’une évaluation. Mais les inquisiteurs étant de remarquables greffiers ils ont noté avec grand soin le déroulement de la procédure et les peines infligées.

D’autre part,  l’Inquisition se déploie entre 1231 et le XIXe siècle, soit six siècles, et sur des territoires géographiques et politiques variés. Cette multiplicité renforce la complexité de l’institution et rend difficile un chiffrage précis des victimes.

Enfin il est important de distinguer deux choses dans l’étude des peines : la peine donnée et la peine effectuée. De très nombreuses peines données ont été révisées à la baisse, commuées en une autre peine, ou bien non appliquée. Une personne condamnée à mort ne finit pas nécessairement sur le bûcher mais peut voir sa peine commuée en prison ou en amende.

Ces préliminaires ayant été posés voici les chiffres sur lesquels les historiens se mettent d’accord, après dépouillement des archives. Cela concerne les victimes de l’Inquisition à l’époque moderne (XVIe-XVIIe siècle).

Nombre de procès de l’inquisition espagnole : environ 125 000. Taux de condamnation : entre 1.5% et 2%, soit entre 1875 et 2500 personnes.

Nombre de procès à Venise : 3 600. Taux de condamnation : 0.72%, soit 26 personnes.

Sorcières brulées dans le contexte de l’inquisition :

Espagne : 59.

Italie : 36.

Portugal : 4.

Nombre de sorcières tuées dans les pays protestants :

Allemagne : 25 000.

Liechtenstein : 300, sur une population de 3 000 habitants, soit 10% de la population.

Suisse : 4.000 sorcières brûlées (sur 1.000.000 hab.)

Danemark et Norvège : 1.350 sorcières brûlées.

Pologne et Lituanie : 10.000 sorcières brûlées.

La chasse aux sorcières n’est pas un phénomène médiéval mais moderne. Elle commence à partir du XVIe siècle et dure jusqu’au XVIIIe siècle. Certains films, aidés par l’imaginaire populaire, situent la sorcellerie et sa condamnation à l’époque médiévale, mais c’est un anachronisme. Comme on le voit par ces chiffres, la chasse aux sorcières est un phénomène surtout présent dans les pays protestants, et nettement moins dans les pays catholiques.

Lire aussi, sur le même sujet : L’Inquisition : combien de condamnés à mort ?

10 réponses sur “Combien l’Inquisition a-t-elle fait de victimes ?”

  1. La Pologne et la Lituanie des pays protestants ? Ces pays ont toujours eu une population très majoritairement catholique. Sinon après avoir lu l’ensemble des articles je constate que vous essayez tant bien que mal de sauver les meubles. Au début c’était pas encore l’inquisition, après c’était l’inquisition mais c’était les monarques qui faisaient appliquer les peines de mort et après ce sont les monarques qui instrumentalisent l’inquisition… En gros, c’est jamais la faute de l’inquisition. Belle manœuvre pour faire oublier les vrais coupables de toute cette folie, qui perdure encore aujourd’hui : l’intégrisme, le fanatisme, poussé par la morale « bien pensante » de l’Église. C’est cela qui tue. Le Pape est contre l’IVG pour « sauver la vie » et ses « enfants » vont ensuite assassiner des médecins et lyncher les femmes qui se sont fait avorter. Les nouvelles sorcières. Pour moi, c’est aussi ça l’inquisition.

    1. « Le Pape est contre l’IVG pour « sauver la vie » et ses « enfants » vont ensuite assassiner des médecins et lyncher les femmes qui se sont fait avorter. »

      Où ? Quand ? Cela n’irait pas bien avec le message « défendons la vie ».

    2. La république des 2 nations de Pologne et Lituanie était appellé le pays sans bûché avant l’invasion des Suédois Calvinistes et puis de l’invasion de la Prusse (protestante) et de la Russie (orthodoxe)…cette période s’appelle le « déluge » en Pologne. De nombreux bûchés furent dressés contre les polonais catholiques, ce qui eut pour conséquence d’unifier la Pologne autour du catholicisme.

  2. @Charles R, tout à fait d’accord sur l’intégrisme.
    « l’Inquisition se déploie entre 1231 et le XIXe siècle, soit six siècles, « , mais les données chiffrées commencent au XVIe siècle ?!!!

    Le Liechstenstein n’est pas non plus un pays protestant, un gros tiers des Allemands sont catholiques, et en Suisse, la majorité de la population « croyante » est catholique (et même fort catholique, depuis toujours, comme au Valais, Fribourg, Tessin, Grisons, Saint-Gall, Lucerne, les cantons « primitifs », la moitié d’Appenzell, le Jura).

    Bref, ce site est aussi approximatif que la série qu’il dénonce.

  3. @ Charles R again,
    Avortement : 220 000 morts par an en France. Tandis que l’inquisition, cela fait belle lurette qu’elle est finie… De toute façon, catho ou pas, l’avortement est un suicide de notre société, puisqu’elle met à mort un être vivant qui est scientifiquement un être humain : sur le plan génétique, ce n’est rien d’autre.
    Vous faites donc un faux procés à l’Eglise mon cher Charles.

  4. Le nombre de « victimes », c’est vrai, c’est important. Mais pas tant que les raisons pour lesquelles les gens étaient jugés. Autrement, on ne parlerait pas de victimes mais de coupables ! L’inquisition se voulait méthodique et moderne (par rapport aux procédures judiciaires de l’époque) et c’est finalement l’association de la froideur méthodique avec la passion chrétienne quasi charnelle qui fait horreur. L’époque était mystique, les superstitions nombreuse, mais l’histoire ne retiendra finalement pas cette tentative de rationalisation précoce du clergé au moyen-age. Au contraire, on ne parlera plus que d’un odieux et barbare entêtement devant la raison, raison qui prend un nouvel élan, plus tard, à la renaissance.

    La chasse aux sorcières, j’imagine que cela commençais par de la délation, des rapports de bon voisinage quoi… Personne ne devait se sentir à l’abris, sans doute vivre avec la peur au ventre. Ainsi, au delà de la stricte inquisition, c’est l’ambiance de l’époque qui parvient jusqu’à nous, à travers les distorsions de l’époque. Aussi, je ne doute pas un instant que les forfaits les plus terribles aient été commis par des foules assassines déchaînées dans les rues. Les émeutes étaient nombreuses et si il y avait moyen de diriger la fureur populaire sur des juifs ou des sorcières, l’aubaine était trop belle. En fait, je crois que l’inquisition n’était pas systématiquement perçue comme injuste. Elle offrait un contre-pouvoir à la justice des nobles et des riches, en ce sens qu’ils n’étaient pas à l’abri de l’inquisition. Ce sont souvent les mêmes modèles qui se veulent populaires (révolution française, révolution russe, révolution chinoise) qui finissent en véritables boucheries. Toutefois, si il y a eu « si peu » de condamnation à mort sur tant de procès, c’est que l’inquisition avait conscience de sa condition et qu’elle en prenait la mesure. Bref, je ne serai pas étonné, pour résumer, que l’inquisition ait servi de modèle à la vindicte populaire et que souvent, la population ait réglé ses comptes elle-même afin d’être un peu plus expéditive, de faire monter la pression sur les élites.

    Pourquoi l’inquisition ? On ne sait toujours pas vraiment, pour nous c’est synonyme de ténèbres, c’est l’Église qui empêche la justice et la raison d’évoluer, mais ce n’est pas parole d’évangile non plus. Si ? Non, ça, c’est la propagande de 1789. On ne veut pas remettre en question les acquis, à tel point que tout ce qu’on peut faire, c’est mesurer l’ampleur du supposé désastre. Combien de morts ou combien de mort inutiles, de victimes ? Déjà, ce n’est pas la même question.

    Cordialement.

    1. Et puis, tu sais, vues les méthodes d’instruction et de procès en vue de « manifestation de la vérité » — notamment le jeu « sorcière flotte ? », comme dans « Sacré Graal » —, on n’avait pas besoin d’avoir beaucoup de condamnations à mort pour avoir beaucoup de morts.

  5. @Charles R

    « Le Pape est contre l’IVG pour « sauver la vie » et ses « enfants » vont ensuite assassiner des médecins et lyncher les femmes qui se sont fait avorter. »

    Pouvez-vous fournir un seul cas de catholique ayant, ne serait-ce que frappe, un medecin avorteur? Un seul cas? Une seule phrase d’un ecclesiastique catholique ayant appele a la moindre violence contre les avorteurs (Y compris ceux qui avortent jusqu’a neuf mois)? Idem harcelement de femmes qui liquident leur foetus?
    Pouvez-vous donner un cas de clinique avorteuse qui aide materiellement des femmes a garder leur enfant? En organisant des quetes, ou en les logeant ? Bref, en leur offrant un veritable choix?

    Pouvez-vous, enfin,cliquer sur ce lien:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Nathanson

    Né dans une famille juive, il est devenu athée, et s’est par la suite converti au catholicisme2 avec l’aide de l’Opus Dei, et a été baptisé le 19 décembre 1996 en la Cathédrale Saint-Patrick de New York, des mains du Cardinal O’Connor.

    Bernard Nathanson

    « Diplômé en 1949, spécialiste en obstétrique et gynécologie en 1960, il a fait partie du groupe fondateurs de l’association Pro-choix NARAL qui est à l’origine de la décision judiciaire Roe v. Wade. Puis, après son rapprochement de l’Opus Dei, il est devenu un propagandiste anti-avortement, se déclarant « personnellement responsable de 75 000 avortements » »

  6. La question c’est pourquoi les femmes avortent?
    Un père de l’Eglise (Saint Basile) dit en substance dans sa lettre à ses neuveux que celui qui considère le corps plus important que l’âme s’aveugle lentement à la réalité spirituelle. Il est étonant de constater que plus nous entrons dans une société sensible au virtuel plus nous sommes incapable de reconnaitre la vie réelle, le logos (comme dirait Aristote) présent dans l’animal que nous sommes.
    Quoi! Certainement nous avons fait des progrès. Nous prenons au serieux la loi contre le meurtre par l’abolition de la peine de mort mais pourquoi? N’est ce pas parce que nous pensons que l’homme quelque chose de plus que l’animal? Une chose qui ne passe pas, universelle, une réalité véritable sur laquelle repose les droit de l’homme. Et ce logos n’est-il pas là déjà lorsque le corps de l’enfant est encore une toute petite chose sachant qu’elle se déploie dès la conception de façon harmonieuse puissante et belle, sachant qu’elle ne cesse pas de vaincre le hasard.
    Le regard scientifique n’est pas le seul regard, il à ses limites. Un autre nous permet de voir plus loin. La science ne peut pas dire la beauté, ne peut pas dire l’amour ou le mystère de la personne. Toutes ses choses qui sont aussi réelle que le corps mais qui exigent pour se laisser voir une autre vision. Celle de l’amour. Shakespeare le savait bien qui faisait dire à Hélène dans le songe d’une nuit d’été:
    « L’amour ne voit pas avec les yeux mais avec l’esprit. »
    Pour moi j’ai décidé de regarder l’enfant à naître comme un être à aimer et non une chose à étudier. Un mystère qui demande une conversion. De cette conversion que fait le médecin lorsqu’il passe d’une vision technique sur le corps d’un patient à une façon personnelle et aimable de parler de sa maladie à une personne. Peut-on concevoir un homme qui n’adapterais pas son discours à la personne, comme un robot: »Vous avez un cancer, vous en avez pour quelques mois, c’est vingt euros merci. Celui là serait aveugle et dangereux. Ce ne serais pas simplement humain, c’est simplement accepter de connaitre les limites de la science pour essayer d’éviter la barbarie de certain qui sont allé beaucoup plus loin que nous comme les communistes ou les nazis dont c’étaient les premières lois. (Pardon si je choque, je m’emporte^^Mais bon c’est un fait)

  7. Sauf erreur, le judaïsme autorise l’avortement jusqu’à 40 jours en considérant que le foetus n’est que de l’eau.
    Je crois qu’il en est de même pour l’islam.
    C’est pourtant le même dieu que les Chrétiens sous des noms différents
    Il y aurait donc plusieurs « vérités » dogmatiques…
    Par ailleurs, on considère qu’une personne est morte si son encéphalogramme est « plat » c’est à dire que le cerveau est inerte.
    Que dire alors d’un embryon qui n’a une amorce de cerveau qu’après plusieurs semaines de grossesse ….

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