Moyen Age : mythes et controverses

Quelques mythes et controverses sur le Moyen Age, pour se rafraîchir encore la mémoire.

Les gens ont connu la grande peur de l’an 1000 : Il n’y a pas eu de grande peur de l’an mile pour plusieurs raisons. Beaucoup de gens vivent sans calendrier, donc n’ont pas eu conscience de ce passage. Ceux qui ont connaissance du calendrier ont des calendriers souvent différents ! L’année commence à des dates différentes en Europe : Noël en Angleterre et en Italie, Pâques en France. En outre, les ecclésiastiques comptaient les années à partir de la naissance du Christ pour certains ou de la Passion pour d’autres, ce qui aboutit à 33 ans d’écart selon les chapelles. Enfin, aucun document d’époque n’atteste de phénomène de panique collective aux alentours de l’an mile. Rappelons qu’en 1999, un grand couturier prédit la fin du monde pour l’an 2000. Obscurantiste le XXe siècle ?

L’Inquisition opprimait les gens : L’Inquisition est un tribunal ecclésiastique mis en place à partir des XIIe et XIIIe siècles. Les procédures religieuses sont parfois plus progressistes que celles de l’autorité civile de l’époque : un notaire transcrit tous les débats, les accusés ne sont pas toujours incarcérés durant la procédure et peuvent récuser un juge ou faire appel à Rome. L’usage de la torture reste exceptionnel, moins de 10% des cas, alors que la ‘’question’’ reste massivement pratiquée par les tribunaux séculiers. Dans l’ensemble, l’Inquisition condamne peu. Ce tribunal se contente la plupart du temps de déférer les cas les plus graves aux pouvoirs temporels qui se chargent de condamner et brûler hérétiques, sorcières et sodomites sans elle. La légende noire de l’Inquisition vient en réalité du fanatisme de l’espagnol Torquemada au XVe siècle, qui a marqué durablement les esprits.

L’Eglise a massacré les cathares : L’hérésie inspire à l’homme médiéval autant d’antipathie que les sectes à l’homme moderne. La chasse aux hérésies et notamment au catharisme a donc bénéficié de toute la bienveillance de la société féodale. Il ne serait venu à l’idée de personne d’invoquer une quelconque liberté de conscience, pas plus que de nos jours, la liberté religieuse n’est invoquée pour prendre la défense des sectes (cf notre rubrique sur les cathares).

Les seigneurs ont des droits abusifs sur les paysans : Il existe une abondante légende des droits féodaux, sottisier ne reposant sur aucune preuve et aucune source scientifique comme le rappelle Jacques Heers, médiéviste incontesté et directeur des études médiévales à Paris IV. Citons le droit de ravage, le droit de prélassement et le droit de cuissage qui n’ont existé que dans les cervelles éclairées des ‘’Lumières’’ !

Au Moyen Age, on croit que la Terre est plate : On sait depuis l’Antiquité que la terre est ronde (Pythagore/Parménide adopté par la suite par Platon et Aristote). A la chute de l’empire romain, certains penseurs chrétiens remirent d’abord en doute cette vision païenne de la terre et revinrent momentanément à une représentation plate (Cosmas d’Alexandrie VIe s). Cependant, cela ne dura pas et la plupart des théologiens du Moyen Age défendirent la vision sphérique (l’évêque Isidore de Séville VIIe s. Bède le Vénérable VIIIe s. le dominicain Albert le Grand XIIIe s. et le franciscain Roger Bacon XIIIe s.). L’image de la terre comme sphère n’est plus remise en cause et le désir de pouvoir en faire le tour mûrit

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