Pourquoi une vision si négative du Moyen-Age ?

Moyen-Age - Château Suscinio

Le Moyen-Age des épidémies, guerres et famines n’existe-t-il donc pas ? Il existe, mais il se réduit à période de la guerre de Cent Ans (1337-1453) qui fut marquée par la grande peste noire de 1348 et les jacqueries. Or, un siècle, ce n’est pas 1000 ans.

D’où vient donc cette sombre légende du Moyen-Age ? Il y eut plusieurs causes. D’abord, les humanistes se désintéressèrent du Moyen-Age par une réaction de retour à la culture gréco-romaine dans les arts, mais aussi dans le domaine législatif. Les philosophes des ‘’lumières’’ et les révolutionnaires de 1789 avaient un objectif différent. Ils voulaient décrédibiliser la monarchie et le Christianisme qui lui était inévitablement associé. C’est eux qui forgèrent la réputation noire et obscurantiste du Moyen-Age en ajoutant la falsification historique au mépris. Le pompon revient à la 3ème République qui fit de l’anticléricalisme son cheval de bataille. Or, quoi de mieux pour combattre le christianisme que de présenter l’époque où il fut triomphant comme sauvage, inculte et rétrograde ? Des historiens comme Augustin Thierry, Jules Michelet et Anatole France continuèrent l’œuvre de désinformation du siècle précédent. Heureusement, le regain d’intérêt que le grand public témoigne pour le Moyen Age ces dernières années va obliger les historiens et les medias à rétablir la vérité.

Cette vision négative du Moyen Age pâtit pleinement à l’Eglise, par une association d’idée évidente, puisque notre Moyen Age était éminemment chrétien. On pourra objecter que la Renaissance était chrétienne aussi, ainsi que toute la période de l’Ancien Régime. Certes, mais les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles furent chrétiens très différemment de l’époque médiévale. Le christianisme médiéval était fondé sur l’enseignement et la culture des masses. L’Eglise, quoique puissante, n’était pas oppressive. Elle avait une totale autonomie vis-à-vis du pouvoir temporel. Le christianisme des siècles suivants sera marqué par la mainmise du pouvoir séculier sur l’Eglise. Le Concordat signé entre le pape Léon 10 et François 1er fait de celui-ci le chef de l’Eglise de France, nommant lui-même évêques et abbés. Inutile de préciser que la mission de l’Eglise s’en trouvera profondément dévoyée. Les hautes fonctions ecclésiastiques seront données par le roi à des aristocrates arrivistes et incompétents en la matière (Richelieu et Mazarin furent certainement d’excellents ministres, mais de piètres cardinaux), l’Inquisition sera l’outil d’élimination des opposants au régime (qui résisterait à un bon procès en sorcellerie ?) et même les communautés religieuses perdront leur pureté (on sait que Fontevrault devint un asile pour les anciennes maîtresses du roi et que la plupart des couvents devinrent de plaisants refuges pour les cadettes des grandes familles qui y vivaient une vie tout sauf contemplative !).

Ainsi, on comprend qu’oppression et religion ne vont pas de pair en France. Entre un Moyen Age rural, pieux et cultivé et un Ancien Régime commerçant, élitiste et monarchiste, deux groupes ont été sacrifiés, le peuple et l’Eglise. La bourgeoisie des villes et le matérialisme commencent une ascension qui atteindra notre époque. Le peuple ne sera plus alors qu’un moyen d’enrichissement, ce qui débouchera sur les misères de la Révolution Industrielle, et l’Eglise un ennemi à combattre, ce qui donnera lieu à la grande vague d’anticléricalisme du 19ème siècle.

 

Source :  Pour en finir avec le Moyen-Age, de Régine Pernoud.

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