Sainte Catherine de Sienne : petite chronologie

Chasse de Sainte Catherine de SiennePar Elisabeth J. Lacelle 

1347

Naissance (cf. la critique de Fawtier sur cette date)

Peste Noire en Italie

Pape : Clément VI (1342-1352), réside à Avignon

1348

Peste Noire à Sienne

1353

Vision du Christ au-dessus de l’église de Saint-Dominique à Sienne

Pape : Innocent VI (1352-1362), réside à Avignon

1364

Catherine devient mantellata. Tout en s’engageant à vivre « hors du siècle », elle vit chez elle où elle s’est aménagé une cellule ; elle remplit ses obligations de mantellata (cf. A. Duval). Elle vit de contemplation, des célébrations liturgiques suivant le calendrier romain – oraisons, récitation des Heures, Eucharistie etc. Elle exerce un ministère de la miséricorde auprès des démunis de Sienne dans l’esprit de l’Ordre de la Pénitence du bienheureux Dominique. Son premier confesseur est Tommaso della Fonte, o.p.

Pape : Urbain V (1362-1370). Il est possible que Catherine lui ait écrit. Aucune lettre témoin toutefois.

1367

Le pape Urbain V résidant à Avignon revient à Rome.

1368

Catherine vit l’expérience d’être épousée dans la foi, avec l’envoi qui accompagne cette expérience.

Mort de son père et ruine de la famille. Coup d’Etat à Sienne : elle sauve ses frères. Son 2ème confesseur Bartolomeo de Dominici (+ 1417) sera témoin au procès de canonisation de Catherine.

1370

Expérience de mort mystique

Premières lettres de Catherine à des légats du pape et à d’autres dignitaires.

Prédication pour la paix, pour la réforme de l’Eglise et le retour du pape à Rome, pour la croisade.

Urbain V quitte Rome le 5 septembre et meurt à Avignon le 10 décembre.

1371

Grégoire XI (1371-1378). Limousin Pierre Roger de Beaufort succède à Urbain V. Il réside à Avignon.

Au cours des années qui suivent, Catherine circule en Toscane, prêchant, enseignant, entretenant de la correspondance avec des hommes et des femmes de tous les milieux. Elle suscite des conversions. Des hommes et des femmes de tous âges, de toutes conditions de vie, incluant divers ordres religieux, deviennent ses compagnons et compagnes de vie, formant la « bella brigata » ou la « famiglia ».

1372

Lettre de Catherine au cardinal Pierre d’Ostie qui vient d’être nommé Légat à Bologne (créé cardinal en 1370 par Urbain V).

1373

Mort de Brigitte de Suède. Catherine aurait demandé à Grégoire XI d’organiser une croisade (aucune lettre témoin).

1374

Chapitre général des Dominicains à Florence. Maître de l’Ordre : Elie de Toulouse. Catherine y aurait été convoquée. Un document répertorié atteste que R. de Capoue a été nommé par le Maître de l’Ordre, en 1374, pour agir comme maître spirituel de la « bella brigata » et de Catherine. Avec elle, il est autorisé à discerner les mantellate qui en feront partie.

Nouvelle explosion de la Peste Noire à Sienne. Catherine s’y voue au service des pestiférés. Elle perd trois frères et une sœur (?).

1375

Mission à Pise pour empêcher la cité de se liguer contre le pape. Voir lettre à Messire Matthieu. Elle habite chez les Gambacorti. Pierre Gambacorti est-il alors président de la République de Pise ?

Stigmates le 1er avril (?).

Mission à Lucques, même mandat.

L’épisode avec Niccolo di Tuldo de Pérouse serait à situer au cours de cette année.

Florence est en révolte contre le pape depuis janvier. Sienne entre dans la ligue contre le pape, en novembre. Victoire des armées pontificales en 1375-76 (?).

Première lettre de Catherine à Grégoire XI.

1376

Séjour de Catherine à Avignon entre juin et septembre : attestation de dépenses de voyage dans les archives de la ville. Elle plaide en faveur des Florentins. Ambassade officielle ? Il semble que non. Elle exhorte le pape à revenir à Rome et exhorte à la croisade. Les Turcs ont réalisé des avancées en Grèce et en Arménie. Elle propose le duc d’Anjou comme chef de croisade (cf. ses lettres au cours de son séjour à Avignon). Grégoire XI jette l’interdit sur Florence. Il part pour Rome le 13 septembre.

1377

Grégoire XI entre à Rome le 17 janvier. En février, le massacre de Cesena sous Robert de Genève. Le 12 mars, Florence est frappée d’interdit.

Raymond de Capoue est nommé ou élu prieur de l’église de la Minerve à Rome.

Catherine fonde un monastère de femmes à Belcaro. Elle prêche la paix à Rocca d’Orcia.

Le cardinal Pierre d’Ostie meurt à Rome le 25 novembre.

1378

Catherine est déléguée par Grégoire XI en ambassade à Florence, début de 1378 (janvier-mars). Le 13 mars, congrès à Sarzana. Le pape y envoie un représentant. Aucune entente n’est conclue.

Grégoire XI meurt le 27 mars.

Election du pape Urbain VI (1378-1389) à Rome le 8 avril, couronnement le 18.

Ambassade de Catherine à Florence, déléguée d’Urbain VI. Le Traité de Tivoli, le 28 juillet, entérine la paix entre Rome et Florence.

Retour de Catherine à Sienne. Le Dialogue en août et automne (? ou 1377 ?)

Des cardinaux quittent Rome pour Agnani le 9 août et déclarent invalide l’élection d’Urbain VI. Election de l’« antipape » Clément VII (Robert de Genève) le 21 septembre à Fondi.

Catherine est appelée à Rome et y arrive le 28 novembre ; une chancellerie lui est confiée. Elle entreprend une correspondance en faveur de la reconnaissance de la légitimité de l’élection d’Urbain VI.

Raymond de Capoue est alors en mission auprès du Roi de France.

1379

Clément VII regagne Avignon. Catherine est toujours à la chancellerie.

1380

La santé de Catherine décline rapidement dès janvier. Le 29 janvier, elle fait l’expérience de recevoir la nef (navicella) de l’Eglise sur ses épaules (…de bergère, comme elle se voit souvent, cf. ses oraisons entre autres). Le 26 février, elle ne peut plus marcher. Catherine meurt le 29 avril.

1389

Mort d’Urbain VI.

1399

Mort de Raymond de Capoue.

 

Catherine de Sienne, femme actuelle (3/3)

Sainte Catherine de Sienne

Quelle est la personnalité humaine et spirituelle de Catherine de Sienne et son rôle principal en son temps ? Qu’est-ce qui la distingue du personnage décrit dans Inquisitio ?

Par Fr. Eric de Clermont-Tonnerre, o.p., pour L’Inquisition pour les nuls.

Mais qu’était réellement Catherine de Sienne ? Quelle était sa personnalité et quel fut son rôle réel ? Fut-elle un « homme d’Etat », une « femme d’Eglise » ?

Elle n’a pas vraiment conseillé les papes. Elle n’a pas été régulièrement consultée par eux. Elle donne des conseils très généraux. Elle n’a pas d’idées très originales. Elle a des vues assez vagues. Elle a un manque cruel de réalisme politique. Elle est finalement assez incompétente.

Elle a échoué partout. La prédication de la croisade était inopportune ; elle n’a pas réussi à la mobiliser. Durant son ambassade à Florence, elle a été le jouet des Florentins. Elle s’est laissée tromper deux fois. Son idéal de réforme de l’Eglise était trop élevé et pas assez adapté. Elle n’a pas réussi à faire venir à Rome les religieux qui devaient constituer le « conseil des spirituels » qu’elle souhaitait vivement. Après le début du schisme, son activité épistolaire n’a rien donné.

Pourtant il y a un  point où elle a réussi : c’est dans l’accompagnement, la direction spirituelle. Elle a « donné la vie » à un certain nombre de personnes. Elle les a formées. Elle les a libérées d’elles-mêmes et les a aidées à se lancer dans l’existence, à prendre leur vie en main. Beaucoup d’entre elles seront aux avant-postes, au début du siècle suivant, mêlées à toutes les tentatives et mises en œuvre de réforme.

Catherine na jamais cessé de faire de l’apostolat individuel ou familial. Le Dialogue est un traité sur le progrès de l’âme, avec, au centre, le Christ Pont, le chemin et les étapes de la vie spirituelle. Ses lettres sont des lettres de conseil et d’accompagnement. Le plus grand nombre de ses lettres sont adressées à des personnes privées et ne traitent que de questions personnelles.

Elle fut une mère spirituelle. Elle était la mamma.

Si les lettres, amputées, pour la plupart, de leur partie narrative et anecdotique laissent de Catherine de Sienne l’impression d’une personne un peu hautaine, incapable de condescendre aux faiblesses d’ici-bas, très exigeante, sûre d’elle-même, prompte à lancer son fameux « je veux », qui n’admet aucune réplique, si le Dialogue nous met en contact avec une expérience mystique tellement haute, exprimée de manière tellement lointaine que le courage manque pour en goûter la réalité, la simplicité, le bon sens et la vitalité, en revanche le Procès de canonisation, qui n’est pas disponible en français, nous révèle, à travers des témoignages candides et par de délicieuses anecdotes, véritables fioretti, une Catherine, jeune fille ou jeune femme parmi d’autres jeunes filles et garçons, à la grâce toute toscane, qui a le don de faire descendre le ciel sur la terre, de rendre la religion attrayante, de mettre la jeunesse en contact avec le Christ et l’Evangile.

Raymond de Capoue présente aussi une Catherine détendue, spontanée, aimable, gracieuse, qui aime les fleurs, qui est ferme et tendre envers ses enfants, affectueuse et familière avec Jésus. Elle manipule plein d’images dont il faudrait faire la liste et qui devaient faire rire ou sourire et être retenues. Elle avait une liberté de parole, y compris avec ses confesseurs. Il y avait une vraie famille très soudée, très libre, aux rameaux divers à Sienne, à Pise, à Florence… les Caterinati.

Je voulais souligner ce point là, parce qu’il est unique et très caractéristique : son rôle de direction spirituelle, ses relations affectueuses et maternelles avec les jeunes, au moment des orientations décisives de leurs existences.

C’est cette caractéristique de la personnalité et du rôle de Catherine qu’il faudrait mettre en valeur pour le rayonnement de l’Ordre et son développement, ainsi que pour la vitalité et le rajeunissement de la famille dominicaine.

Catherine de Sienne selon Raymond de Capoue

Catherine est née à Sienne en 1347 dans un milieu d’artisans aisés qui travaillent dans les tissus. La famille vit dans la paroisse des dominicains et Catherine fréquente l’église Saint Dominique et toute sa vie sera imprégnée de l’esprit dominicain.

Vers l’âge de 6 ans elle fait une expérience décisive. Elle voit au dessus de l’église St Dominique le Christ revêtu des vêtements pontificaux entouré des apôtres Pierre, Paul et Jean et de Saint Dominique. Elle voit le Christ lui sourire et la bénir. A partir de ce moment elle se donne à lui sans réserve et apprend progressivement à fonctionner à partir de « la cellule intérieure » du cœur et à converser avec Dieu trinité. En bravant la résistance de sa famille elle s’engage finalement dans une vocation religieuse audacieuse en rejoignant à 16 ans une fraternité laïque dominicaine. Cette fraternité rassemble des hommes et des femmes mariés ou célibataires qui habitent chacun chez soi. Une vie sacramentelle commune et des enseignements les rassemblent régulièrement. Les membres de la fraternité se consacrent aux soins des démunis et en particulier des malades et des prisonniers.La Règle exige que les membres se réconcilient avec leur prochain ce qui les conduit à intervenir dans des conflits domestiques ou publics. Catherine vit dans un premier temps une vie solitaire et très frugale dans la contemplation du Père.

Puis à 20 ans, elle est « épousée dans la foi » par Dieu et appelée à l’apostolat.

A 23 ans elle vitla Passionet une mort mystique ; c’est le temps d’un autre envoi parmi les grands de ce monde. Une communauté ambulante, « la famille », ou la « belle brigade » se forme autour d’elle et l’accompagne dans tous ses déplacements en vivant d’aumônes.

A 25 ans elle entreprend une correspondance intense avec des hommes et des femmes qui peuvent contribuer à la réforme des états et de l’Eglise dans la justice et la paix (370 lettres). Deux ans plus tard la peste fait rage à Sienne et Catherine s’engage sans relâche au service des malades. Elle contracte la maladie mais en guéri comme certains membres de sa communauté grâce à son intervention.

A 28 ans en voyage à Pise elle reçoit les stigmates. Un an plus tard elle se rend à Avignon pour s’entretenir avec le Pape Grégoire XI au sujet de la réforme de l’Eglise et de son retour à Rome. Elle intervient ensuite inlassablement dans les conflits entre les grandes cités, dans le nouveau schisme de l’Eglise à la suite de la mort de Grégoire XI. C’est en 1378, environ deux ans avant sa mort lors d’extases que Catherine dictera l’enseignement qu’elle reçoit de Dieu sous forme de  « Dialogue ». Au cours des dix-huit derniers mois de sa vie Catherine prend sur elle le conflit entre le peuple romain et le Pape. Elle endure un martyre qui finit par causer sa mort après une longue agonie le 29 avril 1380.

Petite biographie inspirée de « La Vie de Sainte Catherine de Sienne » – réédité par Ed. Pierre Téqui. Texte original du Bienheureux Raymond de Capoue, l’un des derniers confesseurs de Catherine et écrit entre 1385 et 95, traduit du latin par le R.P. Hugueny, dominicain et édité en 1903 par Ed. Lethielleux.

Qui était vraiment Catherine de Sienne ?

Catherine de Sienne - Inquistio
Dans la série Inquisitio, Catherine de Sienne est dépeinte comme hystérique inquisitrice, vengeresse et morbide.

Quel fut le rôle de Catherine de Sienne dans le retour des papes à Rome ? Difficile à dire. Mais on sait qu’elle était à Avignon le jour du départ de Grégoire XI et que son activité publique était intense.

Catherine de Sienne est en Avignon lorsque Grégoire XI quitte cette ville pour Rome le 13 septembre 1376. Elle n’a eu de cesse que la papauté retrouve son siège romain et a multiplié les interventions en ce sens. Cependant on sait que Grégoire XI dès son élection a manifesté son désir de regagner Rome, que Brigitte de Suède (+ 1373) est déjà intervenue auprès de lui-même et de ses prédécesseurs et l’on peut s’interroger sur l’influence personnelle de Catherine dans cette décision. Les sources ne permettent pas d’élucider totalement cette question sauf à affirmer qu’elle n’a pas ménagé ses efforts auprès des papes et des plus hautes personnalités politiques et religieuses en faveur de la paix en Italie et de la réforme de l’Eglise pour lesquelles elle jugeait ce retour indispensable.

La biographie de Catherine de Sienne s’appuie sur des ouvrages hagiographiques dont il est difficile de dégager les faits historiques, telle la Legenda major de Raymond de Capoue mais aussi sur ses propres écrits. Trois cent quatre-vingt-deux Lettres ont été conservées, mais sans dates avec des données éparpillées, les éléments factuels et chronologiques ayant été le plus souvent supprimés par les hagiographes. Parmi les nombreux destinataires, des dirigeants politiques, religieux et le pape lui-même auxquels Catherine n’hésite pas à écrire. Le Dialogue et les Oraisons nous renseignent plutôt sur sa spiritualité même s’il est intéressant de relire sa première oraison écrite en 1376 à Avignon alors qu’elle est en pleine action apostolique ou les suivantes tandis qu’elle est à Rome, en pleine crise de l’Eglise.

Elle a incontestablement eu un engagement public très intense. Fille d’un teinturier de Sienne, avant-dernière d’une famille de vingt-cinq enfants, elle serait née en 1347. Elle a à plusieurs reprises des visions, la première en 1352 à Sienne. Elle aurait, dès cette époque, fait vœu de virginité. Elle semble avoir mené ensuite la vie des jeunes filles siennoises de son époque, mais à la mort de sa sœur Bonaventura (1362), et malgré l’opposition de ses parents qui la confinent à la maison, elle mène une vie d’ascèse et de mortifications et entre chez les Mantellate 1. C’est alors qu’elle s’invente sa cellule intérieure 2. Après l’expérience des épousailles mystiques elle met fin à sa vie de recluse (1368) et acquiert peu à peu une grande influence à Sienne et au-delà, jouant un rôle de médiatrice dans les nombreux conflits à l’intérieur des cités et entre cités; elle appartient à l’équipe dirigée par Raymond de Capoue que le pape charge en 1375 de prêcher la croisade. Elle reçoit à Pise (1375) les stigmates, invisibles, et y aurait eu une vision concernant le schisme. Il est possible qu’elle ait écrit alors sa première lettre à Grégoire XI (fin 1375). Elle y plaide pour que le pape, qui doit nommer de nouveaux cardinaux, choisisse des hommes de vertu. Déçue par les nominations, elle écrit à nouveau. Elle est ensuite chargée d’une médiation officieuse entre Avignon et Florence, frappée d’interdit par la suite d’un conflit entre la cité et le pape. De là elle écrit encore au pape lui demandant de nommer des pasteurs qui soient «pères des pauvres ne cherchant que l’honneur de Dieu et le salut des âmes». Elle insiste aussi pour que le pape revienne à Rome. C’est alors qu’elle se rend à Avignon avec des membres de sa famiglia. Elle y arrive le 18 juin 1376 et est reçue en audience en compagnie de Raymond de Capoue par Grégoire XI. Celui-ci quitte Avignon le 13 septembre. La présence de Catherine a peut-être donné le coup de pouce nécessaire à un départ plusieurs fois reporté depuis son élection. Elle-même regagne l’Italie mais par une autre route. Malgré les représentations montrant Catherine aux côtés de Grégoire XI entrant officiellement à Rome le 17 janvier 1377, elle n’y est pas, absorbée alors par la fondation d’un éphémère monastère.

Cependant les hostilités perdurent dans les Etats pontificaux. Catherine écrit à nouveau à Grégoire XI, le suppliant de mettre son autorité au service de la réforme de l’Eglise plutôt que d’en user contre les Florentins. Elle intervient aussi à Sienne où elle n’est pas épargnée par la critique. Au début de 1378 elle accepte un mandat politique et ecclésial et se rend à Florence. Le climat y est tel qu’elle comprend vite qu’aucune négociation de paix ne peut réussir.

Emeutes sanglantes

Elle poursuit cependant sa mission tandis que se déroulent des émeutes sanglantes qui constituent une menace pour sa propre vie. Entre-temps Urbain VI succède à Grégoire XI, mort le 27 mars 1378. Napolitain, il représente un compromis entre les partisans d’un pape romain et ceux d’un pape français. Catherine se réjouit de cette élection mais comprend vite que le pape n’est pas favorable à des négociations de réforme et de paix. Elle lui écrit plusieurs lettres, vers la fin juin 1378, dans lesquelles elle traite de justice et de miséricorde comme inséparables des gouvernements temporel et spirituel de l’Eglise et incite une nouvelle fois à nommer des cardinaux en vue de la réforme. Elle continue à soutenir Urbain VI après l’élection de Clément VII qui ouvre le Grand Schisme. En juillet, l’interdit est levé à Florence et Catherine revient à Sienne. C’est pendant cette période dramatique qu’elle aurait dicté, en état d’extase, Le Dialogue. Convoquée ensuite à Rome, elle y arrive le 28 novembre avec les membres de sa famiglia. Une maison lui est fournie qui lui sert de chancellerie. Elle y entreprend une correspondance en vue d’établir la légitimité d’Urbain VI et de rallier à sa papauté. Elle écrit de nombreuses lettres à toutes sortes de personnages impliqués dans le schisme, tandis que le conflit armé entre les deux papes s’aggrave. Sa santé décline rapidement ce qui ne l’empêche pas de se rendre chaque jour à Saint-Pierre là où se trouvait la mosaïque de la navicella de Giotto. Elle offre sa vie en martyre pour l’Eglise et invite par lettre Raymond de Capoue à se consacrer lui aussi tout entier «au vaisseau de la sainte Eglise». Elle aurait reçu sur ses épaules la navicella de l’Eglise croulant sous les divisions et le péché et aurait été elle-même écrasée sous son poids. Elle meurt le 29 avril 1380.

Source : © Histoire du christianisme magazine (revue disponible en kiosque)