Idée reçue : « Au Moyen Age, les gens sont incultes »

Ecole au Moyen Age

Historique

Pendant l’Antiquité romaine, les écoles existaient et enseignaient les auteurs classiques, la grammaire, la musique, la rhétorique, la gymnastique…C’est vers 96 que l’expression ‘’éducation chrétienne’’ apparaît sous la plume de St Clément de Rome. La Révélation venait d’être donnée par le Christ, on devait maintenant la transmettre et convertir le monde païen. Cette éducation s’est donc voulue dès le début plus spirituelle qu’utilitaire, avec un enseignement dogmatique et une formation morale.

Comment les premiers chrétiens ont-ils procédé ? Ils n’ont pas créé, dans l’ère de la culture gréco-latine, des écoles qui leur fussent propres. Ils sont entrés dans les écoles traditionnelles et ont juxtaposé leur enseignement religieux à l’instruction classique. Autrement dit, ils n’ont pas fait de révolution. Ils se sont adaptés à la culture classique, en ont recueilli les bons fruits et abandonné tout ce qui pouvait nuire à la vraie foi. Beaucoup de chrétiens ont enseigné dans les écoles de tradition classique. Le premier a été Origène, au IIIe siècle. L’Eglise s’est si bien fondue dans les écoles profanes qu’au IXe siècle elle les a remplacées par les écoles médiévales, unique lieu désormais d’instruction. Grâce à sa méthode d’osmose, elle avait fini par détenir le monopole de l’enseignement. Parmi ces écoles, on distinguait l’école monastique, ordonnée à la vie religieuse ; l’école épiscopale fondée par des évêques et destinée à la formation des futurs évêques ; enfin l’école presbytérale chargée de former le clergé rural, en pleine croissance à l’époque. Ces écoles gardèrent tout l’apport antique en grammaire, en rhétorique, etc. et épurèrent leur enseignement des fausses divinités.

Aux VIIIe et IXe siècles, l’éducation a connu un nouvel essor grâce aux rois carolingiens qui ont su s’entourer de lettrés. Parmi eux, Charlemagne fut celui qui rechercha le plus la compagnie des savants, des philosophes et des théologiens. Il se mit à l’école de Pierre de Pise et d’Alcuin et étudia aussi bien la grammaire que la rhétorique, l’astronomie et la théologie. C’est à partir de son règne et sous son impulsion que s’ouvrent dans les paroisses des écoles destinées à l’instruction des fidèles laïcs, sorte d’ancêtres des écoles primaires. Enfin, c’est lui qui permit le rayonnement des sciences aussi bien profanes que religieuses que le monde barbare ignorait presque totalement.

Au Moyen Age

L’apogée de l’enseignement chrétien s’est situé sans nul doute entre le XIe et le XIIIe siècle. C’est à cette époque qu’a été créé l’enseignement supérieur par lequel les professeurs ont poursuivi la synthèse entre écrits des Anciens et Ecriture Sainte. Au XIIe siècle, Bernard de Chartres affirmait : « Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Nous voyons ainsi davantage et plus loin qu’eux, non parce que notre vue est plus aiguë ou notre taille plus haute, mais parce qu’ils nous portent en l’air et nous élèvent de toute leur hauteur gigantesque« . La possible entente entre ces deux cultures est venue de leur conception commune, au plan naturel, de l’homme : l’une et l’autre l’ont considéré comme une personne, corps et âme, dont il convient de développer toutes les facultés proprement humaines. Les théologiens enseignants du Moyen Age ont donc utilisé la culture classique, grecque notamment, car ils ont compris que la grâce suppose la nature, que pour être un bon disciple du Christ il est nécessaire d’être d’abord un homme capable de réfléchir dans la vérité et d’agir conformément à la droite raison. Partout dans le Royaume de France la soif d’études et de savoir était immense. En même temps, on a vu apparaître de nouveaux hérétiques : cathares et vaudois. Pour les convertir, l’Eglise a redoublé d’efforts dans la formation des théologiens, des clercs et des savants. C’est ainsi que sont nées les universités, à la fois de la volonté de l’Eglise et de l’Etat. L’Eglise voulait en effet former le clergé contre les hérésies et appliquer les réformes. L’Etat, quant à lui, se souciait de se donner une administration compétente qui garantisse la paix sociale. Presque toutes les universités sont apparues dans les trente premières années du XIIIe siècle. En général, elles se sont formées à partir des plus importantes écoles épiscopales de la fin du XIIe siècle. Les plus célèbres sont Paris, Bologne et Oxford. Chaque université comprenait normalement cinq facultés : la faculté préparatoire des arts libéraux (grammaire, philosophie, rhétorique…) et les quatre facultés de théologie, de droit civil, de droit canon et de médecine. La plus fréquentée était celle des arts où peu à peu on a introduit la philosophie d’Aristote.

Contrairement à l’idée répandue, l’enseignement du Moyen Age est mixte et s’adresse à tous, enfants de paysans comme fils de châtelains. Cependant, les fils de grande famille peuvent avoir une institutrice particulière. Les couvents se chargent de l’éducation des filles comme des garçons. Ceci est attesté dès le début du VIe siècle (couvent de St Jean d’Arles) et perdurera jusqu’au XIVe siècle au moins. Le souci d’instruire filles et garçons est attesté par de nombreuses prescriptions d’évêques. Il existe alors quelques établissements laïcs, mais l’immense majorité est religieuse. L’instruction commence à 6 ans et dure jusqu’à 12 ans, voire jusqu’à 17. On trouve même mention d’un monastère (Coyroux) qui accueille les enfants avant l’âge de 5 ans. On chante, on lit, on peint, on apprend l’Ecriture sainte. Les plus grands apprennent la grammaire et les langues anciennes.

L’intrusion progressive de l’Etat dans l’enseignement

A la fin de la Guerre de Cent ans, vers 1450, tandis que le clergé affaibli était incapable de tenir les collèges, ce sont les villes qui ont commencé à rétablir les anciennes écoles et à en fonder de nouvelles dont elles nommaient les régents. Entre 1450 et 1500, les conseils de ville en ont créé environ une vingtaine. En 1715, deux cents villes françaises avaient un collège. Le XVIIIe siècle marqua un tournant dans l’histoire de l’éducation. Déjà à la fin du règne de Louis XIV, l’Etat intervenait de plus en plus dans l’instruction publique, domaine autrefois réservé à la compétence d’abord des clercs puis des communes, des villes et des provinces. Plus que jamais, l’université de Paris était contrôlée par le Parlement. C’est aussi à cette époque que la finalité de l’éducation a commencé à changer. Peu à peu, il ne s’agissait plus d’enseigner pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ont voulu que l’enseignement devienne plus utilitaire, mieux adapté aux besoins de l’industrie, du commerce et de l’armée qui se développaient. Après avoir soutenu les congrégations religieuses enseignantes, la monarchie a commencé à s’en défier. Louis XV a multiplié les écoles royales, concurrentes directes des collèges congréganistes. Nous retrouvons ici toute l’influence des philosophes des Lumières. C’est dès cette époque que l’enseignement classique des humanités et de la religion commença à péricliter au profit des mathématiques.

Les ‘’bienfaits’’ des ‘’Lumières’’

La plus ‘’lumineuse’’ des idées du XVIII e siècle fut que les enfants étaient inintelligents par nature et qu’ils étaient incapables de former des abstractions et donc de parvenir à la connaissance (cf. L’Emile, Jean-Jacques Rousseau). On comprend, sans qu’il soit besoin de développer plus, les ravages d’un tel courant de pensée. Le XVIIIe siècle a donc cantonné les enfants aux travaux manuels et à l’observation des animaux ! De plus, les philosophes, probablement en panne momentanée de lumières, se mirent à critiquer la diversité et la liberté pédagogique des écoles. Ceci déboucha sur la suppression de l’ordre des Jésuites en 1764, laissant des milliers d’élèves sans professeur du jour au lendemain, et à la genèse de ce qu’on appelle déjà une ‘’éducation nationale’’. Par « éducation nationale« , il faut entendre deux idées. La première est que l’éducation relève plus de l’Etat que de la famille. La seconde est celle de l’uniformisation scolaire dans tous les établissements du royaume, le but n’étant plus d’enseigner pour former des hommes vertueux et chrétiens, mais de former des gens pour travailler au bonheur matériel de la nation. Peu à peu, nous sommes passés de l’école éducative, au sens étymologique du terme, à l’école utilitaire. Est-ce par réaction qu’au XVIIIe siècle les collèges ont commencé à se vider ? De plus en plus l’enseignement était donné soit par les pères de famille eux-mêmes, soit par des précepteurs que l’on faisait venir à la maison.

(in ICHTUS au service de la cité, l’Eglise éducatrice des peuples)

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