Inquisitio : les mains de Sainte Catherine de Sienne

Dans cet extrait tiré du 1er épisode d’Inquisitio, Sainte Catherine de Sienne s’empale les deux mains dans les pics d’un candélabre pour montrer au faux pape qu’elle est envoyée de Dieu. L’inquisiteur lui rétorque qu’elle a utilisé des plantes médicinales pour ne pas sentir la douleur.

Inquisitio : extrait avec Sainte Catherine de Sienne from L’Inquisition pour les nuls on Vimeo.

L’idée est bien, pour le réalisateur, de laisser croire qu’il s’agit d’une supercherie. C’est une référence évidente aux stigmates de Catherine de Sienne, sauf que ceux-ci étaient cachés !

Bien entendu, laisser croire que Sainte Catherine soit aussi machiavélique, qu’elle ait besoin d’avoir recours à de tels prodiges pour arriver à ses fins, quitte à se mutiler, avec la vision d’un Dieu qui aime la souffrance, c’est cela la vraie supercherie.

Daladier, Frot et Chiappe apportera demain à la Commission

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Inquisition : l’histoire contre la légende

« Inquisitio », thriller diffusé sur France 2 au mois de juillet, réunit tous les clichés imaginables sur l’Inquisition. Il faut lire en contrepoint le livre de l’historien Didier Le Fur, qui remet la réalité en perspective.

Du sang, du sexe et de la mort, des bourreaux et des comploteurs, des méchants très méchants et des gentils très gentils : excellents ingrédients pour un thriller. Nicolas Cuche y a recouru sans compter dans Inquisitio, téléfilm dont il est à la fois le concepteur, le réalisateur et le scénariste. L’oeuvre, présentée comme « la saga de l’été », sera diffusée par France 2 lors des quatre mercredis du mois de juillet. Le problème , c’est que ce thriller se déroule au XIVe siècle et que l’auteur, au nom de la « liberté romanesque », mêle sans vergogne l’histoire et la fiction. Pour un historien, l’exercice serait déjà à haut risque. Mais de la part d’un non-historien, il relève de la tromperie quand sont travestis des faits et des personnages qui ont réellement existé et sur lesquels les archives nous renseignent parfaitement. Ce qui est le cas ici. « Inquisitio n’est pas une leçon d’histoire homologuée par une batterie d’experts », reconnaît Nicolas Cuche. Mais l’avouer ne constitue pas une excuse, car le téléspectateur non averti avalera comme authentiques toutes les erreurs et les invraisemblances d’une série qui semble relever du grand Guignol, et non de l’histoire.

Nous sommes en 1370. Le Grand Schisme divise l’Occident : un pape règne en Avignon, l’autre à Rome. A Carpentras, la peste décime la population. Persuadé qu’il s’agit d’un fléau envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs errements et qu’il n’y a rien d’autre à faire que de traquer le péché et l’hérésie, le grand inquisiteur nommé par le pape d’Avignon s’oppose à un médecin juif, esprit éclairé, qui veut éradiquer la maladie. Mais tous deux sont pris dans les péripéties d’un complot fomenté par le pape de Rome, qui veut éliminer son rival d’Avignon.

Un mythe forgé au XIXe siècle

Entre quelques scènes de torture ou de viol, le film donne à voir Clément VII (le pape d’Avignon) dans son bain en compagnie de jeunes personnes dévêtues, des fidèles d’Urbain VI (le pape de Rome) inoculant la peste dans le Comtat Venaissin sur ordre de Catherine de Sienne – la sainte mystique étant réduite à une névrosée aux pulsions meurtrières.
« Inquisitio raconte l’échec et les ravages du fanatisme religieux et de l’intolérance », assure le producteur de la série télévisée. « L’Inquisition, constate en écho l’historien Didier Le Fur, reste dans l’imaginaire collectif un temps de violence et d’abus, le temps d’une justice arbitraire conduite par des religieux. Un temps d’obscurantisme et d’intolérance, un temps de nuit, d’ignorance, où régnait, victorieuse, la superstition » *. Mais le chercheur d’ajouter aussitôt : « La légende fut bien construite. »

Spécialiste du Moyen Age tardif et de la Renaissance, Le Fur publie un livre particulièrement précieux pour ceux qui voudront comprendre quelque chose à l’Inquisition en évitant les divagations d’un feuilleton télévisé. L’origine, les buts, les méthodes et les effets de cette institution médiévale, si contraire à la mentalité contemporaine, y sont exposés en s’appuyant sur les travaux universitaires qui, depuis une trentaine d’années, ont abouti à la déconstruction d’un véritable mythe dont on sait qu’il a été largement instrumentalisé par les anticléricaux. En 1829, sous la Restauration, Etienne-Léon de Lamothe-Langon publiait ainsi une Histoire de l’Inquisition en France dans laquelle, affirmant avoir travaillé à partir de documents inédits tirés des archives ecclésiastiques de Toulouse, il décrivait avec force détails les crimes imputables aux tribunaux inquisitoriaux, alignant noms de victimes, dates et lieux. Dans les années 1970, deux historiens britanniques, Norman Cohn et Richard Kieckhefer, voulurent examiner la thèse de Lamothe-Langon à partir de ses sources originales : quelle ne fut pas leur surprise de constater que les archives en question n’avaient jamais existé ! « Le texte de Lamothe-Langon, raconte Didier Le Fur, est aujourd’hui considéré comme une des plus grandes falsifications de l’histoire. »

Combattre l’hérésie cathare

L’Inquisition médiévale, fondée au XIIIe siècle, possède une légende noire qui doit beaucoup à la confusion avec les excès de l’Inquisition espagnole, organisation politico-religieuse née au XVe siècle et destinée à assurer la cohésion sociale du nouveau royaume de Castille et d’Aragon sur la base de l’unité de foi. En Provence et dans le Languedoc, les tribunaux ecclésiastiques institués dans les années 1230 avaient pour but, eux, de réduire les hérésies, notamment celle des cathares. Refusant l’arbitraire, ils procédaient de façon formaliste et même paperassière (inquisition vient du latin inquisitio qui signifie « enquête »), interrogeaient des accusés qui avaient le droit de produire des témoins à décharge et de récuser leurs juges. En un temps où la justice civile utilisait la torture, ces tribunaux n’y recouraient que dans des situations codifiées, prononçaient parfois des acquittements, le plus souvent des sentences religieuses (réciter des prières, faire des pèlerinages), les condamnations à mort étant rares, et jamais exécutées par l’Eglise. Ajoutons que les Juifs ne tombaient pas sous le coup de ce système, fondé pour réprimer l’hétérodoxie chrétienne.
A l’origine, écrit Didier Le Fur, le motif de l’Inquisition « était tout à fait honorable : sauver les âmes et conserver la chrétienté ». Son déclin s’esquissera dès les années 1270, les hérésies vaincues, les inquisiteurs ne poursuivant plus que sorciers et magiciens, avant d’être supplantés, au XIVe siècle, par les magistrats laïcs du pouvoir royal.

Aux hommes d’aujourd’hui, y compris aux chrétiens, le contrôle social des consciences et des comportements religieux paraît inconcevable, ce qui rend l’Inquisition incompréhensible et injustifiable. Mais il n’en était pas de même au Moyen Age, Didier Le Fur explique pourquoi. L’historien n’a pas à juger le passé : son devoir est de l’expliquer.

Article publié dans le Figaro Magazine du 29 juin 2012, reprodruit ici avec l’aimable autorisation de son auteur, Jean Sévillia (www.jeansevillia.com)

* L’Inquisition. Enquête historique, France, XIIIe-XVe siècle, de Didier Le Fur, Tallandier.

Pratique quotidienne : le manuel de l’inquisiteur

Dans la pratique quotidienne des inquisiteurs, les manuels ont une place importante.  

De tous ces documents, le plus connu est le petit manuel rédigé par l’inquisiteur du tribunal de Toulouse Bernard Gui, le héros du roman puis du film Le nom de la rose. (Dissipons immédiatement tous malentendus, Bernard Gui n’est pas le moine sadique présenté dans le film, tous louent au contraire sa modération et son Manuel de l’inquisiteur ne cesse d’y exhorter ses lecteurs. Il n’est pas mort non plus en tombant de son carrosse sur une roue mais chez lui, dans son évêché de Lodève, le 31 décembre 1331.)

Bernard Gui est un théologien et un érudit si important de son temps qu’il a rédigé l’hagiographie et la bibliographie de saint Thomas d’Aquin lors de sa canonisation.

Que nous apprends alors son manuel d’inquisiteur ? Il nous en apprend beaucoup sur l’Inquisition mais surtout sur la mentalité des inquisiteurs eux-mêmes.

Le manuel commence par une description des principales hérésies rencontrées : nouveaux manichéens (les cathares), vaudois, béguines, pseudo apôtres. Il s’efforce de présenter leur rite, leur dogme, leur façon de penser et de vivre sur un ton si neutre qu’une lecture distraite pourrait faire croire qu’il y adhère.

Puis il nous montre en quoi ces dogmes sont erronés, là où se trouve l’erreur, enfin il propose une série de questions à poser à chaque hérétique ou personne soupçonnée d’hérésie, des questions très simples comme « avez-vous rencontrés des vaudois auparavant ? » « Avez-vous participé à une cérémonie de consolamentum ? », le but étant de faire éclater la vérité. Surtout il comprend que chaque groupe agit et raisonne différemment et qu’il n’est donc pas possible d’adopter la même méthode pour tous. En véritable médecin des âmes il propose des solutions adaptées à chaque cas :

De même qu’un remède unique ne convient pas à toutes les maladies et que la médication diffère selon les cas particuliers, ainsi l’on ne peut employer pour tous les hérétiques des diverses sectes le même mode d’interrogation, d’enquête et d’examen ; mais on doit utiliser une méthode particulière et propre à chacun, comme s’il s’agissait de plusieurs.

Et Bernard Gui de poursuivre :

En conséquence l’inquisiteur, en prudent médecin des âmes [. . .] procédera avec précaution au cours de l’enquête et de l’interrogatoire.

 

Par Jean-Baptiste Noé (www.jbnoe.fr)

Inquisitio ou la confusion chronologique

 

Annelise Hesme, « Madeleine » dans Inquisitio

Voici un bel exemple d’erreur chronologique de cette série qui se veut « historique ». Dans une interview de présentation réalisée pour France 2, Annelise Hesme, la comédienne qui joue le rôle de Madeleine, a tenu les propos suivants :

« Madeleine est une femme qui récuse l’autorité des hommes et qui veut juste l’égalité. Mais elle est arrivée trop tôt. Maintenant on comprend les féministes mais en 1100 et quelque c’étaient juste des sorcières. »

En 1100 nous dit-elle. Mais l’Inquisition a été créée en 1231, par le pape Grégoire IX, avec la promulgation de la constitution  Excommunicamus.

La chasse aux sorcières, à laquelle l’actrice fait référence, n’a commencé qu’à partir du milieu du XVe siècle, et connaît son apogée au XVIe-XVIIe siècle. Soit quatre siècles après 1100.

Quant à l’action générale de la série, elle se déroule en Avignon, dans les territoires appartenant aux papes. Or, c’est à partir de 1309 et l’élection de Clément V que ceux-ci viennent habiter dans cette ville, afin d’échapper aux tensions politiques de Rome et à l’affrontement des grandes familles. Après plusieurs péripéties le pape rentre à Rome en 1377. Dès l’année suivante, en 1378, débute le Grand Schisme d’Occident, qui se termine en 1417.

La confusion chronologique de cette série semble donc totale.

Qu’est-ce que l’Inquisition ?

Créée en 1231 par le pape Grégoire IX avec la constitution Excommunicamus l’Inquisition : justice.

En 1542 Paul III, inquiet de la propagation du protestantisme institue à Rome la congrégation de l’Inquisition, nommée également congrégation de la Suprême et Universelle Inquisition (dite Suprema).

Enfin en 1965 le Saint-Office devient la Congrégation pour la Propagation et la Doctrine de la Foi.

Il n’y a donc pas une Inquisition, institution monolithique et inchangée mais au moins trois types d’Inquisition qui ont pris des formes différentes selon les temps et les nécessités du moment.

Inquisition temporelle et géographique.

De même est-il bien nécessaire de distinguer trois Inquisition successives et bien différenciées : l’Inquisition médiévale, celle de Grégoire IX qui sévit essentiellement dans le sud de la France, l’Inquisition espagnole, présente uniquement en Espagne du XIVe au XIXe siècle et largement indépendante de Rome et l’Inquisition romaine formée au moment de la Réforme catholique, active à l’époque des Lumières et qui sombre dans une certaine bureaucratie pour finalement disparaître.

Ces distinctions ne sont pas purement rhétorique, elles ont toutes trois leur propre mode de fonctionnement et n’ont pas du tout été créée dans le même esprit ni pour répondre aux mêmes objectifs.

Le plus difficile pour comprendre l’Inquisition n’est pas d’affronter les séances de torture et les instruments diaboliques mais de rentrer dans des schémas de pensée et des cadres mentaux passés et d’accepter que les valeurs et les priorités des hommes des siècles antérieurs puissent être distincts de celles d’aujourd’hui.
Par Jean-Baptiste Noé (www.jbnoe.fr)

 

Hérésies cathares : polémiques et petites phrases…

Polémiques et petites phrases…

• Les croisades contre les albigeois ne sont pas une entreprise menée par le Pape destinée à déposséder le comte de Toulouse de ses terres du Languedoc. En effet, à aucun moment le Languedoc n’est revendiqué par le Pape. Le traité de Meaux le cède en 1229 à la couronne de France.

• Les croisades contre les albigeois ne sont pas non plus une entreprise menée par la dynastie capétienne à des fins de conquête territoriale, puisqu’à l’origine, Philippe Auguste ne voulait pas y participer. La confiscation de territoire est une pratique normale lorsqu’un seigneur se rebelle contre l’autorité. Elle a été une conséquence de la défaite de Raymond 7 et non une finalité.

• Les croisades contre les Albigeois ne sont pas l’expression du fanatisme chrétien. Défendre l’orthodoxie chrétienne est, à cette époque, non seulement normal mais fait même partie des bonnes actions que tout un chacun se doit de mener. Les croisades et l’Inquisition ont été généralement bien accueillies par l’homme du 12ème siècle à qui l’hérésie fait profondément horreur.

• Le Pape a du sang sur les mains… de manière toute relative ! La prise d’armes intervient après une longue période de prédication et de catéchèse. Elle a été évitée le plus longtemps possible. Les actions militaires sont l’œuvre de seigneurs temporels et des rois de France. La prise de Montségur est un acte militaire, elle a été faite par des soldats, non par des religieux. Les parfaits qui brûlèrent à Montségur se sont immolés, ils n’ont pas été précipités dans le bûcher par l’Eglise. Parallèlement aux actions militaires, l’Eglise continue sa politique de mission et de prêche qui n’a jamais été abandonnée au profit exclusif des armes.

• Les cathares ne sont pas de doux innocents qui se sont laissé massacrer sans rien dire. Le Comte de Toulouse massacre les habitants de Pujols en 1213. Les cathares, minoritaires, ne reculent pas devant la force pour s’imposer : ‘’Pierre Clergue faisait couper la langue d’une ex-camarade. Les Junac, eux, étranglent de leurs blanches mains, ou peu s’en faut, le père de Bernard Marty, suspect de trahison à leur égard’’. In Montaillou, village occitan d’Emmanuel Le Roy Ladurie.

• Les croisades contre les Albigeois n’ont pas été un génocide. Les cathares restent minoritaires, même si l’hérésie se répand vite. Leur suppression n’a pas laissé le pays exsangue ni démographiquement, ni économiquement (Histoire des cathares de Michel Roquebert).

• Enfin, last but not least, la fameuse petite phrase ‘’Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens’’ qui aurait été prononcée par Arnaud Amaury au sac de Béziers en 1209 est clairement apocryphe. La formule ne figure dans aucune source d’époque. Elle apparaît cinquante ans plus tard dans le Livre des miracles écrit par Césaire de Heisterbach, moine allemand dont Régine Pernoud précise qu’il est ‘’un auteur peu soucieux de l’authenticité’’.

Quelle réaction de l’Eglise au catharisme ?

La réaction de l’Eglise

Comme à chaque hérésie, l’Eglise convoque d’abord un concile pour examiner la pertinence de l’hérésie. En fait, entre 1119 et 1215, ce ne sont pas moins de 7 conciles qui analysent et condamnent les thèses cathares !

1 – La mission

Comme on le voit, le combat est d’abord théologique et missionnaire. ‘’La foi doit être persuadée, non imposée’’ affirme Bernard de Clairvaux. ‘’Mieux vaut absoudre les coupables que s’attaquer par une excessive sévérité à la vie d’innocents’’ renchérit le Pape Alexandre 3, ou encore ‘’L’indulgence sied mieux aux gens d’Eglise que la dureté’’. Un gros effort de rééducation chrétienne est fait dans le midi toulousain, d’abord confié aux évêques locaux et au clergé. Mais cette démarche n’obtient que peu de résultats. En effet, certains évêques possèdent des liens familiaux avec des seigneurs acquis au catharisme. Ils se montrent donc peu empressés d’évangéliser. Quant au bas clergé, il ferme souvent les yeux pour avoir la paix…La papauté fait alors appel à des personnalités venues du nord de la France. Saint Bernard de Clairvaux effectue une tournée de prédication dans le midi. Sans résultat, là encore.

La papauté ne se décourage pas et continue à envoyer des missionnaires. En 1200, c’est Pierre et Raoul de Castelnau, deux frères cisterciens, qui vont de village en village, haranguant les fidèles. En 1204, Arnaud Amaury, abbé de Cîteaux, leur prête main forte et prêche beaucoup autour d’Albi. En 1205, Diego, évêque d’Osma et son sous-prieur de chapitre, Dominique de Guzman, se consacrent à leur tour à la lutte contre l’hérésie. Ils parcourent la campagne pieds nus, sans équipage et sans argent, multipliant les conférences contradictoires avec les représentants du catharisme. Ils obtiennent 150 retours à l’Eglise à Montréal, près de Carcassonne, en 1206. La même année, à Fanjeaux, Dominique fonde un couvent avec des hérétiques converties. Dix ans plus tard, l’ordre des Dominicains nait à Toulouse.

Enfin, en 1213, Innocent 3 pose les bases d’un tribunal ecclésiastique pour juger les hérétiques. C’est Grégoire IX qui par sa bulle Excommunicamus fondera l’Inquisition en 1231. Celle-ci est généralement bien accueillie par la population qui a à cœur de voir le catharisme disparaître (cf notre rubrique sur l’Inquisition).

2 – L’intrusion du temporel

Mais, la lutte contre le catharisme va prendre un tour militaire. En effet, les troubles à l’ordre social sont tels que dès 1177, le comte Raymond V de Toulouse ordonne aux cathares de renoncer à leurs pratiques. Mais, son successeur, Raymond 6, se montre beaucoup plus conciliant avec eux. Il espère en effet récupérer les biens de l’Eglise. Excommunié et absous deux fois, il continue à tolérer le prosélytisme des parfaits. En 1207, Innocent 3 pousse alors le roi Philippe Auguste à intervenir. Mais, celui-ci se montre bien peu empressé : il redoute l’ingérence du Pape dans son royaume. De plus, il est occupé ailleurs, il combat contre les Anglais. En 1208, c’est l’incident majeur. Pierre de Castelnau est assassiné et on soupçonne Raymond 6 d’avoir commandité le crime. Innocent 3 décide alors de prêcher la croisade contre les hérétiques.

La croisade commence en 1209, sans le concours du roi de France qui s’en tient à sa position initiale. C’est Simon de Montfort, un seigneur d’Île-de-France, qui prend la tête des opérations. Nombre de chevaliers languedociens l’accompagnent. Raymond 6 subit d’abord plusieurs défaites à Béziers, Carcassonne et au Muret (1213). En 1218, au siège de Toulouse, Simon de Montfort est tué. Son fils Amaury prend la relève. En 1224, il est battu par le nouveau comte de Toulouse Raymond 7. En 1226, le roi a changé. C’est désormais Louis 8 qui, plus soucieux que son père de l’issue du conflit, lance une expédition. Mais la mort prématurée du monarque l’interrompt un temps. Elle est reprise en 1227 et aboutit à la signature du traité de Meaux en 1229 par lequel Raymond 7 cède le Bas Languedoc à la couronne. Il conservera tout de même le Toulousain, l’Agenais et le Rouergue. Le comté de Toulouse reviendra cependant à la France à la mort de Raymond 7. La croisade est terminée, mais pas le problème cathare.

Dix ans plus tard, le vicomte Raymond Trencavel, vassal de Raymond VII, se rebelle mais est vaincu par les troupes royales en 1240. Saint Louis lui fait promettre de détruire Montségur, qui depuis 10 ans forme le dernier bastion spirituel et militaire du catharisme. Raymond VII s’exécute mollement et, sans surprise, échoue. En 1242, deux inquisiteurs sont assassinés à Avignonet, près de Toulouse, à l’instigation de Raymond 7 à nouveau dressé contre le roi. Alors, en 1244, c’est l’armée royale qui prend possession de Montségur. Refusant d’abjurer, 225 parfaits (chiffre incertain) montent sur un bûcher géant et leur repaire est détruit. Les ruines qui se dressent sur l’actuel site de Montségur sont en réalité celles d’une forteresse royale construite après le rattachement du Languedoc à la France. Il en est de même pour les autres châteaux dits cathares de la région.

Qu’est-ce-que le catharisme ?

Le catharisme est probablement une émanation du bogomilisme, une hérésie bulgare arrivée en Rhénanie et dont on retrouve les idées en Lombardie et dans le midi de la France. Le mouvement vaudois en est un avatar.

Les cathares ne se désignent pas ainsi. Entre eux, ils s’appellent ‘’bons chrétiens’’, ‘’vrais chrétiens’’ ou ‘’bons hommes’’. Leur pensée repose sur un dualisme absolu. Elle oppose deux principes éternels, le bon qui a enfanté le Bien, l’âme, les esprits. Et le mauvais qui est à l’origine du Mal, du corps, de la matière. Selon le catharisme, c’est donc Satan qui a créé l’univers (car matériel) et non Dieu. Avouons que la pilule est dure à avaler pour un chrétien médiéval !

Mais, ce n’est pas tout. Le catharisme réinterprète complètement les évangiles. Jésus est un ange dont la vie terrestre n’a été qu’une illusion. Il n’a pas souffert pendant sa Passion, n’est pas mort et n’a pas eu à ressusciter. Marie, de même, était un pur esprit aux apparences humaines. D’un point de vue doctrinal, le catharisme est donc en totale opposition avec le christianisme.

Les cathares se divisent en deux sortes de fidèles : les croyants et les parfaits. Chaque croyant a vocation à devenir parfait. Le parfait a quitté sa famille, vit en communauté, suit un régime végétarien en se nourrissant le moins possible et observe une stricte continence sexuelle. Les parfaits condamnent le mariage car ils n’admettent pas les relations charnelles, celles-ci étant l’émanation du Mal. De même, ils considèrent la procréation criminelle car mettre un enfant au monde, c’est précipiter une nouvelle âme dans le royaume du Mal ! Cerise sur le gâteau, certains parfaits admettent les relations sexuelles, mais étant contre le mariage, ils en arrivent à prôner le libertinage !

Le catharisme récuse donc la doctrine chrétienne, l’Eglise qui en est la gardienne, la famille, la propriété et le serment, base de la société féodale. Parallèlement à cela, les cathares obéissent à une hiérarchie secrète, observent des rites initiatiques, ont des ‘’évêques’’, des ‘’diocèses’’ et tiennent ‘’conciles’’. Critiquer l’orthodoxie en place, critiquer la hiérarchie de l’Eglise tout en en reproduisant les structures, couper l’individu de sa famille, le dépouiller de ses biens, ne sont-ce pas là les manières d’une secte ?

Quoiqu’il en soit, le catharisme progresse vite dans le midi de la France. La noblesse est touchée 100 ans après les premiers balbutiements de l’hérésie. Des corporations entières d’artisans se convertissent. A Béziers, en 1209, 10% de la population est cathare.