L’Inquisition ? C’est quoi ? Pourquoi ? Quand ? Comment ?

Inquisition

Pourquoi l’Inquisition ? C’est quoi ? De quand à quand ? Comment est-elle organisée ? Quid de la torture ? Josselin Maillet, professeur d’histoire, a bien voulu répondre à nos questions.

Petit rappel sur l’Histoire et le rôle de l’Historien.

Avant de s’attaquer à un sujet aussi épineux que celui de l’Inquisition, il convient de rappeler quelques éléments sur la matière qu’est l’Histoire et ce qu’est le travail de l’historien. Pour reprendre les mots de Pierre Nora, historien membre de l’Académie française : « La mémoire divise, l’Histoire seule réunie. » Le rôle de l’Histoire n’est pas de distribuer des bons points ou de donner des leçons, mais de rétablir la vérité sur des événements passés. Ainsi l’Historien utilise une méthode d’analyse qui se rapproche de la méthode scientifique à l’exception que celle-ci s’applique à une science qui a pour objet l’Homme. L’Historien doit être le plus objectif possible, c’est-à-dire ne pas émettre de jugement basé sur ses sentiments, il doit être impartial et tout aborder de manière neutre. Nous ne chercherons donc pas dans cet article à juger l’époque ou à excuser les responsables, mais nous tâcherons d’expliquer ce phénomène.

Nous suivrons la démarche suivante : retour sur les bornes chronologiques de notre champ d’étude et définition des termes. Nous reviendrons sur la manière dont ce sujet a été traité par nos prédécesseurs. Enfin, nous poserons la question du « pourquoi l’Inquisition ? » afin de s’intéresser au « comment » elle se met en place et quelles sont ses méthodes.

Bornes chronologiques et définition

Les historiens distinguent aujourd’hui plusieurs périodes de l’Inquisition :

  • l’Inquisition médiévale, introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Grégoire IX en 1231
  • l’Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d’Espagne, fondée en 1478 et supprimée en 1834
  • l’Inquisition portugaise, inféodée à celle du Portugal, lesquelles opéraient aussi dans les colonies de ces pays
  • l’Inquisition romaine (Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle), fondée en 1542, remplacée par la Sacrée Congrégation du Saint-Office en 1908 (1).

Par commodité, nous allons analyser ici la première période de l’Inquisition dite « médiévale » qui se déroule du XI-XIIIe siècle.

Sur le terme maintenant, le mot « Inquisition » vient du latin inquisitio signifiant enquête. Il s’agit d’une juridiction spécialisée créée par l’Église pour lutter contre l’hérésie. L’hérésie (2) est « selon la théologie catholique, une conception erronée en matière de foi ». Il s’agit donc pour l’Inquisition de trouver les personnes qui remettent en cause la foi de l’époque et de les ramener à la « vraie foi ».

Ce tribunal a été institué en 1231 avec la publication de Excommunicamus du pape Grégoire IX (3). Il convient de rappeler qu’avant que l’Inquisition ne soit appelée, une croisade a été ordonnée en 1208 contre les Albigeois (cathares). Elle se déroulera de 1209 à 1229, lui succèdera l’insitition de l’Inquisition que nous voyons ici.

Voilà pour les définitions, avant d’approfondir le sujet nous allons revenir sur la manière dont il a été traité par les historiens.

L’Inquisition au fil du temps

Au XVIIIe siècle apparaît un mouvement que les Historiens appellent Lumières, il s’agit d’une minorité de la population européenne qui se caractérisent comme des hommes de Sciences. Ils sont savants, lettrés, écrivains, philosophes (Voltaire, d’Alembert, Diderot …) et remettent en cause la société dans laquelle ils vivent. Cette remise en cause de la société s’accompagne d’une critique de la religion qui imprègne la société, à savoir en Europe la religion catholique. Ces hommes des Lumières souhaitent une autre société fondée sur des bases nouvelles, ils vont alors rejeter celle de l’époque basé sur deux choses, principalement le pouvoir royal et la religion. Ils vont donc dénigrer celle-ci en s’appuyant sur l’histoire « noire » de l’Eglise, en l’occurrence l’Inquisition, les guerres de religion etc. Cette critique des Lumières s’apparente donc plus à une volonté de dénigrement qu’à une recherche de la vérité.

Au XIXe siècle, dans la continuité de cette critique de la religion sous la IIIe République, on retrouve l’historien Michelet. Historien controversé au XXème siècle jugeant que son histoire est trop « moralisatrice » (4). Il faut attendre le dernier siècle, ainsi que ces dernières années pour voir émerger une véritable critique historique sur l’Inquisition échappant aux préjugés des Lumières ou à une histoire moralisatrice (5).

Après avoir succinctement rappelé l’historiographie de l’Inquisition, revenons à son « pourquoi ? ».

Pourquoi l’Inquisition ?

Contexte : une société imprégnée par la religion chrétienne

Nous sommes aujourd’hui en France, et d’une manière générale en Europe, dans une société sécularisée où la religion n’a plus la place qu’elle avait autrefois. Pour la période que nous étudions, il faut se remettre en mémoire que la religion irrigue toute la société, elle en fait partie, elle est sa composante même. Le rôle de l’Église est donc très important, car celle-ci s’occupe du salut. En effet, les hommes de l’époque croient en la vie après la mort, ainsi qu’au « jugement particulier ». Il s’agit du moment où pour ces hommes, une fois morts, leur âme est pesée. Les actes mauvais penchent la balance d’un côté, les actes bons d’un autre. Si la balance penche plus du côté « acte mauvais » alors l’âme risque la damnation éternelle en enfer, si c’est de l’autre côté alors l’âme ira au paradis, mais devra passer avant cela au purgatoire (lieu de purification avant d’accéder au paradis – 6). Nous sommes dans une société où l’athéisme (7) n’est pas pensable, les personnes suivent donc les préceptes de l’Église afin de parvenir au salut de leur âme menant pour la vie éternelle promise par le Christ.

Afin de mieux visualiser cette société, nous pouvons l’imaginer comme un corps dont chaque homme et femme font partie. L’hérésie dont nous avons parlé au début est le fait de remettre en cause la foi catholique, en l’occurrence les dogmes (8). Pour l’époque, ceux qui ne croient plus en la foi catholique se mettent en dehors de toute la société, pour reprendre l’image du corps ce sont alors des éléments « malades » qu’il faut guérir. Pour guérir alors notre société, il y a deux choix : amputer la partie malade du corps, ou la soigner. L’Inquisition a pour rôle d’éviter l’amputation, nous allons voir que celle-ci apparaît dans un contexte bien précis qui est celui de l’apparition d’hérésie.

Contexte : Le développement du Catharisme

On ne peut comprendre l’apparition de l’Inquisition sans revenir sur le contexte de l’époque. Dans le sud-ouest de la France se développe une hérésie connue sous le nom de « catharisme ». Selon cette « déviance » de la religion chrétienne, il y a une lutte dans l’univers entre le bien et le mal (mal créé la matière, Dieu créé l’esprit) l’âme est créée par Dieu, mais le monde matériel est créé par Satan. Elle s’oppose au dogme de la Trinité en affirmant par exemple que Jésus n’est pas le fils de Dieu. On distingue chez les cathares les croyants et ceux qui ont une vie rude (les parfaits). Les parfaits ont une rigueur de vie, vie dure (jeûne permanent qui peut emmener la mort, le mariage est interdit). En effet, pour eux le corps et la matière sont l’oeuvre de Satan.

Ces gens sont mal perçus dans la société par les habitants, qui les croient possédés et souhaitent pour certains d’entre eux les brûler vifs. L’Inquisition est un moyen pour l’Église de « reprendre la main » sur ces personnes afin d’éviter qu’ils ne passent par la vindicte populaire. De plus l’Église, à l’époque, cherche à affirmer son autorité, le pape à imposer son pouvoir face aux rois (idéal de la théocratie, pouvoir religieux domine sur le pouvoir civil). En effet, le catharisme a d’autant plus été soutenu par des comtes du sud de la France, le pape craignant que ceux-ci remettent en cause l’influence de l’Église (9).

Nous allons voir maintenant comment cette Inquisition se met en place.

Comment ? Organisation de l’Inquisition

L’Inquisition est sous la tutelle directe du pape, elle s’appuie sur des Inquisiteurs qui sont des religieux chargés de trouver des preuves d’hérésies chez les personnes accusées. Ils mènent donc une enquête sur la personne suspectée, mise en accusation. Les Inquisiteurs ne sont pas des bourreaux qui torturent pour le plaisir, l’objectif principal était que la personne avoue son tort et se repentisse. Il faut des preuves concrètes, des témoignages avant procéder à l’arrestation d’une personne par les pouvoirs civils. Si rien n’est obtenu de la part de l’accusé alors on donne la personne au bras séculier qui le jugera. L’Inquisition ne condamne pas de manière systématique les suspects. La justice n’est donc pas aveugle comme peut l’être alors la justice seigneuriale.

Avant d’avoir affaire aux Inquisiteurs, le pape a envoyé un ordre prêcher la repentance aux hérétiques, il s’agit des Dominicains. Ainsi le 20 avril 1233, le pape charge les frères prêcheurs (les dominicains, donc) de lutter contre l’hérésie dans le Languedoc. Le futur Saint Dominique a prêché dans le sud de la France des mois durant, il cherche à ramener les hérétiques sur le chemin de la foi. Il va même jusqu’à passer une nuit entière à discuter théologie avec des cathares afin de les convertir.

L’Église n’obtiendra que peu de succès avec cette démarche. Face à l’obstination de certains, la torture devient un moyen d’aveu, certes contestable, mais là aussi à remettre dans le contexte de l’époque.

Comment ? La torture

Petit rappel : le but est de ramener la personne suspectée d’hérésie dans le droit chemin, de permettre la conversion. La torture est donc un moyen et pas une fin, on parle à l’époque de « soumettre à la question » l’accusé. Elle était employée si l’accusé refuse d’avouer malgré les preuves. Cependant, la justice ne s’appuie sur l’aveu obtenu par la torture que s’il est réitéré « sans aucune pression de force ou de contrainte », donc hors de la chambre de torture, pour être recevable. Le faux témoignage est par ailleurs poursuivi et condamné. L’inquisiteur Bernardi entre 1308 et 1323, sur 930 sentences compte 139 acquittement, 286 pénitences religieuses, 307 incarcérations, 156 sentences diverses (pilori, destruction de la maison, exil) et 42 condamnations au bucher. Il n’y a pas de droit de recours en appel, pas de témoin, mais l’abus des inquisiteurs est réprimandé. Par exemple, Robert le Bougre, ancien hérétique converti en inquisiteur en Champagne qui envoie des dizaines de personnes au bûcher : il est suspendu temporairement en 1233. Il reprend sa mission et l’exerce avec un tel zel qu’il est condamné à la prison pour perpétuité en 1247.

Bilan

Sur la question du catharisme, cette hérésie va disparaître du sud de la France, que ses membres soient retournés dans le giron de l’Eglise catholique, aient été tués ou après avoir fui le territoire. L’Inquisition médiévale va donc perdre de son influence en France avec le déclin de l’hérésie cathare à la fin du XIVe siècle. Sous le contrôle de l’Église, l’Inquisition voit son influence diminuer au fur et à mesure que celle du roi de France augmente. Les tribunaux inquisitoriaux disparaissent du Royaume de France à la fin du XVIIe siècle, après qu’elle ait repris une relative importance à la Renaissance en pays protestants.

  • Pour aller plus loin :

Sources :

(1) Wikipedia, Inquisition

(2) Dictionnaire Larousse, Hérésie

(3) Qu’est-ce que l’Inquisition ?

(4) Wikipedia, Michelet

(5) Didier Le Fur, L’Inquisition, Enquête historique, France, XIIIe-XVe siècle, Tallandier, 2012

(6) Portail officiel de l’Eglise catholique en France

(7) Dictionnaire Larousse, définition de l’athéisme : « doctrine qui nie l’existence de Dieu. »

(8) Dictionnaire, Larousse, définition d’un dogme : « Point fondamental et considéré comme incontestable d’une doctrine religieuse. » Par exemple la Trinité (existence de Dieu en trois personnes : Père, Fils et Esprit-Saint) date du Concile de Nicée en 325 ou encore l’Immaculée Conception proclamée par Pie IX en 1854. Les dogmes de l’Église catholique, une fois fixés, demeurent. Cependant d’autres peuvent être « découverts » au fur et à mesure que l’Église avance.

(9) Youtube, France inter, 2000 ans d’Histoire, Inquisition

 

 

4 idées reçues sur l’Inquisition !

 

Le 20 avril 1233 le pape Grégoire IX établit l’Inquisition en France. Dans l’imaginaire collectif, ce tribunal ecclésiastique du Moyen Âge, est associé à un temps de violence, d’infâmes tortures, d’immenses bûchers, de fanatisme…

Falsification de l’histoire au XIXe siècle. Il y a 785 ans le pape Grégoire IX introduit dans le royaume de France l’Inquisition pontificale. Il s’agit d’un tribunal ecclésiastique confié aux ordres mendiants (les dominicains et les franciscains) pour lutter contre l’hérésie en Europe. Ainsi le 20 avril 1233, le pape charge les frères prêcheurs (les dominicains) de lutter contre l’hérésie dans le Languedoc. Mais qu’en est-il de l’action de cette institution en France ? Répression aveugle ou action modérée ? Signe d’obscurantisme ?

Un article du Figaro passe en revue plusieurs idées reçues :

  • Idée reçue n°1: l’Inquisition médiévale est le signe d’un temps d’intolérance et de fanatisme
  • Idée reçue n°2: Les juges inquisitoriaux rendent une justice arbitraire
  • Idée reçue n°3: l’Inquisition est un tribunal qui envoie des milliers de personnes au bûcher
  • Idée reçue n°4: l’Inquisition en France est une organisation pontificale puissante pendant des siècles

Idée reçue n°1: l’Inquisition médiévale est le signe d’un temps d’intolérance et de fanatisme

Ce tribunal pontifical médiéval est institué par la papauté pour protéger l’orthodoxie catholique: il est créé pour lutter contre les dissidences religieuses. En contestant l’organisation de l’Église romaine et certains de ses dogmes elles menacent son unité. Ces membres sont considérés comme des hérétiques. Aussi l’objectif du tribunal est avant tout de sauver les âmes égarées, de les ramener dans le giron de l’Église romaine.

Il s’agit davantage d’un outil de persuasion que de répression. L’Inquisition est créée pour préserver la chrétienté et ne juge que les chrétiens. Les tribunaux inquisitoriaux sont introduits en 1233 dans le royaume de France pour lutter contre les Cathares, installés dans le Midi de la France. Les inquisiteurs, nommés par le pape, s’appuient dans leur mission sur les pouvoirs laïcs.

En replaçant cette organisation ecclésiastique, dans le contexte culturel et historique du Moyen Âge, on ne peut parler de fanatisme ou d’intolérance.

Idée reçue n°2: Les juges inquisitoriaux rendent une justice arbitraire

L’Inquisition est souvent présentée comme une justice arbitraire et archaïque, alors qu’elle apparaît plutôt moderne: elle met en place une procédure d’enquête. Le but est de ramener la personne suspectée d’hérésie dans le droit chemin, de permettre la conversion. Ainsi l’instruction est méthodique, elle ne peut débuter que sur la base de témoignages vérifiés. Il faut des preuves concrètes et des témoignages probants avant de pouvoir faire procéder à l’arrestation d’une personne par les pouvoirs civils. La justice s’appuie sur l’aveu -s’il est obtenu par la torture, il doit être réitéré «sans aucune pression de force ou de contrainte», hors de la chambre de torture pour être recevable. Le faux témoignage est par ailleurs poursuivi et condamné.

L’historien Didier Le Fur précise dans son livre sur l’Inquisition que la sentence du tribunal est prise sur l’avis du conseil -qui comprend des membres du clergé régulier ou séculier et des laïcs désignés expressément et chacun fait serment de donner les bons conseils. On ne communique pas forcément le nom du prévenu. Enfin Il faut soulever que l’Inquisition ne condamne pas systématiquement les personnes suspectées. Il ne s’agit pas d’une justice aveugle, comme peut l’être la justice seigneuriale, souvent arbitraire et expéditive.

Idée reçue n°3: l’Inquisition est un tribunal qui envoie des milliers de personnes au bûcher

La légende noire de l’Inquisition, présentant les inquisiteurs comme des juges cruels, responsables d’immenses bûchers est un héritage de la littérature et de l’iconographie du XIXe siècle. Or les recherches récentes ont permis de réévaluer largement à la baisse le nombre d’occis. Ainsi selon les chiffres des sentences de Bernard Gui, inquisiteur à Toulouse pendant 15 ans, de 1308 à 1323, sur 633 sentences, seules 40 personnes sont remises au bras séculier, donc au bûcher (l’Inquisition qui ne peut en théorie pratiquer la peine de mort envoie le condamné à la justice laïque). Dès la fin du XIIIe siècle le bûcher est de plus en plus exceptionnel; il est aussi le signe de l’échec de l’Église, incapable de ramener les âmes perdues.

Inquisition espagnole (Tribunal du Saint-Office de l’Inquisition) fin du 15e siecle : la 1ere torture par le feu : un homme est interroge par les inquisiteurs : il est assis sur un siege ligote, les pieds dans un pilori, on les lui brule avec le feu, gravure de 1509.

Il est certain qu’au cours de son histoire l’Inquisition a pu se montrer féroce, mais il faut aussi mentionner que les abus de certains juges sont aussi punis. Ainsi Robert le Bougre -ancien hérétique converti- inquisiteur en Champagne qui envoie des dizaines de condamnés au bûcher (bûcher du Mont-Aimé) est suspendu temporairement en 1233. Lorsqu’il reprend sa mission, ses excès sont tels qu’il est révoqué et condamné à la prison à perpétuité en 1247. Mais ces dérives ne sont pas une généralité: les tribunaux inquisitoriaux sont davantage modérés dans leurs sentences que les tribunaux laïcs. Et la grande majorité des peines consiste en un temps d’emprisonnement.

Les images de violences proviennent surtout de l’amalgame qui est fait avec l’Inquisition espagnole -fondée en Espagne, en 1479, par les rois catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Indépendante de Rome, elle est un temps sous l’autorité du tristement célèbre grand inquisiteur Thomas de Torquemada. Elle est instaurée pour sévir contre toutes les déviances, c’est-à-dire contre tous ceux qui ne sont pas catholiques. Il s’agit d’un phénomène politico-religieux. Abolie une première fois en 1808, elle l’est définitivement en 1834.

Philippe IV Le Bel (1268-1314) Roi de France en 1285-1314, gravure

Idée reçue n°4: l’Inquisition en France est une organisation pontificale puissante pendant des siècles

 

L’Inquisition médiévale dans le royaume de France perd de son importance avec le déclin des hérésies cathare et vaudoise à la fin du XIVe siècle. Ainsi un siècle après sa création elle est affaiblie notamment par la royauté qui souhaite affermir son autorité et conteste celle de l’Église. Aussi dans certaines affaires -comme celle des Templiers avec Philippe le Bel- il est difficile de définir la frontière entre le domaine politique et religieux.

La perte de l’influence du tribunal pontifical est flagrante au moment de la réforme protestante puisque ce n’est pas lui qui est au premier plan dans la lutte. En effet, les protestants sont considérés comme une menace pour la paix dans le royaume, par leur rébellion. Ce sont des criminels qui désobéissent au roi et dépendent donc de la justice laïque. Alors qu’en tant qu’hérétiques ils devraient relever du tribunal ecclésiastique, mais seuls les cas d’hérésie simple sont jugés par lui.

L’inquisition reprend une certaine importance à la fin du XVIe siècle lorsqu’elle s’engage dans la chasse aux sorcières (magiciens, devins, sorciers). Les tribunaux inquisitoriaux disparaissent du royaume de France à la fin du XVIIe siècle.

Pour aller plus loin :

  • L’Inquisition enquête historique France, XIIIe-XVe siècle de Didier Le Fur, Taillandier, 2012, 183p.

Pourquoi une vision si négative du Moyen-Age ?

Moyen-Age - Château Suscinio

Le Moyen-Age des épidémies, guerres et famines n’existe-t-il donc pas ? Il existe, mais il se réduit à période de la guerre de Cent Ans (1337-1453) qui fut marquée par la grande peste noire de 1348 et les jacqueries. Or, un siècle, ce n’est pas 1000 ans.

D’où vient donc cette sombre légende du Moyen-Age ? Il y eut plusieurs causes. D’abord, les humanistes se désintéressèrent du Moyen-Age par une réaction de retour à la culture gréco-romaine dans les arts, mais aussi dans le domaine législatif. Les philosophes des ‘’lumières’’ et les révolutionnaires de 1789 avaient un objectif différent. Ils voulaient décrédibiliser la monarchie et le Christianisme qui lui était inévitablement associé. C’est eux qui forgèrent la réputation noire et obscurantiste du Moyen-Age en ajoutant la falsification historique au mépris. Le pompon revient à la 3ème République qui fit de l’anticléricalisme son cheval de bataille. Or, quoi de mieux pour combattre le christianisme que de présenter l’époque où il fut triomphant comme sauvage, inculte et rétrograde ? Des historiens comme Augustin Thierry, Jules Michelet et Anatole France continuèrent l’œuvre de désinformation du siècle précédent. Heureusement, le regain d’intérêt que le grand public témoigne pour le Moyen Age ces dernières années va obliger les historiens et les medias à rétablir la vérité.

Cette vision négative du Moyen Age pâtit pleinement à l’Eglise, par une association d’idée évidente, puisque notre Moyen Age était éminemment chrétien. On pourra objecter que la Renaissance était chrétienne aussi, ainsi que toute la période de l’Ancien Régime. Certes, mais les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles furent chrétiens très différemment de l’époque médiévale. Le christianisme médiéval était fondé sur l’enseignement et la culture des masses. L’Eglise, quoique puissante, n’était pas oppressive. Elle avait une totale autonomie vis-à-vis du pouvoir temporel. Le christianisme des siècles suivants sera marqué par la mainmise du pouvoir séculier sur l’Eglise. Le Concordat signé entre le pape Léon 10 et François 1er fait de celui-ci le chef de l’Eglise de France, nommant lui-même évêques et abbés. Inutile de préciser que la mission de l’Eglise s’en trouvera profondément dévoyée. Les hautes fonctions ecclésiastiques seront données par le roi à des aristocrates arrivistes et incompétents en la matière (Richelieu et Mazarin furent certainement d’excellents ministres, mais de piètres cardinaux), l’Inquisition sera l’outil d’élimination des opposants au régime (qui résisterait à un bon procès en sorcellerie ?) et même les communautés religieuses perdront leur pureté (on sait que Fontevrault devint un asile pour les anciennes maîtresses du roi et que la plupart des couvents devinrent de plaisants refuges pour les cadettes des grandes familles qui y vivaient une vie tout sauf contemplative !).

Ainsi, on comprend qu’oppression et religion ne vont pas de pair en France. Entre un Moyen Age rural, pieux et cultivé et un Ancien Régime commerçant, élitiste et monarchiste, deux groupes ont été sacrifiés, le peuple et l’Eglise. La bourgeoisie des villes et le matérialisme commencent une ascension qui atteindra notre époque. Le peuple ne sera plus alors qu’un moyen d’enrichissement, ce qui débouchera sur les misères de la Révolution Industrielle, et l’Eglise un ennemi à combattre, ce qui donnera lieu à la grande vague d’anticléricalisme du 19ème siècle.

 

Source :  Pour en finir avec le Moyen-Age, de Régine Pernoud.

Sommes-nous communautaristes ?

 Civitas

Le tombereau d’inepties déversées sur le petit écran par la série « Inquisitio » a amené des chrétiens à créer des plates-formes se fixant pour but de remettre les pendules de la vérité à l’heure, comme le site « L’inquisitionpourlesnuls.com ». Il y avait fort à parier que cette levée de boucliers susciterait en retour les sarcasmes des officines culturelles qui ne trouvent jamais l’Eglise aussi évangélique (et supportable) que lorsqu’elle se tait. Les plus avisées d’entre elles, connaissant un peu la blogosphère chrétienne, même si elles se gardaient bien d’en faire part, fourbissaient déjà leurs armes, se pourléchant les babines à l’avance à l’idée de pourfendre du « catho intégriste » pris en flagrant délit de suréaction.

Toutefois, ce n’est pas sur le fond de l’affaire que je me pencherai ici, mais sur la nature et la raison profonde de cette contre-offensive (métaphore militaire peut-être mal venue, mais le combat pour la vérité n’est pas toujours une sinécure). En prenant la défense de l’Eglise à l’occasion de la diffusion de la série télévisée « Inquisitio », succombons-nous, nous, catholiques, à un réflexe communautariste ? Nous crispons-nous sur la défense de nos intérêts confessionnels ? Repliés sur nos idiosyncrasies identitaires et pavloviennes, soutenons-nous un siège, reclus à l’intérieur de la forteresse « Eglise », contre des assaillants extérieurs ? Une lecture superficielle des articles suscités par cette fiction malhonnête pourrait le laisser croire. Il n’en est cependant rien. Pourquoi ?

Répondre à cette question revient en fait à définir la place de l’Eglise dans la religion chrétienne, et plus spécialement dans le catholicisme. Si beaucoup de croyants se sont sentis meurtris par « Inquisitio », ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas se pencher sur les heures sombres de l’histoire du christianisme, mais parce que leur rapport à l’Eglise n’est pas de la même nature que la relation qu’entretient un l’adhérent à l’association dont il est membre, adhérent qui est libre d’en sortir d’un moment à l’autre, et dont les liens qu’il noue avec elle sont souvent lâche, distendus, extérieurs. Pour un chrétien en revanche l’Eglise n’est pas simplement un regroupement affinitaire, une association de gens qui pensent et croient la même chose. Elle fait partie de son identité la plus profonde. C’est par tout son être qu’il est greffé à elle. D’où vient alors ce malentendu au sujet de la place de l’Eglise dans le coeur des chrétiens ?

La source de cette incompréhension tient à la conception que beaucoup se font de la nature du christianisme. Notre religion ne se réduit pas à un beau message moral, et encore moins à un code de lois. Elle n’est pas une idée que les hommes seraient libres d’appliquer ou non. Le christianisme s’incarne dans l’histoire, et l’Eglise est cette manifestation « charnelle ». Autrement dit, la campagne « anti-Inquisitio » ne consiste pas d’abord en la défense de notre communauté confessionnelle (même si l’Eglise est notre maison), mais en celle du Christ en personne. L’Eglise n’est pas notre créature, mais l’Epouse de Jésus-Christ. Lui-même l’avait fait comprendre à Saint François lorsque, à la fin de sa vie, le pauvre d’Assise se désespérait de voir sa communauté naissante si mal tourner. Celui dont il avait tenu à imiter la vie lui fit alors savoir que ce n’était pas là son affaire, mais celle du Maître de l’histoire. L’amant de Dame Pauvreté avait dû se désapproprier une dernière fois de ce qu’il pensait être son œuvre, et qui s’avérait en fait être celle du Seigneur.

« Mais, nous rétorquera t-on, si l’Eglise est l’affaire de Jésus-Christ, de quoi vous mêlez-vous? Quelle mouche vous a piqués de prétendre laver l’honneur de l’épouse d’un autre ? N’est-il pas assez puissant pour cela ? ». Précisément, l’Incarnation se prolongeant dans l’Eglise, manifestation charnelle du mystère du Fils de Dieu fait homme, il compte sur nous pour rétablir la vérité. De même que Jésus n’a que nos mains pour prodiguer sa charité, nos bouches pour proclamer l’Evangile, nos pieds pour le porter sur tous les continents, de même l’honneur de l’Eglise est commis à notre jugement, à notre courage aussi. Ce n’est pas usurpation de fonction de notre part, mais marque de confiance de la sienne.

Le Christ non seulement a voulu l’Eglise, mais surtout a promis qu’en elle il se communiquerait. On connaît les paroles fortes de Bossuet : « L’Eglise, c’est Jésus-Christ répandu et communiqué ». Il a lié son destin au sien. En tentant de rétablir la vérité au sujet de l’histoire de l’Eglise, nous protégeons la promesse du Nazaréen, et non un réduit identitaire replié sur lui-même.

Bien sûr, on nous objectera que cette « communication » laisse beaucoup à désirer. « L’Eglise sainte, mais non sans pécheurs ». Les chrétiens sont les premiers à en convenir. D’ailleurs, au début de chaque messe, toute l’assemblée reconnaît ses manquements. Les chrétiens ne revendiquent pas une sainteté acquise à la force du poignet et en vertu de laquelle toute critique les touchant serait calomnie et malveillance. Le monde, si aveugle sur lui-même, ne manque jamais de perspicacité pour nous rappeler cette discordance entre ce que nous professons et ce que nous faisons. Cependant ces inconséquences, ces contre-témoignages ne doivent pas devenir un prétexte pour fermer les yeux sur les innombrables exemples de vies authentiquement évangéliques qui émaillent la longue histoire de l’Eglise.

Non, en essayant de rétablir les faits dans leur vérité, nous n’obéissons pas à un réflexe d’auto-défense. Un Autre (Jésus-Christ) se charge de nous protéger, lui qui ne cesse pas de se faire notre avocat en intercédant pour nous auprès de son Père. Loin de nous barricader dans une forteresse identitaire, de tenter de sauvegarder nos intérêts, c’est plutôt l’œuvre de cet autre, l’Eglise de Jésus-Christ, que nous tâchons de protéger des coups injustes qui la défigurent et, pire, la font par voie de conséquence méconnaître des hommes d’aujourd’hui.

Car les « intérêts » de l’Eglise coïncident au final avec ceux de tout le monde. Quant à ceux qui s’obstinent à ne plus voir aucun rapport entre les deux, entre l’Eglise et Jésus-Christ, tant la première leur semble indigne du Maître des Béatitudes, et qui doutent de leur solidarité réciproque, nous laisserons pour finir le soin à Bossuet, toujours lui, de leur répondre : « Jésus-Christ est un avec l’Eglise portant ses péchés, l’Eglise est une avec Jésus-Christ portant sa croix »[1].

(*) Après des études universitaires et des études de théologie, Jean-Michel Castaing a intégré l’administration des Finances. Il est l’auteur de « Pour sortir du nihilisme » (Salvator, 2012). Version originale d’une tribune publiée sur Tak.fr.

 


[1] Lettre à une demoiselle de Metz, juin 1659.

« Inquisitio » : la fiction populaire, condamnée aux clichés antichrétiens ?

Nicolas Cuche sur le tournage d'Inquisitio - Pierre de Luxembourg

Une tribune de Thibaut Dary, porte-parole du Collectif Culture et Foi – et si on se respectait ?

Qui l’ignore encore ? Inquisitio, la série d’été de France 2, a commencé avec fracas : pour la première soirée, le programme a attiré plus de 4,3 millions de téléspectateurs, laissant la concurrence loin derrière.

Un succès à la hauteur du teasing qui a précédé, et des 10 millions d’euros investis dans la production. Depuis plusieurs semaines, la première chaîne publique de France multipliait les bandes annonces choc, surfant sur le goût pour le thriller médiéval. Et plus l’attente montait, plus des images et dialogues du téléfilm se dévoilaient, plus l’inquiétude des chrétiens s’accentuait : selon toutes apparences, il y avait une nouvelle fois à craindre la représentation la plus caricaturale et outrancière de l’Eglise médiévale, armée des clichés les plus éculés.

Des craintes qui se sont hélas confirmées. Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des Evêques de France, a pris la parole pour déplorer une « manière tendancieuse d’honorer l’histoire humaine et religieuse ». Un pool facétieux de blogueurs catholiques a résumé l’opération Inquisitio par une fausse bande annonce qui en disait plus qu’un long article (lisez quand même le nôtre !), avant d’ouvrir un site web particulièrement opportun afin d’aider à démêler le faux du vrai, L’Inquisition pour les nuls.

Pouvait-on en rester là ? Afin de juger sur pièce, et dans sa volonté de promouvoir une relation constructive entre l’univers du sacré et le monde des artistes, le Collectif « Culture et Foi : et si on se respectait ? » a vuInquisitio, et l’a vu – précisons-le – dans son intégralité, pour prendre au sérieux le travail artistique qui y a présidé, et ne pas se contenter d’a priori. Le réalisateur Nicolas Cuche ne se défendait-il pas dès le départ, dans l’interview qui accompagnait le dossier de presse, d’avoir voulu faire un « brûlot anticlérical » ?

Mais après avoir vu Inquisitio, on se demande justement ce qui l’en distingue, et ce qui lui faudrait de plus pour l’être aux yeux du réalisateur. La réalité, c’est que ces huit épisodes d’environ 45 minutes représentent plus de six heures d’une charge lourde et insistante contre le christianisme, qui va donc être scandée un soir par semaine en prime time au public français cet été. Cela a commencé le 4 juillet, cela va continuer encore.

Tous pourris

Jugez plutôt : en 1378, dans le contexte du Grand Schisme d’Occident, Clément VII, antipape à Avignon, conteste la légitimité d’Urbain VI, pape à Rome, et chaque camp cherche à affaiblir l’autre de façon décisive. Tout près de là, à Carpentras, des prêtres fidèles à Clément VII sont mystérieusement assassinés : à la manœuvre dans l’ombre, une bande de tueurs guidée par la religieuse Catherine de Sienne, prête à diffuser la peste dans tout le Comtat Venaissin pour terroriser la population, et saper le pouvoir de l’antipape. Pressentant un complot, ce dernier envoie Guillermo Barnal, grand inquisiteur dominicain, enquêter sur place pour y rétablir son autorité : l’homme, intelligent et opiniâtre, mais aussi rongé par une ancienne culpabilité, va peu à peu démasquer la machination, non sans s’opposer violemment à la communauté juive locale, torturer à tout va, pourchasser une sorcière, et faire plier quiconque lui résiste en chemin.

Voilà pour les grandes lignes de ce récit hautement fantaisiste et sans nuances. Et tout, dans le détail, est à l’avenant. L’inquisiteur, autoritaire et cruel, imbu de son pouvoir, humilie en public, menace et tance, pénètre dans les maisons, ordonne des arrestations, promettant tous azimuts les flammes de l’enfer. De son vrai nom Guillaume de Tasteville – réminiscence transparente du Guillaume de Baskerville du Nom de la Rose – il se fait appeler d’un patronyme espagnol, comme si déjà Torquemada perçait sous Guillermo. Borgne à la suite d’une automutilation infligée à l’adolescence, accompagné d’un novice docile, fayot et pas très malin, Silas – seconde allusion, cette fois au Da Vinci Code –  il commande aux hommes d’armes, perd patience dès que les réponses qu’il attend n’arrivent pas, mène des interrogatoires à la planche à eau et au chevalet écarteleur, et inflige le baptême de force. Le traitement narratif est sans appel, et rend odieux ce personnage qui cumule avec fanatisme la terreur policière et l’intimidation sacrée.

Face à lui, en mission de déstabilisation clandestine, une Catherine de Sienne froidement illuminée cherche à frapper de plus en plus haut : elle fait mourir un prêtre, puis deux, puis un évêque, puis en vise un second. Elle fait répandre de nuit, dans les centres villes, des rats porteurs de la peste. Elle énonce des contresens théologiques avec le sérieux de révélations mystiques. Pour finir, elle déloge de son couvent une jeune et jolie novice à la gorge profonde, qu’elle envoie séduire un prélat, jusqu’à offrir son corps, avec un sourire aux lèvres qui en dit long sur ses scrupules, au gourmand Clément VII. Car ce dernier, l’antipape, est une armoire à glace pleine d’impatience, qui partage son temps entre sa baignoire, à moitié nu sous sa tonsure et parmi ses concubines, et un trône où il s’inquiète de son pouvoir, entouré de cardinaux calculateurs.

N’oublions pas l’évêque de Carpentras, veule, drogué aux antidouleurs, qui est un libidineux minable, aux mains baladeuses. Ce pauvre vieillard frustré s’appelle d’ailleurs Lapelote : ça ne s’invente pas, ou plutôt si. Langeais, son bras droit, obséquieux et fuyant, est lui plus traître que prêtre, et n’entre dans les confessionnaux que pour y tenir des conciliabules secrets d’agent double. Conseiller favori de Clément VII, le cardinal Mirail est obsédé par la reprise en main du peuple, avec pour solution favorite l’usage de boucs émissaires juifs.

On croise encore un curé de campagne qui avec sérieux, menace de l’Inquisition celle qui lui « vole son eau bénite », une foule d’évêques qui se signent comme des bigotes apeurées pour un oui ou pour un non, un prédicateur public animé d’un feu qui doit tout à l’argent qu’il reçoit en douce, tout comme un miraculé qui se lève et marche contre une rémunération perçue dans l’ombre. Dans ce champ de massacre du haut et du bas clergé, seule surnage en fin de récit la figure de Jean de Luxembourg, évêque jeune et saint, quoi que présenté aussi comme profondément naïf.

Une charge à sens unique

Mais pourquoi s’offusquer d’un tel traitement ? Les artistes ne sont-ils pas libres ? Ce n’est après tout « qu’une fiction », nous répète-t-on depuis une semaine. Nicolas Cuche, scénariste, co-dialoguiste et réalisateur, l’a déclaré dès le départ : « le Moyen Âge était pour moi un espace de liberté où inventer un univers qui soit vraisemblable et évocateur sans prétendre à une vérité de reconstitution, un espace plus vierge que ne l’aurait été la cour de Louis XIV par exemple. « Mon » Moyen Âge s’inspire parfois aussi bien des historiens que de la science-fiction et des jeux vidéo. Je l’assume. » Inquisitio, dans cette perspective, n’est donc pas « une leçon d’histoire homologuée par une batterie d’experts », mais une œuvre à n’apprécier que pour « le bonheur de la fiction, la jubilation, le jeu avec les personnages et les situations ».

Pour utiles qu’elles soient, ces déclarations d’intentions ne sauraient exonérer totalement l’artiste du contenu de son travail, ni de l’effet qu’il provoque. Car ce qui reste problématique, c’est justement la confusion entretenue entre l’invention – légitime par nature pour une fiction – et la restitution historique, que laissent imaginer dans Inquisitio une foule de détails authentiques, bien que très approximatifs, au premier rang desquels l’emploi de personnages réels. Outre la maturité qu’il faut espérer au public pour savoir distinguer l’un de l’autre – à moins qu’il préfère ne rien croire par sage prudence – force est de constater que de plus, la fiction invente ici à sens unique.

Car ce n’est pas seulement l’Inquisition qui est mise en cause – ce qui, après tout, pourrait présenter une certaine légitimité, pourvu que le propos soit honnête. C’est bien tout l’édifice de pouvoir catholique qui est traité dans Inquisitio de la façon la plus sinistre. Et si encore il ne s’agissait que de la hiérarchie et de ses ambitions… La période historique choisie offre après tout un spectacle fort peu flatteur pour l’unité chrétienne. Nous qui fêtons en France cette année le 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, savons bien qu’évêques et docteurs peuvent condamner au bûcher une authentique et sainte pucelle.

Mais Catherine de Sienne ! Mais le peuple ! L’une, bien connue pour ses incessants efforts pour la paix, jusqu’à l’oblation d’elle-même, devient ici une terroriste souriante, prête à tout emploi du mal pour, dit-elle, la gloire de Dieu. L’autre, courbant l’échine, muet, ignorant, ne semble que subir et subir encore. AvecInquisitio, c’est finalement la foi chrétienne elle-même qui est assimilée à la peur, dont jouent avec hypocrisie les puissants. Il n’y a pas, dans cette série, un catholique pour sauver l’autre. Tous sont soit lâches, soit idiots, soit érotomanes, soit fanatiques, soit cyniques. Aucun n’est bon, tous sont repoussants.

Face à eux, les personnages positifs, généreux et éclairés, sont les juifs – tant mieux pour eux d’ailleurs ! David de Naples et son fils Samuel, tous deux médecins, ne cèdent pas à la superstition, et dans le secret de leur laboratoire, dissèquent des rats pour identifier l’origine de la peste. Ils sauvent une femme et son bébé en l’accouchant par césarienne, bravant la loi qui l’interdit. Ils ont le sens de la famille, et s’aiment avec tendresse, jusqu’à témoigner les uns vis-à-vis des autres d’un courage héroïque. Nathanaël, l’un des chefs de la communauté juive, est la bonté faite homme. Mieux encore : les forces surnaturelles semblent pencher de leur côté. Aurore, douce et frêle fille de Samuel, a le don de prescience. Quant à Zeeva, femme rebelle et solitaire qu’on accuse d’être une sorcière, c’est sa prière à la « précieuse déesse » qui se révèle déterminante à la fin de l’histoire.

Accusations subventionnées

Cette distribution des bons et mauvais rôles ne doit rien au hasard. Nicolas Cuche reconnaît avoir « eu l’idée d’opposer deux mondes, celui de cet inquisiteur et celui d’un jeune médecin aux connaissances novatrices. C’est devenu un médecin juif parce qu’il me semblait intéressant qu’il soit issu d’une culture qui n’a pas le même rapport au savoir, à la religion, au corps, aux interdits. » Mais la construction de cette opposition, indispensable au récit, a aussi conduit le scénariste à foncer tête baissée dans le sens des clichés les plus grossiers, qu’il accumule et survitamine sans précaution, le plus curieux étant qu’il ne s’en rende visiblement pas compte, et le fasse en toute bonne foi. Ce faisant, il n’invente pas seulement une fiction, mais reproduit, rabâche et renforce une légende noire qui le précède et le domine, à laquelle il donne une exposition préférentielle, au détriment de ceux qui aujourd’hui, sont les héritiers solidaires de l’Eglise catholique médiévale.

C’est là le problème majeur d’Inquisitio. Des récits de ce type foisonnent dans la bande dessinée ou le roman populaire, et il serait aussi inaccessible de les répertorier qu’inutile d’en faire la publicité imméritée. Mais cette série passe sur la télévision publique, financée par son argent, avec l’objectif de faire l’événement, et d’attirer le plus grand nombre de téléspectateurs. Est-il acceptable que ces derniers se voient servir pareille collection d’accusations contre le christianisme, dont certaines ne sont vraiment pas minimes ? Doit-il être de l’ordre de la « jubilation » pour les catholiques de France de se trouver ainsi catalogués au rang de l’obscurantisme, de la violence, de la misogynie, et enfin, de l’antisémitisme les plus aigus ?

Inquisitio de Nicolas Cuche joue avec le feu avec une très grande désinvolture, tout à l’inverse de l’esprit de responsabilité dont devrait faire preuve un artiste qui se voit confier l’opportunité rare et précieuse d’un programme aussi populaire qu’une série d’été. France 2 ne respecte ni son devoir de neutralité ni sa mission culturelle en laissant libre cours à un contenu qui est aussi ambigu dans ses principes que dans son exécution. Quant aux croyants, ils ne seront pas excessifs s’ils réclament d’être entendus à ce sujet, ni s’ils demandent une forme de réparation à ce récit insultant pour l’Eglise dont ils ont fait leur maison.

Moyen Age : mythes et controverses

Quelques mythes et controverses sur le Moyen Age, pour se rafraîchir encore la mémoire.

Les gens ont connu la grande peur de l’an 1000 : Il n’y a pas eu de grande peur de l’an mile pour plusieurs raisons. Beaucoup de gens vivent sans calendrier, donc n’ont pas eu conscience de ce passage. Ceux qui ont connaissance du calendrier ont des calendriers souvent différents ! L’année commence à des dates différentes en Europe : Noël en Angleterre et en Italie, Pâques en France. En outre, les ecclésiastiques comptaient les années à partir de la naissance du Christ pour certains ou de la Passion pour d’autres, ce qui aboutit à 33 ans d’écart selon les chapelles. Enfin, aucun document d’époque n’atteste de phénomène de panique collective aux alentours de l’an mile. Rappelons qu’en 1999, un grand couturier prédit la fin du monde pour l’an 2000. Obscurantiste le XXe siècle ?

L’Inquisition opprimait les gens : L’Inquisition est un tribunal ecclésiastique mis en place à partir des XIIe et XIIIe siècles. Les procédures religieuses sont parfois plus progressistes que celles de l’autorité civile de l’époque : un notaire transcrit tous les débats, les accusés ne sont pas toujours incarcérés durant la procédure et peuvent récuser un juge ou faire appel à Rome. L’usage de la torture reste exceptionnel, moins de 10% des cas, alors que la ‘’question’’ reste massivement pratiquée par les tribunaux séculiers. Dans l’ensemble, l’Inquisition condamne peu. Ce tribunal se contente la plupart du temps de déférer les cas les plus graves aux pouvoirs temporels qui se chargent de condamner et brûler hérétiques, sorcières et sodomites sans elle. La légende noire de l’Inquisition vient en réalité du fanatisme de l’espagnol Torquemada au XVe siècle, qui a marqué durablement les esprits.

L’Eglise a massacré les cathares : L’hérésie inspire à l’homme médiéval autant d’antipathie que les sectes à l’homme moderne. La chasse aux hérésies et notamment au catharisme a donc bénéficié de toute la bienveillance de la société féodale. Il ne serait venu à l’idée de personne d’invoquer une quelconque liberté de conscience, pas plus que de nos jours, la liberté religieuse n’est invoquée pour prendre la défense des sectes (cf notre rubrique sur les cathares).

Les seigneurs ont des droits abusifs sur les paysans : Il existe une abondante légende des droits féodaux, sottisier ne reposant sur aucune preuve et aucune source scientifique comme le rappelle Jacques Heers, médiéviste incontesté et directeur des études médiévales à Paris IV. Citons le droit de ravage, le droit de prélassement et le droit de cuissage qui n’ont existé que dans les cervelles éclairées des ‘’Lumières’’ !

Au Moyen Age, on croit que la Terre est plate : On sait depuis l’Antiquité que la terre est ronde (Pythagore/Parménide adopté par la suite par Platon et Aristote). A la chute de l’empire romain, certains penseurs chrétiens remirent d’abord en doute cette vision païenne de la terre et revinrent momentanément à une représentation plate (Cosmas d’Alexandrie VIe s). Cependant, cela ne dura pas et la plupart des théologiens du Moyen Age défendirent la vision sphérique (l’évêque Isidore de Séville VIIe s. Bède le Vénérable VIIIe s. le dominicain Albert le Grand XIIIe s. et le franciscain Roger Bacon XIIIe s.). L’image de la terre comme sphère n’est plus remise en cause et le désir de pouvoir en faire le tour mûrit

L’Eglise et les dissections de cadavres humains au XIVème siècle

Le professeur était aidé d'un assistant qui découpait le corps pendant que lui même commentait.Un des leitmotivs de la série Inquisitio est l’opposition entre l’Église et la science, plus particulièrement la science médicale. Dans plusieurs épisodes, il est précisé, et même martelé, que l’Église interdit les dissections de cadavres…et de TOUT cadavre qu’ils soient humains ou animaux. Nous avons déjà abordé la question des animaux…Reste celle des cadavres humains.

La réponse n’est pas aussi simple que celle que donne la série. En  1300, le Pape Boniface VIII a publié une bulle dans laquelle il interdit le démembrements des cadavres. Cette déclaration s’inscrit dans un contexte de rites funéraires assez peu ragoutants. En effet lorsque des croisés mourrait loin de chez eux, on faisait bouillir le cadavre pour en récupérer les os. Ces derniers pouvait alors être renvoyé en Europe pour y être enterré. Le problème principal est apparu lorsque cette pratique est devenu une mode chez les nobles. Chacun prévoyant à l’avance la dispersion de ses organes pour des enterrements multiples.
Le pape Boniface VIII a donc voulu rappeler le respect dû au cadavre, mais à aucun moment il ne visait la dissection à visée légal ou scientifique.

Si nous regardons de près l’histoire de la médecine, nous voyons que la dissection s’est enveloppée petit à petit, et que l’Église en a même parfois été à l’initiative.

Tout d’abord le Pape Clément VI a, au début de la pandémie de peste « noire » en 1347, encouragé les médecins à pratiquer des autopsies afin de connaître l’origine de la maladie et de trouver un traitement1. Clément VI était installé en Avignon (trente ans avant le schisme) et c’est de là qu’il a prit cette notable décision. Nicolas Cuche commet donc une erreur en montrant dans Inquisitio qu’il est interdit de disséquer un cadavre de pestiféré.

D’autre part, le professeur Lyonnais Alain Bouchet, ancien Président de la SociétéFrançaised’histoire de la médecine, nous présente dans une conférence sur le sujet, que des autopsies étaient parfois pratiqués dans les Universités européennes, notamment françaises. Ces autopsies étaient le fait de médecins religieux qui furent appelés auprès des Papes…Cela au XIVème siècle au moment des évènements « décrits » par Inquisitio.

De ces dissections, nous en avons encore des traces sous la forme de planches les représentants. Appelées « leçons d’anatomie », elles étaient en possession des Universités de l’époque mais aussi des Princes. Le roi Philippe VI de Valois (1293-1350) en avait une. Les dissections n’étaient donc pas clandestines.

Nous pouvons citer le nom d’un de ces grands maîtres de l’anatomie : Guy de Chauliac (1300-1368) qui rédigea en 1363 les sept traités de La grande chirurgie. Cette œuvre imposante comprend de nombreuses illustrations de dissections auxquelles il a pour certaines participé… Chauliac a été formé à Montpellier et à Bologne où il a eu pour maître des médecins qui avaient pratiqué la dissection dont le célèbre Bertuccio. Chauliac était très connu de l’Eglise, il était lui-même chanoine du chapitre de Saint Just à Lyon et il a été appelé en Avignon auprès des Papes : Clément VI, Innocent VI et Urbain V. Ses expériences étaient donc connues du clergé et, rassurez-vous, Chauliac, de même que ses maîtres de Bologne et Montpellier, n’a pas fini sur le bucher.

L’histoire de la médecine contredit donc la vision très réductrice d’Inquisitio. Bien sur nous pouvons regretter que les propos de Boniface VIII aient pu parfois être mal-interprétés, mais à aucun moment on ne peut reprocher à L’Église d’avoir voulu freiner les connaissances médicales.

Pour en savoir plus :
les conférences d’histoire de la médecine de l’Université Lyon I.
l’histoire des dissections et de l’Église au moyen-âge en bande-dessinée.

1 : Stéphane Barry et Norbert Gualde, « La plus grande épidémie de l’histoire », L’Histoire, no 310, juin 2006, p. 47

Idée reçue : l’interdiction de disséquer un animal

Le premier épisode d’Inquisitio nous montre le médecin juif David de Naples disséquer un rat. La dissection est clandestine car ils redoutent que l’Église, à travers l’Inquisition, ne découvre cette pratique et les condamne au bucher. En effet, la série nous présente une Église interdisant toutes les dissections scientifiques qu’elles soient sur des cadavres humains ou animaux.

Faux ! En 1378, les dissections humaines étaient en effet rares, mais les dissections sur les animaux étaient courantes dans l’apprentissage des futurs médecins. L’historien de la médecine Alain Bouchet dans son cours sur les leçons d’anatomie sur les animaux mentionne que l’école de médecine de Salerne « si célèbre au Moyen-âge » avait adopté les dissections sur les animaux en suivant les préceptes de la médecine de l’antiquité, notamment de Galien.

L’École de médecine de Salerne, en Italie du Sud, a été la première grande institution médicale d’Europe. Elle était d’abord un monastère et elle est née sous la forme d’un dispensaire au IXème siècle. C’est l’évêque du lieu, Alfan qui a permis son développement au XIème siècle. Cette école, qui a recueillis les traités médicaux de l’antiquité (Galien, Dioscoride, Hippocrate…) mais aussi les traités arabes, était une institution…catholique.

Inquisitio ne précise pas si son héros « David de Naples » a étudié à Salerne… cela aurait pu se concevoir car David « de Naples » doit être originaire de cette ville qui se trouve à côté de Salerne… Donc ce personnage qui craint l’Inquisition pour ses dissections aurait appris chez des médecins chrétiens (religieux, mais aussi religieuse car les femmes pouvaient être médecins) à disséquer des animaux… Invraisemblable, et dommageable contradiction.

Pour en savoir plus : les conférences d’histoire de la médecine de l’Université Lyon I

 

La vraie vie de Sainte Catherine de Sienne

Sainte Catherine de Sienne dans Inquisitio
Sainte Catherine de Sienne dans Inquisitio
Catherine de Sienne (Anne Brochet) contre Catherine de Sienne (la vraie)

Dépeinte dans Inquisitio comme machiavélique, aigrie et vengeresse (elle inocule la peste aux rats pour punir les Avignonnais, entre autres lâchetés), voici une petite vie de Sainte Catherine de Sienne pour rétablir la vérité. Précisons que dans la série, Catherine fait l’âge de l’actrice (46 ans), tandis que le personnage réel est mort à 33 ans et qu’elle était connue pour être très belle.

Petite vie de sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

Docteur de l’Eglise (fête le  29 avril) – Patronne de l’Europe

Catherine Benincasa naquit à Sienne le 25 mars 1347 qui était à la fois le dimanche des Rameaux et le jour de l’Annonciation. En 1352, elle eut une vision du Christ et fit vœu de virginité 1 an plus tard.

A l’âge de quinze ans, Catherine de Sienne revêtit l’habit des sœurs de la Pénitence de Saint Dominique (les mantellata). Après la mort de sa sœur Bonaventura, elle commença une vie d’ascèse.

En 1363, la peste rode toujours : elle va soigner et encourager ceux qui en sont malades. Sept neveux et nièces de Catherine sont frappés et elle les enterre elle-même.

En 1368, après le retour à Dieu de son père et son mariage mystique avec le Christ, Catherine sauva ses frères pendant un coup d’état à Sienne. Deux ans après, elle donna son cœur à Jésus pour l’Eglise. De la même année datent ses premières lettres et les premières conversions. La jeune mystique provoqua quelques émotions dans sa cité et dans l’Ordre des dominicains. Elle dut comparaître devant le Chapitre général des dominicains à Florence en 1374. C’est alors qu’elle rencontra le Bienheureux Raymond de Capoue qui deviendra son directeur spirituel.

A partir de 1375 commence une période de sa vie durant laquelle Sainte Catherine de Sienne prend de manière plus publique, la défense des intérêts du Pape et manifeste son souci de l’unité et de l’indépendance de l’Eglise, ainsi que du retour du Pape d’Avignon à Rome. Elle rencontre le pape Grégoire XI à Avignon. En septembre 1376, elle retourne à Sienne et Grégoire XI prend le chemin de Rome. Catherine continue son service d’ambassadrice du pape auprès des villes italiennes toujours en pleine ébullition. En 1378, après le décès de Grégoire XI, Urbain VI est élu pape. 5 mois après cette élection tumultueuse et les maladresses de l’élu, malgré les appels à la patience et les mises en garde de Sainte Catherine de Sienne, survient le Grand Schisme d’Occident et l’élection de l’antipape Clément VII (Robert de Genève). Catherine se bat pour que soit reconnu Urbain VI. La même année 1378, elle commence la rédaction de ses Dialogues, qui, rapporte une tradition, auraient été composés en cinq jours d’extase, du 9 au 14 octobre. Catherine vient s’établir définitivement à Rome. Deux ans après, après avoir reçu dans une vision, la nef de l’Eglise sur ses épaules, dans l’église du Vatican, Catherine meurt dans la ville éternelle à l’âge de 33 ans. Bien que ne sachant pas écrire et ne connaissant pas le latin, elle laisse derrière elle une œuvre considérable. L’importance de son œuvre pour la langue italienne moderne est reconnue.

Appartenant au tiers-ordre dominicain, cette fille de Saint Dominique canonisée en 1461 par le pape Pie II est patronne de l’Italie et a été déclarée docteur de l’Eglise par le pape Paul VI, le 4 octobre 1970 en même temps que Sainte Thérèse d’Avila.

Inquisitio : pauvre Moyen Age

La torture dans Inquisitio
Scène de torture d’un paysan dans Inquisitio

« On pensait en avoir fini avec les clichés éculés sur ce pauvre Moyen Âge, sans cesse ramené au fanatisme religieux, à la violence, la peste, la boue, la crasse, et à l’obscurantisme en général. On se trompait.

La nouvelle série estivale de France 2, Inquisitio, parvient à réunir non seulement toutes les pires idées reçues sur le Moyen Âge, mais également à donner une vision du catholicisme médiéval tout aussi caricaturale, voire douteuse, provoquant des réactions sur le net, y compris très drôles et pleines d’autodérision…La fiction, car c’en est une, peut-elle tout permettre ? Et est-elle « innocente » ?

(…) Est-on obligé lorsque l’on fait une fiction de ressortir tous les clichés possibles, déjà usés jusqu’à la corde, sur le Moyen Âge ? Le créateur, Nicolas Cuche, déclare que sa vision de l’époque médiévale relève plus « de la science-fiction et des jeux vidéos » que de la réalité historique. Certes. Mais, parallèlement, il affirme : « Le Moyen Âge est le miroir déformant d’une réalité actuelle qui renvoie au repli communautaire et à l’obscurantisme religieux » …En prenant le cadre du Moyen Âge, même en s’inscrivant dans le cadre fictionnel, le réalisateur veut ainsi parler de l’obscurantisme religieux et du repli communautaire d’aujourd’hui. La fiction n’est donc pas « innocente »…

(…) Le Moyen Âge, c’est surtout une Eglise et une Inquisition symboles multiséculaires de l’obscurantisme religieux. Inquisiteur sadique, pape érotomane, évêque toxico et libidineux… La blogosphère a rapidement réagi à la vision du catholicisme médiéval donnée par la série. Des réactions hostiles de certains catholiques, mais aussi souvent pleines d’humour (voir les liens plus bas), ce qui est plutôt rassurant. Le journal La Croix est plutôt bienveillant, malgré quelques critiques, et n’y voit pas un « brûlot anticlérical ». Le réalisateur lui-même prétend ne pas vouloir s’attaquer à l’Eglise. Pourtant, la présentation sans nuances de l’Eglise du XIVe siècle laisse songeur.

D’abord l’Inquisiteur. Certes, il a un passé plutôt traumatisant. Il a également une certaine culture rationnelle, comme on peut le voir quand il démonte le show de Catherine de Sienne. Mais comme tout Inquisiteur qui se respecte, dans sa traque de l’hérétique (motivée par un passé douloureux et œdipien) il est fanatique, sadique, prêt à tout pour arriver à ses fins, y compris la torture (que serait l’Inquisition sans la torture ?). Catherine de Sienne, justement, n’a rien à lui envier en fanatisme, puisqu’elle est prête à répandre la peste pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire rétablir les droits d’Urbain VI face à Clément VII. En plus, ses stigmates, c’est du chiqué ! Le pape d’Avignon, lui, ferait passer Alexandre Borgia pour un jésuite, puisqu’on le voit presqu’en permanence dans son harem, entourée de jeunes filles dévêtues. Et en bon politicien cynique, il est prêt à sacrifier quelques juifs pour calmer le peuple. L’évêque de Carpentras, quant à lui, est toxicomane et obsédé par l’intimité de la jeune sorcière qui lui sert de dealeuse…Ce tableau de l’Eglise du XIVe siècle est en permanence mis en opposition avec la communauté juive de Carpentras, plutôt soudée, et représentée par deux médecins progressistes (père et fils) qui aident leur prochain (une femme enceinte), même chrétien, et malgré les risques, tout en enquêtant sur la diffusion de la peste en disséquant des rats.

Alors bien sûr, on pourrait se dire que la série n’est qu’une fiction inoffensive, et passer notre chemin. Certains se contenteront de supporter ces clichés et, malgré le scénario assez prévisible, une réalisation médiocre et une interprétation inégale, seront peut-être accrochés par l’intrigue et voudront aller jusqu’au dénouement. Pourtant, particulièrement quand on est fan du Moyen Âge, cela devient lassant de toujours voir sa période aimée ramenée à l’obscurantisme religieux et à la violence. (…) »

Article intégral à lire sur le site Histoire pour tous