Idée reçue : « Au Moyen-Age, les paysans sont pauvres et meurent de faim »

Encore une autre idée reçue qui alimente les fantasmes autour de l’Inquisition : au Moyen-Age, les paysans sont pauvres et meurent de faim.

Faux. Le paysan n’est pas forcément pauvre : il se marie (ce qui lui permet de percevoir une dot), il hérite ou réussit dans ses récoltes et peut donc être plus aisé que des petits nobles ruinés par une guerre.

N’étant pas pauvres, les paysans ne meurent pas non plus forcément de faim ! On mange alors beaucoup de céréales, de bouillies, de galettes, du pain, du potage avec du lard (pois, navets, choux mais pas de pomme de terre !), des fruits (prunelles, nèfles, baies sauvages). De manière exceptionnelle œufs, poisson, petit gibier, laitages. La viande est rare (on tue un porc par an pour 5 à 6 personnes). On boit de la bière, du vin, de l’eau. Chez les paysans plus aisés, la viande est la base de l’alimentation. La privation du Carême consiste d’ailleurs à ‘’faire maigre’’, c’est-à-dire à se priver de viande, preuve que cette denrée était répandue.

Idée reçue : « Au Moyen-Age, les paysans sont tous esclaves »

Parmi les idées reçues autour de l’Inquisition, circule celle selon la quelle les paysans sont tous esclaves au Moyen-Age.

C’est doublement faux. D’une part, les paysans ne sont pas esclaves, ils sont serfs. D’autre part, ils ne sont pas tous serfs.

Le serf médiéval n’a rien à voir avec l’esclave gréco-romain. D’abord, ce n’est pas une chose, mais un homme. Le seigneur n’a pas droit de vie et de mort sur lui comme le pater familias romain sur son esclave. Le serf peut se marier, avoir des enfants, hériter et posséder des biens. Il obtient la part de moisson de la terre qu’il cultive. A sa mort, sa terre et ses biens reviennent à ses enfants et non au seigneur. Autant de droits reniés à l’esclave romain.

Ensuite, le servage n’est pas une catégorie sociale, mais un état qui peut être temporaire. En effet, le serf peut racheter son servage. Le serf n’appartient pas à son seigneur, mais à sa terre. Certes, être attaché à sa terre peut être vu comme une privation de liberté. Cependant, en période de disette, de guerre ou d’instabilité politique, c’est plutôt une garantie contre l’expropriation arbitraire ou l’enrôlement forcé. Il est recensé des cas d’hommes libres qui se sont faits serfs par intérêt. Le seigneur se doit, à une toute autre échelle, aux mêmes obligations que le serf : il ne peut ni vendre, ni aliéner, ni déserter sa terre car elle ne lui appartient pas en propre, mais elle appartient à sa lignée. Le seigneur n’en a qu’un droit d’usage, tout comme le serf !

Tous les paysans ne sont pas serfs. Beaucoup sont des hommes libres qui peuvent louer leur terre au seigneur, se louer comme saisonniers ou être propriétaires.

Au fil du temps, les incapacités frappant les serfs se transforment en taxes. Puis le servage recule. L’essor urbain pousse certains à renoncer à la terre, ce qui les affranchit de fait. Un paysan libre obtenant de meilleurs résultats et risquant moins de partir vers la ville, les seigneurs abandonnent peu à peu le servage. Un serf peut racheter sa liberté, individuellement ou collectivement (négocié par la communauté villageoise). Notons que l’Eglise encourage ce mouvement d’émancipation qui s’accélère dès le IXe siècle. Le moine Suger, ami et conseiller de Louis VI et de Louis VII, est fils de serfs. A la mort de Saint Louis, le servage a pratiquement disparu en France.

Il est intéressant de noter que l’esclavage fut la base des civilisations grecque, romaine et égyptienne, les ‘’grandes civilisations’’ que la Renaissance admirera. L’esclavage réapparaitra justement au XVIe s. et sera par la suite largement pratiqué dans les colonies d’Amérique puis françaises pour n’être aboli qu’en 1848. Simple hasard ? Notre époque éprise d’orientalisme admire quant à elle la civilisation musulmane qui fut elle aussi éminemment esclavagiste. Cessons donc d’avoir honte de notre passé chrétien. L’esclavage avait totalement disparu de France du VIe s. au XVIe s ; et c’est clairement grâce au christianisme.

Catherine de Sienne et la politique

Alors qu’en France on daigne donner le droit aux femmes de voter et donc de participer à la vie politique qu’en 1944, nous pouvons voir que le Haut Moyen Age (XIVème siècle), siècle prétendument barbare,  donne une place non négligeable à une simple femme : Catherine de Sienne.

Issue de la bourgeoisie de Sienne, Catherine de Sienne décide de devenir religieuse : elle est marqué par une vie mystique très importante et se lance dans le combat de toute sa vie : restaurer l’Eglise !

Elle part à Florence et rencontre les responsables de Florence (alors en guerre avec le Pape). Ils décident de l’envoyer alors comme ambassadrice afin de tenter de faire la paix entre la ville et le pape d’Avignon. Bien qu’elle ne soit qu’un pion dans une lutte entre les deux villes, elle parvient à Avignon et tente de convaincre le pape de faire la paix avec Florence. La ville envoie une autre délégation d’ambassadeurs qui ignore vertement Catherine de Sienne ce qui conduit à l’échec.

Catherine arrive néanmoins à concrétiser le départ du pape d’Avignon pour Rome (il en avait le projet depuis longtemps, et Catherine est sans doute l’un des éléments déclencheur du retour du pape à Rome (cela faisait 69 ans que les papes avaient quitté Rome !).

Face à ce succès Catherine de Sienne est envoyé comme ambassadrice du pape à Florence. Catherine de Sienne prône la conciliation et demande avec insistance au pape la clémence ! Alors que les guerres font rages entre les villes, Catherine défend la paix face à des luttes d’influences et de pouvoir.  Il est étonnant de remarquer là encore l’étrange rôle politique de cette femme : une simple femme (elle n’a aucun titre de noblesse ou fortune personnelle) représente le pape dans la négociation avec une grande ville d’Italie, et qu’elle écrive au Pape afin de lui conseiller la ligne à suivre ! Alors qu’elle échappe de peu à la mort à Florence (sa maison est brûlée), elle prône non pas la vengeance, mais demande au pape de faire la paix quoi qu’il en coûte avec cette ville ! La paix est finalement signée avec le pape. Catherine partira alors pour écrire son fameux livre Le Dialogue.

Mais les temps troubles se poursuivent et le pape élu est contesté par les cardinaux qui décident d’en élire un nouveau ! Catherine de Sienne part alors à Rome et s’épuise en écrivant aux rois d’Europe, cardinaux, et ville afin de préserver la papauté et fini par mourir la papauté étant en danger.

A l’heure de la parité, il est étonnant de voir l’influence qu’a eue cette femme sur le cours de l’histoire de France. Son influence sur le pape est sans doute essentielle à se retour du pape à Rome. Les nombreuses lettres qu’elle envoie aux différents rois et princes pour défendre les intérêts du pape sont là encore la marque de son influence politique.

La paix avec Florence qu’elle porte à bout de bras, et malgré les rivalités des princes et sans doute aussi l’orgueil de cardinaux qui ne voulaient pas voir le pape humilié face à la ville rebelle auront un impact déterminant dans la suite de l’histoire de la Papauté dans ce qui s’appellera le Grand Schisme de l’Occident.

Inquisition : quelle est la procédure ?

Tout d’abord se trouve la citation. Un soupçon, une rumeur, une dénonciation ou une accusation peuvent amener à comparaître. La citation est adressée au curé de la paroisse de la personne citée qui en informe ensuite le paroissien toujours accompagnés de témoins.

Le prévenu dispose d’un certain délai pour comparaître. Si à l’achèvement de ce délai il n’a pas comparu il est alors désigné contumace et encourre l’excommunication provisoire. Au bout d’un an s’il n’est pas venu l’excommunication peut être définitive. Les fidèles du lieu ont l’obligation de le dénoncer.

Vient ensuite le mandat de capture. Si la personne est dangereuse l’inquisiteur mande un légat qui le représente pour capturer la personne et l’amener devant le tribunal. Les frais de captures sont à la charge du capturé.

Puis à lieu l’interrogatoire. Lors de cette phase plusieurs personnes sont présentes.

Il y a un inquisiteur pour interroger, deux religieux pour discerner, un notaire pour consigner les paroles du prévenu. La culpabilité est établie de deux façons, soit par l’aveu de la personne, soit par une preuve testimoniale.

Cela est très important, nul ne peut être condamné par simple soupçon, il faut soit que l’intéressé reconnaisse sa faute soit qu’on apporte la preuve de sa culpabilité. C’est alors à l’inquisiteur d’extirper l’aveu ou de trouver la preuve.

Lors de l’interrogatoire des témoins peuvent être amenés à comparaître, pour charger ou pour défendre. Si les dépositions des témoins peuvent être communiquées au prévenu les noms sont en revanche tenus secrets pour éviter les représailles. Dans la hiérarchie de la découverte de la vérité l’aveu à plus de valeur que la preuve. Pour faire avouer on peut user de la prison, avec différents degrés de restriction de liberté. Comme nous l’avons vu la torture (la question) est possible mais elle doit éviter toute mutilation et tout danger de mort.

Au début du XIVe siècle Clément V publie les constitutions Multorum querela et Nolentes par lesquelles il demande que la question, la sentence définitive et la surveillance appartiennent conjointement aux évêques et aux inquisiteurs. Ces derniers ne sont donc plus des juges dénués de tous liens avec les diocèses, quant aux évêques ils trouvent par là un regain d’autorité dans leur territoire. Jean XXII demande par la suite aux inquisiteurs de communiquer les dossiers aux ordinaires.

Après l’interrogatoire la sentence. Elle est prononcée dans le cadre d’un « sermon général » très solennel. La sentence est prise lors d’une délibération commune entre un religieux, des clercs séculiers, les prud’hommes et les jurisconsultes.

De même elles sont toujours révisables et d’ailleurs souvent revues.

Les condamnés à mort sont remis au pouvoir séculier qui est le seul habilité à exécuter la sentence. Si le condamné à mort se repend il est rendu à l’Inquisition par la cour laïque et doit alors collaborer avec le Suprema pour retrouver les autres membres de sa secte.

S’il est relaps, il est condamné au bûcher mais s’il reconnaît ses torts, il reçoit alors le sacrement de pénitence et l’eucharistie lui assurant ainsi de pouvoir gagner la vie éternelle.

Les inquisiteurs ont bien compris l’utilité d’être clément car ainsi les hérétiques dénoncent beaucoup des leurs et permettent par là même de mieux combattre les déviants.

Par Jean-Baptiste Noé (www.jbnoe.fr)

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